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2020, c’était bien

Glen Carrie PHFfCMhCa M Unsplash

Oui, je sais vous vous demandez certainement qu’elle mouche a piqué l’auteur de ce titre : « 2020, c’était bien ». Vous vous dites que la drogue qu’il fume est, à n’en pas douter, planante… Et pourtant, il est sérieux, sobre et il n’a pas consommé de stupéfiants. Oui oui donc, 2020, c’était bien.
Réfléchissons un peu ensemble : 2020 fut une année riche. Riche en nouvelles expériences : apéro zoom, école à la maison, séparation d’avec la tante acariâtre ou d’avec ce couple d’amis que l’on ne supporte plus mais « qu’il faut voir » par habitude et qui nous propose de partir en vacances ensemble pour faire du « paddle à Biarritz » dirait Fabcaro (lisez ce roman savoureux, sa drôlerie pourra vous adoucir 2020). Non vraiment 2020, c’était pas mal, chacun a pu s’adonner à sa nouvelle passion de la fabrication de son propre pain ou redécouvrir que l’on pouvait jouer tous ensemble à des jeux de société qui ne sont pas en vidéo. Chacun et chacune a aussi pu se créer un besoin impérieux de footing pour avoir le droit de mettre le nez dehors. Autant de bienfaits qui, mis bout à bout, font de 2020 une année à part. Avec tous ces éléments, honnêtement, je vois mal comment il est possible de dire que 2020 n’était pas une année fantastique.
Plus sérieusement les amis, retournons-nous encore sur 2020, décrétée année la plus pourrie du monde. Vraiment ? Et 1942 ? (C’est facile, ok), et 1917 ? Et 1515 ? Et la chute de Rome ? Là aussi, il s’est passé quelques petites bricoles qui ont mis en péril l’humanité. Et pourtant l’Homme est encore là, vaillant.
En un an, nous avons, certes, été terrassés par un virus, mais nous avons aussi mis sur pied un vaccin. Génie de l’humanité de faire en sorte que toutes les intelligences scientifiques du monde travaillent en même temps sur un remède qui nous serait commun.
Cette année, nous avons choisi la vie, le collectif, plutôt que la simple marche de l’économie qui – elle aussi – fait pourtant partie intégrante de la vie. Et nous avons tenu. Nous avons composé. Nous avons même peut-être entamé une forme de réhabilitation du progrès. Choisir la vie humaine, cela change des années soi-disant moins pourries que 2020 où l’on envoyait à l’abattoir des générations entières dans des guerres, non ? Certes, tout ce qui nous manque nous manque réellement. Loin de nous l’idée de dire que tout cela ne compte pas. Mais, tout de même, tentons de prendre un peu de recul au-delà de l’émotion, du ras-le-bol, et de la forme d’année particulière que nous avons vécue et d’aller chercher quelques signaux positifs. Encore.

En 2020, par exemple, un procès s’est tenu. Celui des attentats de janvier 2015. Des coupables ont été condamnés pour avoir aidés les terroristes dans cette atteinte à ce qui constitue la France : son esprit, son humour, mais aussi sa police républicaine, et ses citoyens divers. Dans ce procès des mots ont été prononcés. Sublimes. Ceux de l’équipe de Charlie. Ceux aussi des otages de l’Hyper Cacher.

Ceux, enfin, de Richard Malka, l’avocat de Charlie. Pour l’histoire. Dans sa plaidoirie magnifique (Elle est ici. Lisez-la, vous verrez que nous n’avons pas totalement perdu notre année), Malka a notamment dit : « Renoncer à la libre critique des religions, renoncer aux caricatures de Mahomet, ce serait renoncer à notre histoire, à l’Encyclopédie, aux grandes lois de la République. » Ne renonçons pas. Même dans cette année 2020 où le terrorisme s’est mêlé au virus, nous avons tenu et dit des choses cruciales pour notre avenir commun. Au fond, les amis, 2020, est une année que l’on pourrait qualifier d’année où le solstice dominant fut le solstice d’hiver.

Vous savez ce solstice où la lumière est rare, tapie dans l’ombre, mais où il faut savoir la saisir. Ce solstice où le noir est long, plus long qu’à l’accoutumé. Mais Soulages et d’autres nous apprennent que même le noir est lumineux. Tiens d’ailleurs, Michel Pastoureau, historien des couleurs, explique dans son ouvrage consacré au noir qu’une « couleur fut-elle noire ne vient jamais seule« . Ainsi, nous enseigne Pastoureau, dans chaque couleur, il y a une palette de toutes les autres. C’est un spectre. Dans le noir de 2020, il y a donc tout un tas d’autres couleurs plus joyeuses et lumineuses qu’il convient d’apercevoir et d’aller chercher. Et Pastoureau d’ajouter : « Il faut laisser aux couleurs leur ambivalence. Dans la symbolique, les extrêmes se touchent. Une couleur peut dire une chose et son contraire. Il y a un bon noir et un mauvais noir. D’ailleurs, il y a deux mots pour désigner le noir en latin : ater pour le noir mat, mauvais, et niger pour le noir brillant, pris en bonne part, qui l’a emporté pour donner aussi bien « noir » que « nègre ». Shakespeare use encore de deux termes antinomiques, swart et black, pour nommer le noir. »


Les réflexions de l’historien nous invitent donc à la nuance. Une nuance radicale, même, aurait pu dire Raymond Aron. Pour se dire, qu’au final, 2020 fut aussi une année constructive.

D’ailleurs, posez-vous un instant : à titre personnel d’abord. 2020 vous a forcément apporté, un peu, de positif : une rencontre inattendue et belle dont vous savez qu’elle comptera pour toujours dans votre vie, un changement de travail, une nouvelle perspective issue du noir ou de l’année particulière. A titre collectif, je ne sais pas vous, mais j’ai l’impression que l’on s’est un peu plus rendu compte que nous avions besoin les uns des autres, que nous avions besoin aussi de commun et de transcendant non religieux. Ce sont des pierres pour construire demain, quand le jour sera plus clément. Soyons-en persuadés.

Une année d’hiver donc. Un hiver rude. Mais souvent après les rudes hivers viennent les jolis printemps, plein de promesses. Nous approchons de celui-ci.

 En 2021, en 2022, peu importe finalement. Il nous appartient de l’inventer. Notre devoir de citoyen du monde est d’y apporter notre pierre. De s’accommoder de la noirceur, pour savoir aussi briller quand la lumière revient. Espérons ensemble que le solstice d’été  sera prédominant en 2021. Travaillons-y sans relâche. C’est aujourd’hui que l’avenir s’invente dit la chanson. Tout donner au présent est notre seul devoir. Pour simplement permettre l’avenir.

Bon dernier dimanche de 2020,

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