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Rire de résistance

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C’était aussi au mois de mai. Le 22 précisément. Le 19è siècle était finissant et l’une de ses figures s’en allait. Nous sommes en 1885. Victor Hugo avait traversé le siècle, ses emportements, ses soubresauts, ses combats et ses doutes. Ferraillant contre le second empire, se battant pour l’avènement la République, pour les États-Unis d’Europe, pour l’éducation gratuite, ou encore contre la peine de mort et payant, aussi, ses combats par l’exil. Hugo fut aussi, évidemment, le créateur de personnages inoubliables, de Quasimodo à Gavroche en passant par Gwynplaine, le fameux « homme qui rit », ou Ruy Blas. Personnages qui sont aujourd’hui encore une part non négligeable de nos imaginaires.

Ce matin, l’un d’entre eux retient notre plus particulièrement notre attention. Celui de Gwynplaine, l’homme qui rit. Dans cette ce livre foisonnant, Hugo interroge le monde qui l’entoure, fait de la littérature une arme contre les absolutismes et les schémas de pensée. Cette fresque romanesque recèle une critique sociale très puissante, et c’est dans l’alliance de ces deux choses que le livre a tout son intérêt. Plus intéressant encore est la place qu’Hugo donne à la faculté de rire. Rions pour ne pas pleurer. Rions pour contester. Rions pour combattre semble nous dire cet homme difforme qui est affublé en permanence de ce rictus alors qu’il observe les us et coutumes de la noblesse et de l’aristocratie anglaise dans laquelle il évolue.

Peut-être que, dans le fond de votre lit, devant votre petit déjeuner, ou de retour de votre footing, vous vous interrogez sur le sens de cette digression sur Hugo et le rire ?  Certainement qu’elle répond au besoin, non feint, que nous ressentons collectivement de rire ensemble à nouveau. Mais au-delà de cela, il y a aussi cette idée centrale à ce qui constitue, en partie la France, du rire comme un outil d’émancipation, d’affirmation, et de contestation. Hugo, qui reste l’une des figure de notre panthéon national, affirme dans « l’homme qui rit » la puissance de cette arme pacifiste.

« Je suis l’Homme. Je suis l’effrayant Homme qui Rit. Qui rit de quoi ? De vous. De lui. De tout. Qu’est-ce que son rire ? Votre crime, et son supplice. Ce crime, il vous le jette à la face; ce supplice, il vous le crache au visage. Je ris, cela veut dire : Je pleure » écrit-il d’abord comme pour affirmer ce rire de résistance. Ce rire qui permet la mise à distance. En ce dimanche où les tourments du monde, les messages nauséabonds pour nos libertés, les inepties en tous genres nous assaillent partons en galopade sur des terres d’impertinence, d’espièglerie et de joyeuse iconoclastie pour résister en riant à toutes les dictatures du raisonnement et autres envahisseurs bardés de sérieux et de certitudes. « Faire rire, c’est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre, qu’un distributeur d’oubli », juge encore Hugo dans ce roman. 
Oublier, certes, un temps. Prendre de la distance pour ensuite construire, créer et faire. Rire pour finalement affirmer notre supériorité d’hommes et de femmes sur ce qui nous arrive. Rire pour se jouer de nos tourments. Rire pour être et faire ensemble. Rire, à défaut de pleurer devant la bêtise. Rire pour combler un vide qui deviendra forcément, un jour, créateur.

Bon dimanche plein de fous rires,

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