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Lost in translation

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Ces derniers jours a paru la nouvelle traduction du chef d’œuvre d’Orwell, 1984, par Josée Kamoun, traductrice de Philip Roth. Cette version réécrit complètement le texte. Alors qu’il était au passé, Kamoun fait le choix de le mettre au présent. De même, le fameux « novlangue » inventé par Orwell est remplacé par un « néo-parlé » beaucoup moins fort, mais plus littéral. Disons le tout net : cette traduction apparaît à la rédaction d’Ernest comme scandaleuse tant elle change la nature même du texte fondateur d’Orwell. Une occasion de se pencher sur la façon dont travaillent les traducteurs et leur rôle dans l’avènement d’un livre. Frédéric Pennel a mené l'enquête.

Fullsizeoutput DeApprendre l’italien pour pouvoir saisir toutes les subtilités de la Divine Comédie de Dante. C’est ce qu’avait fait Virginia Woolf. Se mettre au français pour lire Baudelaire et Balzac fut la démarche de Stefan Zweig. Dans la Vienne de l’époque, être polyglotte relevait de l’art de vivre. Un temps désormais révolu. Umberto Eco atteste d’ailleurs de cette transformation quand il écrit que "la langue de l’Europe, c’est la traduction". Voire la re-traduction si l’on se fie à une nouvelle tendance dans l’édition, symbolisée par la nouvelle mouture de 1984. Avec une interrogation : le texte traduit rend-il vraiment justice à l’auteur ?
Pour certaines, il n’en est rien. Ainsi, les auteurs Geneviève Brisac et Agnès Desarthe ont récemment tiré à boulets rouges sur la discipline. Dans l’émission de France Culture "Traduire c’est penser le monde", elles n’ont pas mâché leurs mots. Ainsi, selon elles, certains auteurs américains se sont faits "massacrer à la tronçonneuse" par leurs traducteurs. Les trois victimes identifiées des traductions françaises sont Truman Capote, J. D. Salinger et F. Scott Fitzgerald. "Ils sont tellement mal traduits qu’ils sont presque illisibles", enchérissaient-elles comme s’il s’agissait d’une évidence.

Sont-ils les seuls ? Philippe Godoy, professeur de littérature comparée à Louis Lumière - Lyon II sait de quoi il parle et il est convaincu que nombreuses sont les œuvres mal traduites. Il lance même un titre qu’on hésiterait presque à répéter, tant sa popularité est grande en France: "Cent ans de solitude" de Gabriel Garcia Márquez. Imaginez un peu le chef d’œuvre si la traduction avait été réussie !

S’il est un secteur dans lequel les robots vont devoir attendre, c’est bien celui de la traduction. Traduire est un art. Chaque traducteur ayant sa langue propre. Un peu comme un morceau de musique qui peut connaître différentes interprétations. Les traducteurs se considèrent souvent comme des passeurs. Avec une obsession : partager l’œuvre. Et un moyen : la rendre accessible à un nouveau versant linguistique de la planète. Jusqu’à changer un peu, beaucoup la version traduite. Mais pourquoi modifier le texte initial s’il s'agit justement de le mettre à l'honneur ?

Ernest Mag Harry Potter

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Changer le texte, c'est aussi le job