Se retrouver. Redevenir soi-même. Et être entouré de ceux ou de celles que l’on aime. Une semaine sans rendez-vous, ici, chaque dimanche, et des mots d’affection. Des mots pour râler. Nous et vous. Relation singulière. Relation que des deux côtés de l’écran nous prenons soin. Ici en tissant les mots, chez vous, dans vos lits ou ailleurs lorsque vous les recevez.
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Des sensations d’une semaine qui donnent envie, ce matin, de disserter avec vous des retrouvailles. Dans le tumulte incessant de notre époque, marquée par des défis sans précédent et des bouleversements constants, le mot même de retrouvailles revêt une signification particulière. Être à nouveau ensemble. Ici le dimanche, mais ailleurs dans la société. Se souvenir de la fièvre qui monte. De la tenaille identitaire et se demander quand nous nous retrouverons sur de l’universel plutôt que sur du particulier. Tirer le fil des retrouvailles. Qu’elles soient amoureuses, artistiques ou politiques, ces retrouvailles nous rappellent la capacité résiliente de l’humain à renouer avec ce qui fut perdu, à réinventer et à redécouvrir l’essence même de notre humanité. Et quel meilleur exemple de cette résilience que le retour de Salman Rushdie avec son dernier ouvrage, “Le Couteau”, une œuvre qui non seulement explore la tentative d’assassinat dont il a été la cible, mais s’aventure bien au-delà, dans les méandres de l’amour, de la beauté et du pouvoir transcendant de l’art.
“Le Couteau” est bien plus qu’un récit personnel ou une réponse à la violence ; c’est une affirmation puissante de la vie elle-même, un témoignage de la force indomptable de l’esprit humain face à l’adversité. Rushdie, dans cet ouvrage, incarne cette phrase d’Edmond Rostand, qui affirmait : “Il n’est de grand amour qu’à l’ombre d’un grand rêve.” Amour amoureux, évidement. Celui de Rushdie avec sa femme Liza. Mais aussi plus largement celui de Rushdie pour l’écriture et son métier d’écrivain et de romancier.
A travers ses pages, Rushdie ne se contente pas de rêver grand ; il nous invite à partager ce rêve, à embrasser la complexité de nos existences et à trouver la beauté même au cœur de nos épreuves les plus sombres. Il rêve pour nous de ce monde qu’il défend : celui de la fiction. Celui des histoires et de l’humour. Celui des écrivains.
Celui des mots qui éradiquent les mots. Il y a tout cela et bien plus encore dans son livre magistral. Plus largement, dans une ère où l’art est souvent relégué au second plan, victime de notre quête effrénée de productivité et d’efficacité, “Le Couteau” nous rappelle ce que l’art fait de nous : il nous élève, nous transforme et nous permet de faire face à notre condition avec courage et créativité. Lennon : “La vie, c’est ce qui arrive quand on est occupé à faire d’autres plans.” Rushdie, à travers son expérience et notamment cette tentative d’assassinat et son écriture, incarne cette idée. “Ce livre est cette prise en compte. Je me dis que c’est ma façon de m’approprier ce qui m’est arrivé, de le faire mien, d’en faire mon propre travail”, écrit-il. Impossible en ce matin de retrouvailles de parler d’autre chose que de ce livre. Celui d’un écrivain qui a failli mourir de nous faire rêver et pleurer par ses histoires. Cela à cause des fanatiques religieux. Ces islamistes qui l’ont condamné à mort pour un livre d’une intelligence et d’une drôlerie sans pareille.
Relire Rushdie. Le retrouver. Dans ce qu’il dit de l’amour “force qui guérit”, ou de la littérature ce “chant plus fort que la mort”. Il nous rappelle que l’acte de créer, d’aimer et de se réengager politiquement est en soi un acte de résistance, un refus de se laisser définir par la violence ou la peur.
En définitive, “Le Couteau” est une célébration des retrouvailles sous toutes leurs formes. C’est un rappel que, malgré les épreuves, les pertes et les séparations, il y a toujours un espace pour la redécouverte, pour le renouvellement de nos engagements les uns envers les autres, envers nous-mêmes et envers le monde qui nous entoure. Salman Rushdie, avec cet ouvrage, ne nous offre pas seulement une perspective sur son expérience personnelle ; il nous offre un miroir de notre propre résilience, une ode à la capacité infinie de l’humain à se retrouver, à s’aimer et à créer, même face à l’obscurité la plus profonde.
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