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Le courage du bonheur

Senjuti Kundu JfolIjRnveY Unsplash

C’est l’histoire d’une petite fille de huit ans qui, un matin, au petit déjeuner, après avoir dégusté deux tartines, interpelle ses parents. « Papa, Maman, est-ce que tout est impossible ? » Les parents restent coi. Se regardent. Sourient. Cherchent les mots. Tâtonnent.  Tentent d’expliquer qu’au contraire rien est impossible quand on en a envie et que l’on s’en donne les moyens. Qu’en restera-t-il ?
Finalement, des blagues fusèrent. Des rires éclatèrent. Le tout laissant une double impression de joie et de tristesse.
Avant de se souvenir qu’au fond, avec Prévert « il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple » et faire advenir par sa façon de regarder le monde des choses positives.  Alors je vois déjà les mines contrites, les railleries sur le thème : « ça y est, Ernest a sombré dans le pire des manuels de développement personnel ». « Hapiness is a warm gun » chantaient les Beatles… Comme pour dire que la recherche du bonheur pouvait aussi nous conduire à une forme de perte…Cela serait une façon de lire ces mots.

Laissez-nous toutefois, ce matin, alors que vous êtes encore tranquillement dans votre lit, que vous rentrez de votre footing ou que vous venez de terminer le petit déjeuner, vous emmener avec nous en voyage. Dans un voyage dynamique. Celui du fait d’être heureux comme plus beau des courages. Un voyage émaillé de différentes lectures récentes. D’autres plus anciennes relues ces derniers jours. Toutes résonnent avec la question de la petite femme. La première, inattendue, fut celle du dernier livre de Philippe Sollers. Une phrase nous sauta aux yeux : « il n’y a rien à espérer du désespoir » écrit l’auteur comme pour nous rappeler que la voix de l’impossible ne peut, jamais, nous guider. Sollers était d’ailleurs, dimanche dernier, l’invité de Remède à la mélancolie, l’excellente émission d’Eva Bester dans laquelle il éclaira, un peu plus encore, cette maxime. « La mélancolie est vorace, elle veut déployer son empire et attend de cela des rétributions matérielles ». Et de conclure : « Le bonheur est possible, je répète, le bonheur est possible ».

Ainsi donc, il suffirait de sauter comme un cabri sur sa chaise en criant « bonheur » pour que celui-ci advienne. Pas certain. Mais en tâchant de le choisir, il peut entrer. C’est le message de Sollers comme il fut celui de Spinoza qui rappelait que le « joie est un acte politique » quand, a contrario, « la tristesse est l’âme des tyrans« . Des mots qui ne pèsent peut-être pas grand chose face à certains désespoirs. Des mots qui pourtant sont toujours au commencement de toute mise en action. Des mots que l’ont dit, des mots que l’ont entend ou que l’ont lit.

Dans son vivifiant essai « Comment ne pas être esclave du système »?, paru chez Allary éditions, Alexandre Lacroix propose une philosophie de l’action qui invite à la fois à se réapproprier son existence pour tendre vers le bonheur tout en regardant tout de même, un peu, l’utilité des choses. Façon pour l’auteur d’adopter une ligne de crête intéressante entre idéalisme et utilitarisme. Entre bonheur et devoir. Entre bonheur et désespoir, aussi, d’une certaine façon.
A ces viatiques, et à cette philosophie de l’action qui tend vers le bonheur nous en ajoutons un : le rire. Pas seulement le rire sardonique, mais aussi le rire poétique, celui qui fait advenir la joie dans le tragique. Ce rire qui permet d’éprouver ce que nous sommes. « Depuis que j’écris, l’ironie et l’humour ont toujours été pour moi une mise à l’essai de l’authenticité des valeurs, une épreuve par le feu à laquelle un croyant soumet sa foi essentielle, afin qu’elle en sorte plus souriante, plus sûre d’elle même, plus souveraine », rappelle Romain Gary dans les « Clowns Lyriques ». 
C’est ainsi qu’à cette petite fille de huit ans, à tous les enfants, et à nous tous, nous avons envie de dire : « N’oublie jamais d’être un clown lyrique et alors rien ne sera impossible ».

Bon dimanche,

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