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Pour sortir de la confusion, lisons Aron !

Raymond Aron

Alors que l’hystérie de la moindre opinion devient la règle absolue et sinéquanone de tous les débats publics à l’heure des chaînes d’infos folles et s’abreuvant elles-mêmes de leur propre hystérie et des réseaux sociaux, il est urgent de lire et de réhabiliter un philosophe qui prônait, lui, une nuance radicale dont tout le monde devrait s’inspirer pour naviguer dans nos temps troublés. Et si nous lisions enfin Raymond Aron sans œillères idéologiques ?

Par Frédéric Potier

Comment sortir de la confusion ? La question taraude tout le monde. La réponse est limpide : tout simplement en relisant Raymond Aron. Le GRAND Raymond Aron. Historien, sociologue, philosophe, journaliste, éditorialiste. Celui qui a introduit en France Max Weber et Clausewitz (entre autres), et qui a aussi bâti bien sûr une œuvre aussi riche que féconde mérite d’être redécouvert d’urgence. L’œuvre de Raymond doit être relue d’un œil attentif car sa pensée est exigeante, lucide et ambitieuse. Théoricien réaliste des relations internationales et de la science politique, le professeur Aron a soigneusement évité toute sa vie durant de céder à la facilité et aux effets de mode. A bon entendeur…

AronabecedaireL’Abécédaire Raymond Aron rassemblé par Dominique Schnapper, sa fille (et grande sociologue elle-même) et le documentariste Fabrice Gardel nous livre un accès facilité à l’œuvre du grand penseur de A pour “Action” à W pour “Max Weber” (pas de Z pour Zorro ou Zozos…). On y trouve des petites pépites dès les premières pages sur l’action politique ou l’amitié. L’amitié légendaire puis la rupture tout aussi légendaire avec Sartre en raison de son soutien aveugle au communisme. Et rétrospectivement on se demande quand même comment ont-ils pu être si nombreux, si naïfs, si coupables les intellectuels français ayant cédé à la fascination des “ismes” (communisme, maoïsme, trotskisme, guévarisme…) aux dépens du principe de réalité. Et ils étaient vraiment peu nombreux à rejeter la maxime devenue célèbre selon laquelle il valait mieux “se tromper avec Sartre plutôt qu’avoir raison avec Aron”. Car Aron ne s’était trompé ni sur Hitler, ni sur De Gaulle, ni sur l’URSS, ni sur la Guerre Froide, ni sur l’Algérie…

Et si on réhabilitait définitivement Aron ?

Avec cette science de l’étiquette bien spécifique à la vie intellectuelle française, Aron avait le tord d’écrire dans Le Figaro et dans L’Express, d’être Académicien et de refuser le communisme, ce qui dans les années 60 et 70 vous condamnait à une quasi excommunication et faisait de vous un Homme de Droite. Jugement rapide et injuste pour une pensée complexe et humaniste. Avec un attachement viscéral à la démocratie et à la liberté, Aron était beaucoup plus proche d’un Keynes ou d’un Pierre Mendès France que d’un De Gaulle qui ne l’appréciait guère. Auteur d’analyses vigoureuses et exigeantes, Aron n’était cependant pas dénué d’humour. Ce qui frappe à la découverte de cet Abécédaire c’est le sens de l’humour et de l’autodérision qui caractérise Aron ne reculant pas devant quelques piques à l’égard de René Coty, de Castro, de Cohn-Bendit ou de Giscard ou de lui-même (“ennuyeux”, “névrosé”, “constipé”).

Plus qu’un abécédaire, cet ouvrage s’avère donc un véritable Dictionnaire amoureux à mettre en urgence entre les mains de ceux qui prétendent revendiquer, penser et agir. Le mot de la fin reviendra à l’indispensable Romain Gary, compagnon de guerre d’Aron à Londres en 1940 : “Rares sont les cas où la force de la pensée rejoint celle d’un caractère”. Tout est dit.

L’Abécédaire de Raymond ARON, Dominique Schnapper et Fabrice Gardel, éditions de l’Observatoire.

Toutes les inspirations d’Ernest sont là.

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