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Les 10 livres de l’année à lire cet été

Katya Austin Unsplash

La pause estivale approche, vous êtes en train de remplir vos valises : quels maillots ? Quels t-shirts ? Mais aussi quels livres ? Durant l’année vous aviez noté plein de choses, vous avez hésité plusieurs fois à les acheter dans votre librairie préférée, mais vous étiez trop pris (e). Pas le temps. Pas de panique, Ernest pense à vous. Profitez de cet été pour relire les pépites de cette année. Ernest en a sélectionné dix. Juste pour vous. Belles lectures et bel été.

Ernest Mag DutoutautoutDrôle et ironique – Du tout au tout, Arnaud Le Guilcher, Robert Laffont – Voltaire rencontre Boris Vian

En France, nous avons des auteurs – parfois un peu nombrilistes – mais nous avons aussi des auteurs vraiment très drôles. C’est le cas d’Arnaud Le Guilcher. Depuis son premier roman « En moins bien », Le Guilcher tisse une œuvre faite de loufoquerie, d’ironie et d’une profondeur réelle sur le monde qui nous entoure et les rapports entre les êtres. Son dernier roman « Du tout au tout » paru chez Robert Laffont ne déroge pas à la règle et est, peut-être même, son plus abouti. Pierre Pierre est atteint d’une forme de syndrome Stendhal – une ultra sensibilité à l’art qui peut être handicapante – et il travaille dans une société artistique qui vient d’être rachetée par des requins du business et renommée Vulcain. La vie y devient alors intenable. Avec poésie et ironie, Le Guilcher met en boîte le monde du travail et surtout le management moderne. En mettant en scène des évènements tous plus fantaisistes les uns que les autres, Le Guilcher nous donne à voir les dérives de notre monde. Le rire comme une arme, une résistance. De « Du tout au tout » est une forme de conte philosophique voltairien.

« Un conte philosophique et ironique à la Voltaire »

La lecture de ce roman nous fait osciller entre le rire et le questionnement. C’est une plongée féérique et drolatique dans le monde du management. Comme si Boris Vian avait posé sa plume dans une entreprise. Le Guilcher nous fait rire et réfléchir avec un brio certain. Lisez ce livre là, mais aussi tous les autres romans de Le Guilcher, vous passerez du bon temps !

Ernest Mag LescorpselectriquesSensuel – Les corps électriques, Manuel Blanc, Editions de l’Observatoire

Vous cherchez un livre sensuel ? Le voici. Ce livre, c’est « Les corps électriques » de Manuel Blanc aux éditions de L’Observatoire. L’histoire est à la fois simple et complexe. Virginie se sépare d’un homme. Fin d’un amour. Elle s’exile et elle se met à danser. A faire du pôle dance. Cette discipline devient un moyen de faire le deuil de sa relation passée, mais aussi de s’affirmer pleinement en tant que femme.

Inattendu et bouleversant

Sa déambulation dans la vie, son rapport avec les hommes qu’elle croise, son rapport avec son frère jumeau qu’elle avait dans le dos. Ce curieux syndrome : un fœtus minuscule calcifié dans son épaule. Pendant la grossesse, elle a « dévoré » son jumeau. Mais Elle a vit avec lui. Lui parle. Comme un manque.  Le personnage de Virginie est un personnage lunaire. Manuel Blanc écrit avec merveille les troubles, les doutes, les failles et les errements de sa Virginie, mais aussi finalement de tout un chacun.  C’est là sa prouesse : faire d’une histoire marginale une quête universelle d’identité, d’amour et de sensualité. Le style est tantôt électrique, tantôt lent et envoûtant. Comme une danse qui alternerait les accélérations et les temps plus lents. Plus langoureux. Bref, c’est un livre inattendu et bouleversant.

Lire aussi notre entretien avec Manuel Blanc : “Faire l’inventaire des codes féminins et masculins imposés”.

Ernest Mag EnlevementsabinesOriginal –  L’enlèvement des sabines, Editions Héloïse d’Ormesson

Et si lors du prochain pot de départ dans votre boîte, au lieu d’offrir un ficus ou un soin au spa, vous offriez une poupée gonflable à la femme qui s’en va ? C’est le pitch de départ du roman original et superbe roman d’Émilie de Turckheim : « L’enlèvement des sabines ». Dans ce livre, l’auteure imagine que lors de son pot de départ, Sabine se voit offrir une poupée gonflable par ses collègues. Cet évènement est un grain de sable qui va déclencher toute une série d’évènements. Comment l’imprévu et l’inattendu est source de beauté mais aussi de réaction en chaîne. Ce livre est un moment exquis de littérature qui mêle humour et construction habile.

Virevoltant, drôle et intelligent

Surtout, Sabine dans ce face à face avec cette poupée va aussi réapprendre qui elle est. C’est un roman virevoltant, drôle et intelligent. Un roman qui résonne avec acuité dans les débats actuels sur la place des femmes dans la société. Une vraie réussite !

Lire aussi notre entretien avec Emilie de Turckheim “Il faut arrêter de balancer le temps par les fenêtres en jouant à Candy Crush”

Ernest Mag Legende Dormeur EveilleHistorique – Légende d’un dormeur éveillé, Gaëlle Nohant, Editions Héloïse d’Ormesson

Notre prix Renaudot 2017 et surtout Prix des Libraires 2018.  Ce livre, c’est un petit miracle. Miracle dans le sens où l’auteur, Gaëlle Nohant réussit la prouesse de nous faire lire tout Robert Desnos, en nous divertissant et en nous emmenant très loin dans l’émotion. En suivant pas à pas sous forme de roman le parcours de ce journaliste, poète, écrivain, surréaliste, amoureux, publicitaire et résistant de la première heure, Gaëlle Nohant nous fait découvrir ou redécouvrir un personnage haut en couleurs. Ce qui est génial avec cette « légende d’un dormeur éveillé » c’est qu’il n’est pas besoin de connaître Desnos pour se perdre et se repaître dans ce livre immense. Immense dans son ambition : rendre Desnos intelligible à tous, donner envie de le lire, mais aussi de raconter l’histoire d’un homme dans son époque, une histoire d’amour fabuleuse entre Youki et Desnos, la brouille des surréalistes, le Paris des années 30-40 où l’antisémitisme monte.
Le résultat de ce livre, sa justesse, sa beauté, son côté addictif qui fait que l’on est happé par la vie fantastique de Desnos sous la plume de Nohant, est tout simplement sensationnel !

Immense réussite !

Ce livre est un régal que l’on regrette d’avoir terminé. L’écriture de Nohant est virevoltante comme la vie de Desnos. Ce livre est une porte ouverte sur les années 30, sur la guerre, sur la résistance, sur le rôle de l’écrivain dans les moments sombres. Ce livre est aussi un miroir qui nous est tendu et qui semble nous demander : et toi qu’attends-tu pour vivre ta vie comme Desnos l’a toujours fait ?
Ce roman est l’un des plus beaux lus en cette rentrée littéraire. Il doit absolument figurer parmi les meilleures ventes. L’auteure le mérite, Desnos le mérite, les lecteurs le méritent.

Lire aussi notre entretien avec Gaëlle Nohant: “Nous sommes tous les voisins de bistrot de Desnos”

Ernest Mag Rapports HumainsAddictif – Les Rapports humains, Denis Robert Julliard

Attention OVNI littéraire. Il est signé Denis Robert et il s’appelle « les rapports humains ». Ce texte fort, cette addition de petites phrases forment un texte puissant, attachant, drôle et passionnant. Un texte déroutant au départ, mais qui très vite, au bout de quelques pages nous happe et nous emmène. Le lecteur part alors avec le narrateur/auteur (les lignes sont brouillées en permanence) dans ses colères, ses doutes, ses peurs, ses joies et ses peines.

Un livre monde, drôle et intelligent

Il y est question de robotisation du monde, de financiarisation de l’économie, de journalisme, d’amitié, d’amour, de transmission, d’impuissance, de lâchetés et aussi du monde tel qu’il va et tel qu’il court à sa perte, peut-être. Ce roman de Denis Robert (écrivain prolifique : du Bonheur, en passant par La Domination du Monde,  le milieu du terrain, Drunk, je vais faire un malheur etc… et journaliste d’investigation qui a mis au jour l’affaire Clearstream) est un livre attachant et intelligent. Un vrai bon moment de lecture. Un livre que l’on referme à regrets et qui reste longtemps en tête. A lire !

Lire aussi notre entretien avec Denis Robert “Les romans sont un moyen pour édifier les consciences”.

Ernest Mag Pecheurs HommesRévoltant – Pêcheurs d’hommes, Eric Valmir, Robert Laffont

Par instants, en se plongeant dans un livre, on sait qu’il va modifier notre regard sur le monde et sur l’une des composantes de ce monde. Par instants, en lisant un roman, on prend conscience que ce que nous pensons et ce que nous sommes ne sera plus tout à fait pareil après avoir terminer notre lecture. Cela parce que le propos du livre, son style et sa puissance évocatrice en font un objet à part. Le nouveau roman d’Eric Valmir, « Pêcheurs d’hommes« , paru chez Robert Laffont est de cette trempe. De ces livres dont on se dit que l’expérience sensible littéraire vaut parfois tous les reportages, toutes les images et tous les sermons politiques.

Un beau roman populaire

Nous sommes à Lampedusa. Dans cet île tournée vers la pêche, Niccolo mêle ses doutes et souvenirs de jeunesse à propos d’un lieu de plus en plus concerné par l’arrivée des migrants. Cela au point de ne plus comprendre son île. Cela au point de se demander s’il doit ou non la quitter. Cela au point de se demander si ceux qui rejettent ces migrants n’ont pas raison. Cela au point de ne plus vraiment être lui-même. Le roman d’Eric Valmir a ceci de superbe qu’il oscille entre l’intime et l’universel. Au final, c’est un très beau livre populaire, au sens positif du terme. De ces romans qui s’intéressent à ceux dont on ne doit pas se foutre. Un roman, émouvant, salutaire et terriblement bien écrit. De ceux qui amendent notre perception du monde. Quand on vous dit que « la vérité est dans les romans »…

Ernest Mag Fantomes AmeriqueBluffant – Les fantômes de l’Amérique, Nathan Hill,  Gallimard

Vous voulez comprendre comment l’Amérique a réussi à élire Donald Trump ? Vous voulez comprendre ( si tant est que cela soit possible) la récente prise de position de Donald Trump renvoyant dos à dos les suprémacistes et les anti-racistes après le drame de Charlottesville ? Alors « Les fantômes du vieux pays » signé de Nathan Hill et paru chez Gallimard est le livre qu’il vous faut. C’est l’un des grands bouquins de cette rentrée littéraire 2017. Ce premier roman est d’une puissance rare. Alliant avec brio souffle littéraire et plongée dans les quarante dernières années de l’histoire américaine, « Les fantômes du vieux pays » est un livre à la fois intelligent, drôle, passionnant et surtout, c’est un roman qui se mêle de ce qui ne le regarde pas : la marche du monde.

Un grand roman américain !

Tous les personnages sont les acteurs de cette perdition. Samuel Andersen, professeur de littérature fan de jeux vidéos, Faye Andersen, le gouverneur Packer, tous sont les acteurs de la chute de ce beau pays que sont les USA. Une phrase tirée du livre résume en partie le propos : « le monde a à peu près abandonné le concept des lumières selon lequel la vérité se construit sur l’observation du réel. La réalité est trop complexe et trop effrayante pour cela. C’est beaucoup plus facile d’ignorer tous les faits qui ne vont pas dans le sens de nos idées préconçues et de ne voir que ceux qui les confortent ». Vraiment, les « fantômes du vieux pays » est un très grand roman américain avec un style drôle et acéré. Nathan Hill est un auteur à suivre. Son roman confirme un adage dont Ernest est friand : “La vérité est dans les romans” .

Ernest Mag DeracinesVertigineux – Les déracinés, Catherine Bardon, Editions Les Escales

Lorsque Wilhelm rencontre Almah, c’est le coup de foudre. Leur amour est puissant et tout est parfait pour eux dans cette opulente Autriche des années 1930. Mais l’antisémitisme monte, les artistes, intellectuels commencent à s’exiler. Après une agression, Myriam, la sœur tant aimée part aussi mais eux restent, ils ne veulent pas laisser leurs parents âgés, et persuadés que leur assimilation de deux siècles les protège. Ils veulent continuer à vivre leur amour. Ce livre, peu de médias en parlent. Seuls les libraires et Ernest le portent. C’est un très beau moment de lecture.

Une fresque historique et amoureuse puissante !

En 1939, après mille tourments, ils partent avec des visas américains qui se révéleront faux.  Ils resteront une année en camp en Suisse puis traversent la France, l’Espagne et embarquent au Portugal pour la République Dominicaine ; après cette longue et difficile errance, les voilà agriculteurs puis éleveurs dans cette jungle hostile, sauvage, dure, où ils s’adapteront et prospéreront…
Fondée sur des faits réels et des témoignages, cette fresque au souffle romanesque admirable révèle un pan méconnu de l’histoire mondiale. Elle parle du sort des individus pris dans les turbulences du temps, de la perte des rêves de jeunesse, de la douleur de l’exil et de la quête des racines. Une fresque formidable. Une grande histoire d’amour et d’histoire. Un moment de lecture rare. Un moment de lecture comme on les aime.

Ernest Mag Sortir Abime DagtekinPoétique – Sortir de l’abîme, Sheymus Dagtekin , Le Castor Astral

Tout au long de l’année dans son podcast hebdomadaire et poétique,  “Mort à la poésie”, Alexandre Bord a fait découvrir des poètes contemporains passionnants. Parmi les découvertes, un auteur est revenu deux fois : Sheymus Dagtekin.

Voilà ce qu’écrivait et disait Alexandre. Après avoir lu “Sortir de l’Abîme“, “je me suis imprégné de tous ses livres précédents et y ai trouvé un compagnon de route. La langue mordue, paru en 2005 en coédition Écrits des ForgesLe Castor Astral, m’a spécialement interpellé. « C’est lorsque tu te trouves de face que ton mystère s’installe comme la transfiguration de tes yeux sur mon visage dépeuplé. »

La poésie comme manière d’être au monde

Il serait réducteur de résumer la poésie de Seyhmus Dagtekin à une poésie du déracinement (né dans un village kurde en 1964, il vit à Paris depuis 1987) même si cette thématique est éminemment présente. Il y a dans ses textes une volonté d’aller chercher ce que peut la langue, le langage, et de l’affronter dans un corps-à-corps perpétuel. Et surtout, et avant toute chose, la poésie comme manière d’être au monde et tenter de rendre celui-ci meilleur par la force des mots et du partage.

Les chroniques “Mort à la poésie” sur Sheymus Dagtekin sont là.

Ernest Mag Couleurs IncendieAttendu mais superbe, Les couleurs de l’incendie, Pierre Lemaître, Albin Michel

“Goncourisé” pour “Au revoir là-haut”, Pierre Lemaître a sorti cette année une forme de “suite” de ce livre si passionnant sur les gueules cassées de la première guerre mondiale et sur cette arnaque aux monuments aux morts. Exercice pas simple mais très réussi.

Suspense, humour et construction subtile

Ce livre “est un régal” nous disait d’ailleurs Thomas Hervé dans sa chronique passionnante consacrée au livre de Lemaître : “Les couleurs de l’incendie”. Ce roman est vertigineux et puissant car Pierre Lemaître est en train de bâtir une saga. Une saga sur les années 20 et 30. Un moment de lecture gourmand qui mêle histoire, suspense, humour et enquête policière. Du grand art.

Photo de Une by Katya Austin on Unsplash

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