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La liste de nos beautés

Joshua Sortino IlvY3z4KVCI Unsplash

Ne nous mentons pas, les nouvelles du monde sont mauvaises d’où qu’elles viennent. Pas la peine d’en faire la liste. Elle est connue et ressassée. Ne nous mentons pas le spleen gagne, ces temps-ci, même les plus indécrottables des optimistes. Inévitablement. Et pourtant, nous n’avons jamais eu autant de chance. Oui, oui, de chance vous avez bien lu. Ce matin, Ernest vous emmène en voyage.

Un voyage dans la beauté. Celle qui nous a inspiré cette semaine. Elle est forcément subjective, mais certainement qu’une fois que vous aurez lu ces lignes, vous dresserez vous aussi la liste de vos beautés. De celles qui vous aident à faire face.
Pour nous cette semaine, il y eut forcément quelques mots glanés ici ou là dans des livres. « On n’a qu’une vie, et on l’écrit en la vivant. Les ratures sont nos blessures, mais tout est gardé. Peut-être qu’en mourant on emporte notre manuscrit avec nous, avec ses obscénités ou ses splendeurs, ses fautes d’orthographe et sa calligraphie incertaine. Quand c’est très bien écrit, alors hosanna ! Parfois même les ratures sont belles comme des enluminures. Certaines souffrances sont belles comme des œuvres d’art. »
Quelques autres : « Elle avait passé toute la matinée dans son fauteuil devant la fenêtre ouverte, face au pavillon, la tête appuyée contre le petit coussin qui ne la quittait jamais et qu’elle emportait toujours avec elle dans ses voyages. Le motif brodé représentait les bêtes tendrement unies dans la paix enchantée de l’Éden ; elle aimait surtout le lion qui fraternisait avec l’agneau et le léopard qui léchait amoureusement l’oreille d’une biche : la vie, quoi. »
Il y eut aussi des notes. Beaucoup de notes. En tous genres. Pour se rappeler quel immense musicien il était alors qu’il a annoncé récemment qu’il ne pouvait plus jouer, réécouter pour la énième fois le Köln Concert de Keith Jarret. Y découvrir toujours de nouvelles aspérités, et se laisser porter par l’apesanteur magique de ce concert totalement improvisé. Se laisser à nouveau porter par la douce musique pop de Herman Düne qui vient de sortir un album délicieux et joyeux et dans une douce ironie se remettre à chanter avec entrain en pensant celles et ceux qui sont éloignés : « I wish that i could see you soon » l’une de leurs premières chansons. « I wish that i could see you soon », voilà le slogan politique de notre époque.

Il y eut également un événement qui nous fait croire à l’avenir : l’engouement qui semble se dessiner pour le « clique et cueillette » (c’est comme ça que les Québecois disent et on adore cette poésie) dans les librairies indépendantes.
Ces mots, ces notes, ces victoires dans une période ténébreuse, c’est ce qui nous caractérise, nous les Humains. Nous recherchons la beauté. C’est un plaisir. Un plaisir des yeux, de l’ouïe, de l’odeur, c’est l’une des seules façons, avec l’imagination, de pouvoir jouir à distance. Cette recherche de la beauté est le totem d’immunité de notre humanité. Elle nous sauve. Tout le temps.

Alors qu’elle venait d’être arrêtée pour faits de résistance par la police française et qu’elle était dans la prison d’Avignon, Marceline Loridan-Ivens a ramassé un caillou et a écrit sur le mur : « c’est presque une joie de savoir que l’on peut souffrir autant ». Même dans le noir le plus total, elle a cherché le beau. Désir de vie qui distingue l’Homme.
 Clément Rosset avait raison : « Les raisons d’exécrer la réalité ou de l’adorer sont les mêmes : nous ne savons pas qui nous sommes, ni d’où nous venons ; nous sommes confrontés à un réel souvent déplaisant ou injuste ; chaque sensation est fugace et nous sommes promis au trépas. À partir de ce constat, vous pouvez sombrer dans l’accablement le plus profond ou, au contraire, vous réjouir de chaque instant qui passe. La grande différence entre l’homme dépressif et joyeux me semble d’ailleurs résider dans l’appétit de vivre, ce qui peut se ramener à un mot : le désir. »

Pour toutes ces raisons, pour la beauté qui nous entoure dans les livres, dans l’art, dans l’histoire, dans un paysage, dans un sourire, dans la nuque d’un être aimé, dans la plaisanterie échangée, dans l’émotion qui nous submerge, il nous appartient de vivre. Intensément. Il nous appartient, finalement d’être les peintres coloristes de nos paysages de vie. « Un paysage est un état d’âme », disait le mélancolique Alfred de Vigny. A nous de le rendre pétaradant, joyeux, pétillant, et indestructible par les ténèbres. L’art nous y aidera. Toujours.

Bon dimanche rempli de beauté,

L’édito paraît le dimanche matin dans l’Ernestine, notre lettre dominicale inspirante (inscrivez-vous c’est gratuit), puis le lundi sur le site.

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