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Pour une nuance radicale

Nuances Ernest

« Tout ce qui est excessif est insignifiant », rappelait Talleyrand. Cet aphorisme peut occuper notre esprit cette semaine. Hystérisation. Colère. Désespoir. Ce sont les mots qui sont certainement venus pour chacun de nous alors que les émeutes des gilets jaunes et les réactions gouvernementales alambiquées se faisaient face.

Comme dans un dialogue impossible. Sur une ligne de crête complexe et où les abrupts, d’un côté comme de l’autre, étaient béants et dangereux. On a pu penser, aussi, à ce qu’écrivait Victor Hugo dans Les Misérables au sujet des émeutes : « L’émeute est une sorte de trombe de l’atmosphère sociale qui se forme brusquement dans de certaines conditions de température, et qui, dans son tournoiement, monte, court, tonne, arrache, rase, écrase, démolit, déracine, entraînant avec elle les grandes natures et les chétives, l’homme fort et l’esprit faible, le tronc d’arbre et le brin de paille. Malheur à celui qu’elle emporte comme à celui qu’elle vient heurter! Elle les brise l’un contre l’autre. »

 Mais surtout, ce qui frappait ces dernières semaines, c’est l’absence de nuances. Comme si celles-ci étaient définitivement has-been dans notre monde toujours plus hystérisé.

Tendre vers l’équilibre

Et devant cette violence profonde où se mêlent le désespoir, la colère et l’irrationnel, une figure est apparue. Celle de Raymond Aron. Aron qui théorisa en son temps une forme de « nuance radicale » ou de radicalité dans la nuance. Pour rappeler, toujours, que la vérité est dans une zone grise qui est toujours plus complexe à appréhender que la zone noire ou la zone blanche.
Une phrase, aussi, a surgi. Elle est d’Albert Camus et figure dans Retour à Tipasa. Il y délivre un message d’équilibre fort. De radicalité dans la nuance et l’équilibre. Comme une obligation humaine.

« Il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle, ni à l’une ni aux autres » 


Voilà, peut-être, notre devoir commun. Réaffirmer notre besoin de nuance et d’équilibre en n’étant jamais infidèle à l’idéal.

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