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Tu vas aimer #3 – Journal d’Adam, journal d’Eve – Obsession de Sophie Fontanel

Ernest Mag Journaladameve

“Tu vas aimer”. C’est ce que l’on dit lorsque l’on tend le paquet. Dedans, il y a un livre. Ce livre que nous aimons offrir parce que nous avons envie de partager avec le destinataire du cadeau l’émotion qu’il nous avait procuré. Pourquoi offrons-nous ce bouquin là plutôt qu’un autre ? Ce mois-ci, Lisa Vignoli auteure et journaliste, fait parler Sophie Fontanel.

Ernest Mag Sophie FontanelSophie Fontanel est journaliste et écrivain. Elle a publié en août dernier, chez Robert Laffont, “Une apparition”, roman de sa métamorphose capillaire et de toutes les questions pas si futiles qui se posent avec. Toujours dans l’air du temps, Fontanel écrit ces jours-ci son nouveau roman dont elle publie chaque semaine -en lisant à haute voix- les étapes, les scènes les chapitres sur son Instagram. Étudiante, elle lisait “beaucoup, beaucoup”, collectionnait les livres, bazardés un jour de déménagement où elle trouvait que son appartement qui finissait par ressembler à une bibliothèque dingue faisait un peu trop “signe extérieur de richesse intellectuelle”. Plus tard, elle a apprécié l’attention d’un ami qui disposait une piles de petits livres géniaux et bien choisis au bord de son lit d’invitée quand elle séjournait dans sa maison au Portugal. De manière générale elle aime apporter des livres lorsqu’elle est invitée à dîner mais ceux-là, on ne lui en parle jamais. “Je pense que les gens les mettent dans l’eau et les jettent une semaine plus tard”, dit-elle. C’est cette drôlerie qui l’a conduite au livre de Mark Twain, Journal d’Adam, Journal d’Eve, qu’elle aime offrir à des êtres à part.

Un instant Sophie Fontanel a cru que ce livre lui avait été offert par quelqu’un qu’elle avait oublié. “Ce qui est terriblement ingrat de ma part car cette personne m’a fait un fabuleux cadeau!” avouait-elle. Le temps de tremper sa cuillère dans le petit pot de chantilly qui accompagne son café, elle s’est souvenue : “Ah oui en fait, cette personne, c’est moi !” J’étais à l’Écume des pages (librairie du 6ème arrondissement de Paris) parce qu’on m’avait demandé de faire une bibliothèque idéale qui remonte le moral. Je cherchais donc des livres drôles. Le vendeur était très impliqué mais tout ce qu’il me citait (“Pourquoi j’ai mangé mon père” de Roy Lewis, “Sans nouvelles de Gurb” d’Eduardo mendoza et d’autres..) je connaissais déjà. J’ai réalisé que j’avais développé une petite science du livre drôle. Et puis, il me dit “Le journal d’Adam, journal d’Eve”. Banco ! Je l’ai lu en une heure, j’ai adoré et j’ai tout de suite pensé “Pourquoi tu n’as pas écrit ça?”

Un livre hilarant

A partir de là je l’ai offert aux trois hommes dont je suis tombée amoureuse depuis. L’ironie du sort c’est que je pense qu’aucun d’eux ne l’a lu. Parce que c’est un texte où le mec ne comprend rien à rien et la fille est super intelligente. Ça déconcerte un homme qu’une femme lui offre ça! L’histoire est géniale : Adam et Eve sont au paradis, ils assistent à la naissance d’un monde curieusement neuf et nous aux mésaventures du premier couple. Face à ce début de la vie, Adam ne comprend rien à ce qui se passe et Eve qu’il appelle “la créature” veut tout nommer : “ça c’est le jardin, ça c’est le fruit, ça c’est l’arbre.” Elle veut que cet univers ressemble à quelque chose pendant que lui ne se pose aucune question, et ne souhaite qu’une seule chose : bander et baiser. Et puis, même quand ils baisent, elle le gonfle, puisqu’elle veut mettre des mots sur tout en disant “c’est comme si le jardin était plus grand”. C’est hilarant. Le livre se divise en deux parties, d’abord on traverse cette histoire à travers les yeux d’Adam, lui qui ne comprend rien, qui se met à bien aimer Eve et finalement à Ernest Mag Journaladam Journaleves’engager un peu et ensuite on passe au journal d’Eve. Et là c’est la rouerie féminine dans toute sa splendeur ! On découvre la façon qu’elle a de le regarder et de le décrire : elle sait exactement quoi faire, quoi dire pour le manipuler, elle l’a cerné comme personne.

Mais comme elle n’a que lui à se mettre sous la dent au Paradis, elle est obligée de se faire un idiot ! Pour le reste, elle peut décider de tout toute seule. Aujourd’hui on dirait que ce livre est genré mais tout ce qui est raconté là-dedans est vrai. Bien sûr, c’est une caricature savoureuse de l’homme, bien sûr un homme peut être Chopin et une femme ne peut rien voir sans aucune lucidité mais ça représente quand même bien les deux tiers de l’humanité ! Pour moi, le fait que ça vienne du fond des âges (le livre, traduit d’après le manuscrit originel a écrit en 1893) rend ça encore plus drôle ! A une époque, quand j’arrivais chez Galignani (librairie de la rue de Rivoli) le vendeur savait que s’il y en avait des exemplaires, j’allais acheter l’étagère. C’est un petit bouquin (75 pages), pas très cher (10€) et qui fait beaucoup d’effet. En dehors des fameux trois hommes, le journal d’Adam, journal d’Eve est aussi devenu le livre que j’offre à quelqu’un vient chez moi et n’a pas le moral ! Résultat, je les ai tous donnés. Si je n’offrais pas ça, je crois que j’offrirais Lettre à D. d’André Gorz (le livre obsédant de Lisa Vignoli, NDLR). Mais pas à tout le monde : un homme il entend tout de suite “est-ce que tu sauras être capable d’être là jusqu’à la fin de la vie quoi qu’il arrive?”

Sophie Fontanel a fait paraître l’an dernier “Une apparition” chez Robert Laffont.

Toutes les chroniques “Tu vas aimer” sont là.

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