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Charlie : Quand Lançon referme nos plaies avec ses mots – Femina 2018

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Philippe Lançon vient de remporter le prix Femina 2018. Lire le livre de Philippe Lançon est tout simplement la meilleure chose que vous pouvez faire ce week-end. Son récit est vertigineux, sublime, intense et bouleversant d’humanité.

S’il fallait encore une preuve que les mots peuvent sauver et réparer, alors le livre immense de Philippe Lançon « Le Lambeau » publié chez Gallimard, en est la preuve ultime, finale et définitive. Philippe Lançon est journaliste à Libération et à Charlie Hebdo. Il conte pour ces deux journaux tantôt la vie des médias, tantôt et le plus souvent la vie littéraire. Pour l’auteur de ces lignes, Lançon, son style, sa façon de faire entrer le lecteur dans un livre ou dans l’univers d’un auteur, est un modèle. Le 7 janvier 2015, comme chaque mercredi, Philippe Lançon était avec Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Bernard Maris, Wolinski, Elsa Cayat, Frédéric Boisseau, Mustapha Ourad, Michel Renaud et Franck Brinsolaro dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo. A 11h28, alors qu’un débat animé sur Houellebecq venait d’avoir lieu, que Lançon montrait un livre sur le jazz à Cabu, et que Charb venait de faire une blague, les ignobles font irruption dans la salle de rédaction et tuent, en deux minutes, 11 personnes. Les amis de Lançon. Lançon, lui, est très gravement blessé.

Lançon pense nos plaies

Ernest Mag Charlie

La couv de Charlie, le 7 janvier 2015, jour de l’attentat.

Son récit d’une beauté, d’une puissance et d’une force rarement atteinte en littérature raconte tout cela. La veille de l’attentat. Le jour de l’attentat. Lançon écrit tout. Décrit tout. C’est insoutenable et en même temps, les mots dans Lançon pansent nos plaies collectives. Celles de ce 7 janvier 2015 où nous sommes devenus – individuellement et collectivement – différents. Ce jour où l’irrévérence, le rire, et la liberté ont été attaqués parce qu’ils étaient dérangeants. Pour Lançon, blessé dans sa chair, ce jour marque la fin de « l’homme d’avant ». Celui qu’il était. Avec ses travers. Il ne pourra plus jamais habiter ce personnage là. Ce personnage qui faisait des projets. Dans tout son récit, Lançon raconte avec précision mais pudeur sa reconstruction. Comment de lambeau, il est redevenu homme. Comment les livres et les mots l’ont aidé aussi à prendre ce chemin de la reconstruction. Signe ultime de ce compagnonnage puissant et capital avec les livres : le récit se termine par la remise en place d’une bibliothèque.

Vous l’aurez compris, le « lambeau » est d’une puissance incommensurable. C’est un texte vertigineux qui emmène très loin le lecteur. Vers des contrées qu’il n’aurait jamais cru pouvoir visiter. Tant dans l’horreur de la violence que dans la beauté d’un homme qui reprend pied. C’est une histoire individuelle, mais universelle. C’est de la littérature. Comme Erwan Larher avec « le livre que je ne voulais pas écrire », Philippe Lançon – en écrivain – fait de son histoire notre histoire. Lisez ce livre, vraiment. Nos mots ne sont rien à côté de ce qu’il gravera en vous pour toujours.

« Le lambeau », Philippe Lançon, Gallimard, 21 euros.

Tous les vendredis lecture d’Ernest.

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