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L’imagination au pouvoir, deuxième

Michael Aleo DpgzNS1yvWg Unsplash

Quand un livre résonne avec un autre, épisode 867. Alors que la découverte Ernest de la semaine “Et par le pouvoir d’un mot” (voir le livre du vendredi ) qui raconte comment Paul Éluard a écrit son célèbre poème “Liberté” pendant l’Occupation et comment les mots qu’il avait tracés sont devenus des mots de résistance puis des mots universels, l’idée de relire le livre magnifique d’Azar Nafisi “Lire Lolita à Téhéran” est venue. Résonance quand tu nous tiens.
Dans ce récit magistral, Nafisi raconte comment après avoir démissionné de l’Université de Téhéran où la révolution islamique la forçait à porter le voile, elle anima un salon littéraire avec sept de ses étudiantes. L’objectif : lire Lolita de Nabokov, mais aussi Gatsby le Magnifique de Fitzgerald, et plus largement dévorer des livres, en parler et voir ce que la fiction et la littérature donnaient comme force pour résister à la dictature. L’expérience mêle chemin de vie, initiation littéraire et recherche de la beauté.

Tout au long du livre, le lecteur est invité à suivre leur cheminement et leur principale découverte : la force de l’imagination comme antidote à la soumission et à la dictature.
Les seuls moments où elles s’ouvraient et s’animaient vraiment étaient ceux de nos discussions autour des livres. Les romans nous permettaient d’échapper à la réalité parce que nous pouvions admirer leur beauté, leur perfection, et oublier nos histoires de doyens, d’université et de milice qui arpentait les rues. (…) Les romans dans lesquels nous nous évadions nous conduisirent finalement à remettre en question et à sonder ce que nous étions réellement, ce que nous étions si désespérément incapables d’exprimer”, peut-on ainsi lire dans le livre. Comme un miroir.

Quelques pages plus loin : “Cette pièce devint pour nous un lieu de transgression. le pays des merveilles. Installées autour de la grande table basse couverte de bouquets de fleurs, nous passions notre temps à entrer dans les romans que nous lisions et à en ressortir. Lorsque je regarde en arrière, je suis stupéfaite de tout ce que nous avons appris sans même nous en rendre compte. Nous allions, pour emprunter les mots de Nabokov, expérimenter la façon dont les cailloux de la vie ordinaire se transforment en pierres précieuses par la magie de la fiction.”

Les cailloux de la vie ordinaire qui se transforment en pierre précieuses. Ou comment la littérature et la fiction permettent la métamorphose des sensations et des êtres. Ou comment la littérature et la fiction contiennent en eux-mêmes, comme toutes les formes artistiques d’ailleurs, une part de vérité. Penser à tout cela et lire les mots de Mohammad Mehdi Karami, opposant à l’actuelle dictature iranienne qui écrit à son père avant son exécution la phrase suivante : “Papa, je suis condamné à mort. Ne dis rien à maman.” Se dire qu’il en faudra encore des livres, des tableaux, des poèmes, des films, des fictions, pour donner la force à toutes celles et tous ceux qui se battent contre cette théocratie violente et dictatoriale d’Iran et dans celles d’ailleurs. Désespérer, un peu. Lire des morceaux d’Eluard.

Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

 

Lire aussi dans les dernières pages de “Lire Lolita à Téhéran” les mots suivant qui émeuvent aux larmes : “Je rêve souvent qu’un nouvel amendement a été ajouté à la Constitution, celui du libre accès à l’imagination. J’en suis arrivée à croire que la vraie démocratie n’existe pas sans la liberté d’imagination et le droit d’utiliser ses œuvres en l’absence de toute restriction. Pour avoir une vie pleine, chacun devrait pouvoir façonner et exprimer ses mondes, ses rêves, ses idées et ses aspirations devant les autres, participer constamment à un dialogue qui s’établirait entre domaines public et privé. Comment savoir autrement que nous avons existé, ressenti, désiré, haï et craint ?”


Penser à ceux de Gary sur l’amour qui a aussi “besoin d’imagination”. Se dire, qu’au fond, il est temps que l’imagination reprenne le pouvoir. Dans nos lits, dans nos amours, dans notre rapport à la politique, dans notre façon de dévorer les romans, mais aussi et surtout dans nos chemins de vie. En résumé : partout.

Bon dimanche imaginatif chers amis.

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