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Lettres à France : Georges Marchais

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Après Chirac, De Gaulle, Mitterrand, Mendès-France, Seguin, c’est au tour de Georges Marchais, emblématique secrétaire général du PCF dans les années 70 d’écrire une lettre à France. On y retrouve sa gouaille et son franc-parler. Son sens de la formule, aussi. Retour vers le futur alors que Fabien Roussel, son lointain héritier, réalise une campagne de bon aloi.

Camarades,

Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt… Abrutis, vous êtes abrutis ! Par quoi, me demandez-vous ? Eh bien je vais vous le dire : par le rythme imposé par le Grand Capital, pardi ! Il faut dire que les perspectives offertes par l’époque sont plutôt sombres : pandémie, retour de la guerre aux frontières de notre continent, hausse des prix. « Quand je lis les débats fumeux sur la croissance et que je vois les millions de travailleurs qui, dans ce pays, ne possèdent pas les moyens minimaux de consommation, je trouve les idées de ces messieurs les technocrates dérisoires ! » Dans ce contexte où vacillent nos repères, nous pouvons remercier le camarade Roussel d’avoir contribué à remettre nos idées sur le devant de la scène. Car oui, ce brave Roussel fait parler de lui. Et oui, il utilise pour ce faire quelques moyens modernes, parfois décriés par certains à gauche, mais néanmoins très efficaces.

« Moi, je vous pose la question : est-ce que oui ou non les forces existent aujourd’hui pour imposer notre programme ? » Je crois que oui ! Et la télé nous y aide, n’en déplaise au transfuge socialiste nommé Mélenchon… Ce gougnafier formule à l’endroit de notre porte-voix Roussel les mêmes critiques que j’entendais jadis sur mon compte. On les connait ! De mon temps, nos adversaires aimaient propager l’idée scandaaaaleuse d’un George Marchais avide d’exposition médiatique qui adorait faire le cabotin avec les journalistes.

Je confesse une passion du débat politique. Du combat ! Jadis, j’avais mes têtes. Deux jeunes journalistes fringants quoi que par trop vendus au patronnât à mon goût : messieurs Duhamel et Elkabbach. Ces deux-là, ils m’interrompaient sans cesse, les bougres ! Mais j’aimais ferrailler avec eux ! J’aimais les pousser dans leurs retranchements ! Pour le reste, et dans sa globalité – car il faut toujours regarder dans la globalité – je mets un points d’honneur à occuper le terrain médiatique. Oui ! La télé, c’est comme une usine ! Il faut l’investir. Il faut lui parler ! Il faut ne surtout pas la laisser tomber sinon d’autres s’en empareront. Parlons aux ouvriers là où ils sont ! Parlons aux camarades dans les espaces qui leurs sont chers : presse écrite, radio, télé, partout!

“Vous avez perdu le sens de la lutte et du combat”

Aut’ chose… Du fond de notre retraite, avec Liliane, nous vous observons. L’honnêteté me commande de vous dire que 2022 n’est pas un grand cru. Camarades, il faut vous ressaisir ! Trop souvent, vous avez perdu le sens du combat et de la lutte. Or, être de gauche, c’est ne pas lâcher. Je vous le dis comme je le disais en 1981, à Nancy, devant une salle comble : « La lutte est dure. Elle est difficile, c’est vrai… Mais je le sens : le changement approche. Encore un effort ! Battez vous ! Battons-nous ! Battez-vous et battons nous avec confiance et l’espoir triomphera ! » Quand je disais cela, il y avait des vivats. Il y avait de l’adversité aussi.

L’atmosphère était électrique. Des anti-nucléaires et des gauchistes venaient contester nos positions ? On disait déjà que le PC était un parti à la papa ? Qu’importe : nous militions, nous avancions ! J’observe en 2022 que cette fougue et cette énergie ont disparu des rangs de la gauche. J’observe qu’en dépit de sondages encore assez peu vigoureux, notre camarade Roussel se bat comme un beau diable et défend les options du parti. « Nous ne cherchons ni à rassurer ni à effrayer les Français, nous leur disons la vérité. » Alors, fidèle à mon franc-parler, j’en finirais avec le même avertissement que celui que je formulais, à Lyon, en 1988 quand le président sortant remettait son trône en jeu : « Nous devons mettre en garde les électrices et les électeurs de gauche qui sont. Nombreux à s’interroger actuellement. Nous leur disons ceci : cette confrontation qu’organisent entre eux Mitterrand et Chirac est un piège. Chirac clame « A bas Mitterand ! » (…) Mitterrand dit « Chirac danger ! » Pour tenter de vous tromper vous qui vous situez à gauche, pour tenter de capter votre voix et de l’utiliser ensuite dans un but que vous n’approuvez pas ». Donnez-vous la peine de remplacer Chirac et Mitterrand par vos champions actuels et regardez comme en politique, tout change et rien ne change à la fois…

Georges Marchais

Extraits tirés des discours de Nancy (mars 1981) et Lyon (mars 1988) et de l’entretien accordé par G. Marchais en février 1973 au Nouvel Observateur.

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