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Laetitia Colombani : « Je voulais montrer les chaînes invisibles que portent les femmes »

Ernest Mag Laetitia Colombani

"La Tresse" est un bijou de livre. Rencontre au long cours avec Laetitia Colombani, son auteure. Pour prolonger les vacances autour de ce best-seller de l'été, véritable concentré de sensibilité.

Ernest-mag - Latresse"La Tresse" de Lætitia Colombani, Ernest en avait fait un coup de cœur du vendredi. Vous nous avez suivi. Ce petit bijou de livre termine l'été en deuxième place des ventes de livres en France. Ce n'est que justice tellement cette "Tresse" portrait sublime de trois femmes est une réussite littéraire. Pour ce dernier jour du mois d'août, Ernest avait envie de vous proposer un entretien avec l'auteure de la Tresse : Lætitia Colombani. Best-seller de l'été qui a accompagné nombre d'entre vous durant vos villégiatures estivales. Pour ce premier roman, Laetitia Colombani - cinéaste de formation (à la folie pas du tout & Mes stars et moi) -  brosse le portrait croisé de trois femmes superbes : Smita, Giulia, et Sarah. C'est un portrait qui fera date dans la littérature. Une fois refermé, le livre reste longtemps en tête et l’action de ces trois femmes inspire celle de la vie du lecteur. Au final, les sujets abordés sont universels : comment faire en sorte que nos enfants s’en sortent mieux que nous ? Pourquoi les femmes ont-elles plus de difficultés que les hommes à se mouvoir dans le monde, du fait de la domination masculine ambiante ? Tous ces thèmes sont traités avec une science du romanesque et surtout grâce à une écriture dynamique et imagée. Un vrai bon moment de lecture, qui rappelle le superbe "Les Heures" de Michaël Cunningham !

D'où est venue l'histoire de ces trois femmes dans des milieux différents. A la lecture, on ressent une forme d'urgence à écrire cette histoire croisée ?

L'idée est issue de deux évènements. D'abord, il y a presque dix ans, un documentaire que j'ai vu sur l'Inde et les intouchables. Ce documentaire m'a beaucoup marqué, cela d'autant plus que j'ai été plusieurs fois dans ce pays. J'avais depuis longtemps en tête l'idée d'une femme indienne qui lutterait pour vivre. Elle aurait pu être un personnage de cinéma, elle est devenue Smita dans ce livre. L'autre déclencheur de l'histoire c'est lorsqu'il y a deux ans, l'une de mes plus proches amies est tombée malade et a eu un cancer du sein. Je l'ai beaucoup accompagnée aux différentes étapes de sa maladie. Notamment au moment du choix d'une perruque, par exemple. J'ai alors eu envie de lier ces deux histoires. Celle de l'Inde et celle de mon amie et de sa lutte contre la maladie. Au fond, ce livre parle du courage des femmes.

Y a-t-il une part de vous dans chacune de vos trois femmes ou êtes-vous plus proche de Sarah, cette working girl canadienne, occidentale ?

Oui. Ces trois femmes sont trois versions de moi-même. La situation de l'occidentale Sarah est proche de moi, évidemment, néanmoins, j'ai beaucoup de points communs avec Smita. C'est une maman. Dans Smita, je me retrouve dans son élan pour sa fille. Dans tout ce qu'elle peut faire pour son enfant. Par exemple, la scène de la rentrée des classes de son enfant, je l'ai écrite alors que je venais moi-même de vivre l'entrée en CP de ma fille. Il y a beaucoup de moi dans cela. Giulia, c'est l'amoureuse. Elle aime cet état de grâce de l'amour. Elle découvre un homme très différent d'elle et cela a pu être mon cas à une époque. Je suis proche d'elle car je comprends son combat pour aller s'ouvrir au monde et son lien à une tradition familiale.

Pourquoi cette envie de raconter des femmes ? Trouvez-vous que les héroïnes manquent dans la littérature ?

Non, les grands personnages féminins existent au cinéma ou dans les livres. Mrs Dalloway, l'Amant de Duras, Les Heures de Michaël Cunnigham sont aussi une inspiration. Madame Bovary ou Madame de Rénal dans le Rouge et le Noir sont aussi de très grands portraits de femmes et qui montrent la condition de la femme à l'époque. En un sens, elles sont les ancêtres de mes trois femmes à moi.

"Je voulais montrer les chaines visibles mais aussi invisibles que nous portons, nous, les femmes"

A travers ces femmes, vouliez-vous être porte-parole des femmes pour une meilleure égalité aujourd'hui ?

Ernest Mag Laetitia Colombani

DR Grasset

Pas directement. Mais j'avais envie de raconter ce que les femmes vivaient aujourd'hui. Dans la partie indienne, j'évoque notamment le fait que l'on enterre les petites filles à la naissance parce que l'on en veut pas. Cela arrive encore aujourd'hui. Cela me révolte. Je voulais le raconter. C'est mon seul moyen. Sinon, je suis impuissante. Donc c'est un livre militant, en ce sens qu'il raconte des choses qui ne sont pas assez connues ou pas assez visibles. Par exemple, Sarah qui a, semble-t-il, tout réussi porte aussi des chaînes invisibles que toutes les femmes ressentent. J'avais envie de dire cela. Sarah est écartelée et déchirée dans son besoin de tout gérer en tant que femme.

Comment avez-vous travaillé ? Avez-vous fait de nombreux voyages en Inde par exemple ?