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Joue-la comme Badinter

Badintergrandelibrairie

Il faut toujours dire aux gens qu’on aime qu’on les aime. Robert Badinter, je vous aime. Vous êtes l’homme de l’abolition, évidemment. De ce combat acharné que vous avez porté de toutes vos forces et de tout votre être. Toutefois, au-delà de tout ce que vous représentez dans notre imaginaire collectif, vous êtes une personnalité inspirante d’aujourd’hui et de demain. Sur le plateau de la Grande Librairie cette semaine, c’est une forme d’humanité tranquille, de joie de la transmission, de malice intelligente, d’insatiable curiosité et de cohérence intellectuelle que vous avez partagé avec nous.

Il fallait vous voir raconter avec des étoiles dans les yeux ces instants de votre jeunesse où vous découvriez au théâtre les pièces de Camus et de Sartre avec des amis, ou des jeunes femmes avec qui vous rentriez à pied, vous preniez un verre et dissertiez à l’infini sur les qualités ou les défauts de ces spectacles vus ensemble.
Il fallait vous écouter parler avec fougue, passion et une joie digne d’un jeune écrivain de ce nouveau livre. Recueil de trois pièces de théâtre qui réunit votre besoin de mémoire, votre besoin de justice et l’amour des grands écrivains, intitulé  « Théâtre 1 ». Et de vous voir ajouter, plein d’un désir et d’un appétit de vie : « C’est prétentieux de se dire qu’il y en aura d’autres, mais je veux y croire ».
Il fallait, vous entendre, encore dans une pudeur pleine de finesse humaine répondre « je préfère garder cela pour moi » quand François Busnel vous demanda : « que diriez-vous à Dieu, s’il existe, le jour du grand départ ? »
Dans cette heure et demie de discussion, il y avait l’amour de la culture, des livres, de Victor Hugo (« Je suis un hugolâtre », dites-vous, en nous donnant toujours plus envie de le lire), une inextinguible envie de transmettre ce que vous croyez juste, et la douceur puissante de vos convictions et de votre cohérence intellectuelle jamais démentie.
Autant de valeurs – pudeur, cohérence, engagement, nuance, curiosité – qui doivent nous guider dans le monde escarpé dans lequel nous vivons. Non pas en nous confinant dans la nostalgie du passé en « rêvant de ce qui fût en pensant que peut-être cela reviendra », ce « serait absurde » dites-vous, mais en nous servant de nos acquis du passé pour tendre vers l’avenir.

Ces mots. Vos mots résonnaient avec plusieurs instants de la semaine. Cette cérémonie d’hommage aux victimes du terrorisme qui a eu lieu, le 11 mars, dans toute la France. Pour toutes ces victimes de barbares humains qui – justement – n’ont pas reçu ou n’ont pas voulu le recevoir tout ce que vous nous transmettez de positif. Cela résonnait aussi, avec un débat public qui chaque jour sombre dans les caricatures les plus abyssales et qui est loin de la nuance radicale que vous incarnez. Ce besoin de radicalité dans la nuance dont nous avons déjà dit, ici, les bienfaits.

La potion Badinter est un élixir pour sociétés où les repères se brouillent.
Évidemment, chez Ernest, nous avons également été inspirés par cet éloge de la lecture et de son importance pour changer la vie des gens que vous avez lancé : « La lecture est inhérente à ma vie. C’était mon école buissonnière. Je quittais les manuels de droit pour Camus. C’est notamment là que j’y ai forgé l’une de mes plus grandes convictions selon laquelle l’idéal d’un homme est d’être juste et de se tenir toujours à la ligne qu’il s’est fixée ».
 Cher Robert, merci de vos mots. Merci de l’enseignement de votre vie qui démontre que lorsqu’il y a une volonté , il y a un chemin. Force de vie. Désir de vie. Fringale de vie. Il y eu même de la coquetterie, un instant, quand pour terminer l’émission vous avez cité Racine et son vers « pour réparer des ans, l’irréparable outrage ».

Soyez tranquille Robert, la jeunesse et la vitalité d’esprit, c’est vous. Nous attendons avec impatience « Théâtre 2 ».

Bon dimanche,

L’édito paraît le dimanche dans l’Ernestine, notre lettre inspirante (inscrivez-vous c’est gratuit) et le lundi sur le site (abonnez-vous pour soutenir notre démarche)

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