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La valise à lire des chroniqueurs et chroniqueuses 2/2

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Alors que les vacances approchent, vous vous demandez forcément ce que vous allez prendre comme livres. Avant de les laisser partir sous des cieux cléments, nous avons demandé à nos chroniqueurs quel roman ils auraient envie de vous conseiller. Jean Casel, Frédéric Potier, Laure Daussy, Laurence Van Gysel, Tanguy Leclerc, Laurent-David Samama, et Frédéric Pennel se sont prêtés au jeu. Revue d’effectif numéro 2, avec Laurence, Frédéric Potier, Frédéric Pennel, Laurent-David. La première valise est là.

Dans le doute, un Vargas. Le coup de cœur de Frédéric Potier

Ernest Vargas CerclesCette année, j’ai choisi de ne pas partir comme d’habitude avec 2 ou 3 gros pavés afin d’alléger (un peu) le poids de la valise familiale. J’ai décidé de m’en remettre au hasard, au gré de mes découvertes dans les bibliothèques des maisons familiales, des gîtes de location ou des centres de vacances. J’avais déjà éprouvé cette méthode à Noël dernier avec un certain succès. Furetant dans les étagères tel Indiana Jones, j’étais tombé sur deux pièces de collection, à savoir un roman de Maurice Genevoix (bientôt au Panthéon) dédicacé par l’auteur à la grand-mère de ma femme puis sur la biographie (non traduite) de Winston Churchill par le décoiffé et décoiffant Boris Johnson. Pour l’instant, pour être honnête, je n’ai pas encore glané de perle littéraire dans ma quête estivale.

Vargas, c’est le N’Golo Kanté du roman policier

Je suis cependant tombé au milieu des placards poussiéreux sur une valeur sûre : Fred Vargas. Dépaysement assuré par rapport aux essais politiques dont je m’abreuve toute l’année afin de tenir la dragée haute aux camarades de chronique d’Ernest !
Vargas, c’est un peu le N’Golo Kanté du roman policier : constance, rythme, régularité, efficacité et capacité d’adaptation à tous les terrains. Me voilà donc plongé dans la lecture de « L’homme aux cercles bleus », roman sorti en 1991 dans lequel fait sa première apparition le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg (dont le nom trahit moins les origines béarnaises du personnage que le goût du malt écossais). Dans cette enquête le flegmatique et intuitif Adamsberg a fort à faire avec une série de cercles bleus et meurtres obscures qui « suintent la cruauté »… Mon conseil : dans le doute prenez un Vargas, vous ne le regretterez pas !

Fred Vargas, « L’homme aux cercles bleus », J’ai lu. Dispo ici.

Le coup de cœur de Laurent-David Samama : « Mon père en doute encore »

CouvazzedineJe vous propose de partir en vacances avec, dans vos valises, le nouveau roman de Saphia Azzeddine, Mon père en doute encore. L’histoire véridique du père de l’auteure, né à Figuig en 1940, dans une palmeraie saharienne aux confins du Maroc.
Voilà un livre qui épouse à la fois l’époque et la repousse loin… Un roman qui dresse le portrait d’un père arabe bien loin de l’image d’Épinal du patriarche sévère et obscurantiste propagé par l’inconscient collectif. Ici, point de virilisme mal placé. Le père de la narratrice a grandi orphelin, entouré de femmes dans une société exclusivement dirigée par les hommes. De son malheur d’enfant, il a bâti la certitude que l’on pouvait faire d’une femme l’égale d’un homme. Notre héros a ainsi construit sa vie autour d’idéaux émancipateurs, loin des diktats conservateurs et du poids de l’islam des dévots.

Une déclaration d’amour au père

En dressant le portrait de son père, en retraçant son histoire marocaine et son exil français, Saphia Azzeddine tente de comprendre celui qui lui a donné le jour. A l’instar du « Papa » de Régis Jauffret et du « Tailleur de Relizane » d’Olivia Elkaim (qui paraîtra à la rentrée et dont Ernest vous reparlera, NDLR), on notera qu’il s’agit d’une préoccupation de plus en plus actuelle de la littérature contemporaine : cerner son père, l’interroger, le déconstruire… Saphia Azzeddine ajoute au tourment intime sa plume souvent acide. Comme à son habitude, elle n’élude aucune question, aucun travers, remet en cause son monde et la société dans son intégralité. Rien de désabusé pourtant : voilà un livre bourré d’amour, une déclaration !
Il faut lire Mon père en doute encore, édité chez Stock, ce récit sincère mais admiratif d’une écrivaine qui doit beaucoup à un homme qui aura toute sa vie tenté d’être juste.

« Mon père en doute encore » Saphia Azzedine, Stock. Dispo ici

Le coup de cœur de Frédéric Pennel. En voyage !

Couv GouverneursPendant le confinement, les jeux virtuels ont proliféré sur les réseaux sociaux. Pour garder le contact. L’un d’eux consistait à donner la liste de ses livres préférés. C’est ainsi que j’ai vu circuler Gouverneurs de la rosée sur l’un de mes écrans. C’est le titre qui m’a d’abord intrigué. Et pourquoi ce « s » à gouverneur ?

Délicieux voyage

Ce livre a été publié en 1944, à la mort de son auteur haïtien Jacques Roumain. C’est l’histoire de Manuel, un jeune homme qui revient dans son pays, Haïti, après un long séjour à Cuba. Il est de retour avec des idées plein la tête. Surtout, il découvre que sa terre natale ne ressemble plus à celles qu’il a laissée. La terre est asséchée, ses travailleurs encore appauvris et les villageois se déchirent. Manuel croise l’amour et entreprend de dessiner un monde uni et respectueux des ressources naturelles. Il pousse à l’insoumission, à combattre l’adversité. Le roman d’amour devient politique et délivre un message de solidarité et – déjà ! – écologique.

Écrit d’une élégante plume poétique, ce roman est un classique à Haïti. Il invite le lecteur à un formidable voyage aux Caraïbes, à se frotter à la culture créole et au culte vaudou. Le voyage lointain, à défaut de pouvoir se faire physiquement, restera littéraire cette année. Raison de plus pour opter pour un récit tissé d’images chatoyantes.

Gouverneurs de la rosée, Jacques Roumain, Zulma poche. Dispo ici

Le coup de cœur de Laurence Van Gysel : Meurtres sur la riviera

Son Espionne Royale Et Le Collier De La ReineQuoi de plus délicieux que de se délecter d’un bon roman en vacances pour se vider la tête. « Vacances j’oublie tout. » La Riviera, le glamour, la mode et des meurtres !

En route avec une Lady anglaise des années 30, fauchée comme les blés, qui résout des enquêtes policières. Lady Georgiana de Rannoy (alias Georgie) est la 34e prétendante au trône d’Angleterre, à moitié noble et amoureuse du mystérieux espion Darcy.

Dans ce nouvel opus, « Son espionne royal et le collier de la Reine », qui se dévore à la vitesse grand V, Rhys Bowen, l’auteur, nous entraîne avec bonheur sur la côte d’Azur en 1933. Une nouvelle mission attend Georgie : récupérer la tabatière de la Reine, volée par Sir Toby Tripoter, un collectionneur et un baronnet très riche. A peine parti, on la prend pour une autre. Aurait-elle un sosie ? Dans le Train Bleu, elle fait la connaissance de la célèbre Coco Chanel. Georgie devient son mannequin vedette lors du défilé de sa nouvelle collection et porte une rivière de diamants à son cou. Mais il est volé au nez et à la barbe de tous. Lors d’une sortie, elle fait la connaissance du beau marquis de Ronchard, un play-boy, un peu trop enjôleur. Alors qu’elle commence à enquêter sur Sir Toby, un ignoble individu, celui-ci est retrouvé sauvagement assassiné. Georgie est accusée de son meurtre. Ni une, ni deux, son grand-papa, ancien policier et roturier arrive à sa rescousse.

On retrouve toute la tendresse qui unit ces deux personnages bien qu’opposés par leur rang social. C’est d’ailleurs l’un des personnages préférés de Rhys Bowen «  Le grand-père est l’un de mes personnages préférés. Je voulais que Georgie ait quelqu’un qui l’aime inconditionnellement et sur qui elle puisse compter. ». Son interview passionnante.

Ensemble ils vont enquêter. Georgie, la naïve, va se transformer en Georgie la guerrière, prête à tout pour démêler la vérité pour le plus grand plaisir du lecteur plongé dans l’ambiance de la Riviera des années 30.

Rhys Bowen, « son espionne royale », La bête noire, Robert Laffont. Dispo ici

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