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Ce dont les fake news sont le nom

Robert V Ruggiero 1169393 Unsplash

« Une fausse nouvelle naît toujours de représentations collectives qui préexistent à sa naissance; elle n’est fortuite qu’en apparence, ou, plus précisément, tout ce qu’il y a de fortuit en elle c’est l’incident initial, absolument quelconque, qui déclenche le travail des imaginations; mais cette mise en branle n’a lieu que parce que les imaginations sont déjà préparées et fermentent sourdement. » Ces mots sont anciens. Ils datent de 1921 et ils sont signés de l’un des plus grands historiens français : Marc Bloch. Quand il écrit cela, Bloch réfléchit à la façon dont une fausse nouvelle (déjà) se propage en temps de guerre. Et il souligne notamment qu’elle vient aussi de représentations collectives préexistences.
Évidemment ce constat de Marc Bloch résonne de manière étonnante avec l’actualité de la semaine. Lors du 1er mai et des manifestations nombreuses de cette journée, des gens sont entrés dans l’hôpital de la Pitié Salpétrière. Le Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner s’est empressé (sans connaître réellement les faits) de dire qu’ils s’agissait là d’une attaque perpétrée par des Gilets jaunes violents. La machine était lancée et de nombreux médias (notamment télévisuels) ont décidé d’embrayer sur la déclaration du ministre sans plus de vérifications. Le ministre, c’est une institution, forcément il dit la vérité. Voilà la croyance préexistante qui peut constituer l’esprit des journalistes qui doivent toujours aller plus vite. 
Problème : quelques heures plus tard la vérité explosait : les Gilets jaunes qui se sont réfugiés dans l’hôpital tentaient visiblement de fuir les gaz lacrymogènes de la police.

Guerre de l’attention

C’est alors qu’il faut revenir à Marc Bloch. Que nous dit l’historien résistant ? D’abord que « la fausse nouvelle est le miroir où la conscience collective contemple ses propres traits » et ensuite emboitant le pas à Rudyard Kipling il souligne qu’en temps de guerre l’une des victimes est la vérité. Difficile de lui donner tort.

Difficile aussi de ne pas souligner le fait que gouvernement et Gilets Jaunes se livrent à une guerre de l’attention médiatique dans laquelle celui qui fabriquera la meilleure des sensations sera mis en avant par des médias en besoin croissant de matière. C’est seulement en gardant cela à l’esprit que le citoyen vous, moi, elle, ou lui, pourra garder un semblant de lucidité. Aussi ne nous contentons pas de seulement vilipender le faux. Pensons-nous comme acteurs, médias, et même comme éducateurs à la pensée dans cette guerre permanente de l’intention. Cela pour ne pas donner de prises au faux.

Notre rôle à nous simples citoyens aujourd’hui est bel et bien celui-ci. Nous rappeler – comme lorsque nous lisons un roman – que c’est par l’expérience sensible et le doute que nous pouvons aller chercher ce qui se rapproche le plus d’une vérité. Puisque, comme le rappelait Hégel, le « faux et le vrai ne s’opposent pas totalement et le faux est toujours un moment du vrai ».

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