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La belle mécanique signée Grannec

Régulièrement, les Ernestiens et les Ernestiennes partagent leurs coups de cœur du moment ou le livre qui leur a fait aimer la lecture ou ce qu’ils veulent au fond. Ernest c’est aussi et surtout eux. Un mot d’ordre : de la passion libre.
Pour cette première c’est Emmanuelle Coutant qui a envoyé cette belle chronique du livre de Yannick Grannec (la déesse des petites victoires) : Le bal mécanique, éditions Anne Carrière. Emmanuelle a été particulièrement émue par la façon dont le livre parle de la filiation et de la transmission. A lire.

« Un soir de 1929, la prestigieuse école du Bauhaus, à Dessau, a donné un bal costumé. C’était avant que les nazis ne dévorent l’Europe, c’était un temps où l’on pouvait encore croire au progrès, à l’Art et au sens de l’Histoire.
Pendant ce bal, une jeune femme, Magda, a dansé, bu et aimé.

Quel rapport avec Josh Shors, animateur à Chicago d’une émission de téléréalité dont le succès tapageur mêle décoration d’intérieur et thérapie familiale ? Quel rapport avec son père, Carl, peintre oublié qui finit sa vie à Saint-Paul-de-Vence, hanté par les fantômes de la guerre de Corée et les mensonges d’une enfance déracinée ? Quel rapport avec Cornelius Gurlitt, cet homme discret chez qui on a découvert en 2012 la plus grande collection d’art spoliée par le IIIe Reich ? Quel rapport avec le marchand d’art Theodor Grenzberg, qui poursuit sa femme, Luise, dans la folle nuit berlinoise ? Quel rapport avec Gropius, Klee, Rothko, Marx, Scriabine, l’obsession de la résilience et Ikea ?

Un siècle, une famille, l’Art et le temps. »

La quatrième de couverture dit tout sans rien dévoiler de l’intrigue car c’est un vrai roman à suspens construit en deux parties. La première suit Josh Shors et sa femme Vikkie, enceinte, producteurs et réalisateurs d’émissions de téléréalité à Chicago ayant pour objectif de reconstruire des familles en difficulté.
Josh a des relations tendues avec son père Carl, peintre misanthrope qui vit isolé à Saint Paul de Vence.
Au décès soudain de ce dernier, Josh découvre que son père avait commencé des recherches en vue d’obtenir la restitution d’un tableau de Otto Dix représentant le grand père de Josh, Theo Grenzberg, spolié pendant la guerre. Il décide de poursuivre les recherches et va découvrir l’histoire de sa famille et les secrets qu’elle recèle.

La seconde partie se focalise sur la vie de Theodor Grenzberg, son activité de marchand d’art pendant l’entre deux guerres à Berlin et ses rencontres avec des artistes précurseurs, tel Paul Klee, qui formeront l’école du Bauhaus et devront s’exiler d’Allemagne lorsque le régime nazi décrètera leur art « dégénéré ».
Théodor a une fille Magda, artiste elle aussi et qui ne cessera de se battre pour faire reconnaître son droit à intégrer l’école du Bauhaus et à s’accomplir dans son art. Un très beau portrait de femme emportée par les évènements politiques de son pays et bientôt de l’Europe entière, et sa passion d’artiste.

Un récit érudit mené comme une enquête policière

Le talent de Yannick Grannec est de nous faire découvrir tout un pan de l’histoire de l’art, mêlé à une enquête sur les origines et les secrets de la famille Grenzberg. Le récit est conduit comme une véritable enquête policière ce qui le rend extrêmement palpitant.

Un autre aspect du livre m’a beaucoup touchée, c’est la réflexion sur la filiation et la transmission d’une génération à une autre des valeurs bien sur, mais aussi de ce qui touche au plus profond des individus, des émotions ressenties devant un tableau ou à la lecture d’un livre ou d’un poème. Mère de deux enfants j’essaye de leur donner des clefs, de leur montrer le chemin, l’accès pour qu’ils puissent construire leur propre échelle du beau. C’est pour cela que la toute fin du livre m’a beaucoup touchée et particulièrement cet extrait  où l’auteur s’exprime à la première personne :

« Je me promets de trainer mes garçons ici. Même si l’idée de visiter-« encore ! »-un musée les fait râler. Même si la définition de la beauté est propre à chaque génération, à chaque individu, il est important de nourrir ses enfants avec celle qu’on croit reconnaître. Leur donner ce cadeau sans étiquette et sans marque est bien plus qu’une consolation, bien plus qu’un dérivatif, bien plus qu’une colère contre un avenir absurde et dangereux. C’est un lien à travers le temps. Regarde le monde, mon fils, et dis-moi comment tu le vois. Ne laisse personne te dire comment tu dois le voir. Pas même moi. Enfin, si. Parfois. Je suis ta mère. »

Un magnifique voyage au cœur de la création artistique, rempli d’émotions et de découvertes.

Par Emmanuelle Coutant

« Boulimique de lecture, je recherche avant tout la découverte et l’émotion à travers les mots, ce qui me conduit vers des lectures très éclectiques, du polar au classique, du roman à la littérature jeunesse que j’ai maintenant le plaisir de partager avec mes enfants. »

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