Dix livres. Dix ouvrages indispensables parmi les 581 sortis en cette rentrée littéraire. Le choix fut cornélien. Mais ces dix d’Ernest ont un point commun : leur ambition littéraire !
Après de longs débats, des désaccords parfois, mais aussi finalement une assez grande harmonie, la rédaction d’Ernest a choisi pour vous dix livres indispensables de cette rentrée littéraire. Ce qu’il en ressort, c’est une idée forte : pour Ernest, les livres indispensables de cette rentrée sont tous des livres ambitieux. Ambitieux au sens premier du terme. C’est-à-dire des livres qui veulent embrasser une histoire, une thématique, une cause bien plus large que la simple personnalité de leurs auteurs. Mieux, ces ouvrages, sont tous des bouquins qui sont à la fois ambitieux dans leur écriture mais aussi dans leur volonté d’être accessibles et lus par le plus grand nombre. Ces dix livres qu’Ernest vous propose remplissent les promesses de notre média. Ils sont à la fois source d’un plaisir de lecture réelle, tournés vers notre monde d’hier ou d’aujourd’hui et surtout sont tous – dans leurs styles – des moments de lecture dont on se souvient longtemps. Évidemment, comme le disait, André Gide “choisir c’est renoncer“, évidemment, nous aurons forcément commis des impairs. Mais, cette semaine nous publierons également un article sur les sept découvertes d’Ernest en cette rentrée littéraire, et un papier sur ces livres dont on va (trop ?) parler. Quoi qu’il en soit, ces dix indispensables sont nos chouchous de la rentrée. Ceux que l’on a envie de partager avec vous, dont nous espérons qu’ils vous donneront un plaisir aussi grand que celui qu’ils nous ont procuré et surtout qu’ils vous resteront longtemps en tête. Belles lectures !
D.M
PS : l’ordre n’est pas un ordre de préférence. Ces dix livres sont tous indispensables. Les dix auteurs de ces ouvrages seront en interview sur Ernest durant le mois de septembre.
“L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski”, de Romain Slocombe, collection la Bête Noire chez Robert Laffont: Notre Goncourt !
Un choc ! Une bombe ! Un livre indispensable qui devrait être lu dans toutes les écoles de France. Dans cette “étoile jaune du commandant Sadorski”, Romain Slocombe reprend son personnage de l’inspecteur Sadorski, là où il l’avait laissé lors du précédent livre (L’affaire Sadorski, nous vous en parlions ici. Les deux ouvrages peuvent être lus séparément, NDLR). Nous sommes en mai 1942 à Paris. Sadorski est toujours inspecteur aux renseignements généraux. Il est particulièrement zélé dans la façon dont il collabore avec les Allemands. Alors qu’il doit partir en vacances, un attentat a lieu juste à côté du Palais de Justice, et deux jours après, un corps de femme inconnue est découvert en banlieue. Outre ces deux enquêtes, Sadorski doit aussi préparer la rafle du Vel d’Hiv.
Le pitch est simple : vivre la guerre et la collaboration à travers les yeux du salaud. De celui qui a décidé de collaborer et qui le fait avec zèle.
Vertigineux et essentiel
Romain Slocombe signe un livre vertigineux, ambitieux et puissant. Vertigineux en ce sens qu’il prend le parti de montrer la collaboration, la guerre, à travers les yeux des méchants. De manière chirurgicale et sans fioriture. L’écriture de Slocombe est puissante et le propos montre pleinement ce qu’a pu être la France de cette époque. Livre ambitieux aussi puisqu’il se fixe pour objectif outre d’être un très bon roman, d’être aussi une façon de transmettre la mémoire de cette période. (Romain Slocombe en parle dans l’entretien qu’il nous a accordé. En ligne mercredi 23 août). Puissant, tout simplement parce qu’une fois que l’on est entré dans cette histoire, impossible de la lâcher. Puissant aussi car, Romain Slocombe se base sur de la documentation historique pour raconter tous les évènements. Surtout Slocombe nous bouscule avec une écriture dense et grâce à laquelle il nous fait littéralement revivre cette époque. Ceux et celles qui aiment la série “Un Village Français” y retrouveront la même intelligence et la même profondeur. Un livre indispensable qui mériterait, sans aucun débat, d’obtenir le Prix Goncourt 2017.
Romain Slocombe, l’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski, Robert Laffont, 21,50 euros. Sortie le 24 août.
“Légende d’un dormeur éveillé”, de Gaëlle Nohant, éditions Héloïse d’Ormesson : Notre Renaudot !
Ce livre, c’est un petit miracle. Miracle dans le sens où l’auteur, Gaëlle Nohant réussit la prouesse de nous faire lire tout Robert Desnos, en nous divertissant et en nous emmenant très loin dans l’émotion. En suivant pas à pas sous forme de roman le parcours de ce journaliste, poète, écrivain, surréaliste, amoureux, publicitaire et résistant de la première heure, Gaëlle Nohant nous fait découvrir ou redécouvrir un personnage haut en couleurs. Ce qui est génial avec cette “légende d’un dormeur éveillé” c’est qu’il n’est pas besoin de connaître Desnos pour se perdre et se repaître dans ce livre immense. Immense dans son ambition : rendre Desnos intelligible à tous, donner envie de le lire, mais aussi de raconter l’histoire d’un homme dans son époque, une histoire d’amour fabuleuse entre Youki et Desnos, la brouille des surréalistes, le Paris des années 30-40 où l’antisémitisme monte.
Le résultat de ce livre, sa justesse, sa beauté, son côté addictif qui fait que l’on est happé par la vie fantastique de Desnos sous la plume de Nohant, est tout simplement sensationnel !
Immense réussite !
Ce livre est un régal que l’on regrette d’avoir terminé. L’écriture de Nohant est virevoltante comme la vie de Desnos. Ce livre est une porte ouverte sur les années 30, sur la guerre, sur la résistance, sur le rôle de l’écrivain dans les moments sombres. Ce livre est aussi un miroir qui nous est tendu et qui semble nous demander : et toi qu’attends-tu pour vivre ta vie comme Desnos l’a toujours fait ?
Ce roman est l’un des plus beaux lus en cette rentrée littéraire. Il doit absolument figurer parmi les meilleures ventes. L’auteure le mérite, Desnos le mérite, les lecteurs le méritent.
Gaëlle Nohant, légende d’un dormeur éveillé, éditions Héloïse d’Ormesson, 23 euros. Sortie 17 août.
“Je suis Jeanne Hebuterne”, d’Olivia Elkaïm, éditions Stock : notre Femina !
Universelle. C’est le mot qui correspond le mieux pour décrire l’histoire que raconte Olivia Elkaïm dans son quatrième roman “Je suis Jeanne Hébuterne” qui paraît chez Stock. Universelle et pourtant particulière. Olivia Elkaïm se glisse avec un très grand talent dans la peau de Jeanne Hébuterne, maîtresse d’Amédeo Modigliani. A 17 ans, en 1917, Hébuterne croise le peintre. Le coup de foudre entre les deux est quasi immédiat. Une passion naît. Envoutante et renversante. Cet élan de vie conduit Hébuterne à s’affranchir des codes sociaux, et lui donne le courage d’aller au bout d’elle-même. Tout cela Olivia Elkaïm, qui emploie le “je”, le raconte à la perfection. Avec une densité et une urgence qui rendent justement cette histoire particulière si universelle. La passion d’Hébuterne et Modigliani est aussi – comme toutes les passions – destructrice. Hébuterne se laisse aller. Elle sombre. Modi, lui, la néglige. Cela aussi, Elkaïm en fait à la fois un propos immensément daté de 1917 mais aussi terriblement actuel.
Brillante passion !
Au final, ce roman court, vif, écrit comme un cri est une lecture bouleversante. Bouleversante par la pureté d’Hébuterne, par la négligence de Modigliani, et par la verve de l’auteur. A la fin de la lecture, le lecteur est hagard. Lui aussi a vécu cette passion en accéléré. Lui aussi est vidé. Comme Hébuterne. Comme Modi. Mais il a le sourire de ces deux personnages lorsqu’ils étaient amoureux.
Avec ce quatrième livre, Elkaïm démontre une nouvelle fois – si besoin en était – son très grand talent. En allant puiser chez Hébuterne la façon de raconter ses propres quêtes et ses propres doutes, Elkaïm rend l’histoire de cette passion fulgurante universelle et particulière. Surtout, elle s’extrait du moi, pour dire nous. Brillant !
“Je suis Jeanne Hébuterne”, Olivia Elkaïm, Stock 19 euros, sortie 23 août.
“Le jour d’avant”, de Sorj Chalandon, éditions Grasset : Notre Nobel !
Ici et ailleurs, de nombreux membres de la rédaction d’Ernest ont déjà dit l’immense bien qu’ils pensait de l’ensemble de l’œuvre de Sorj Chalandon. Clairement, ici, Chalandon est envisagé comme l’un des plus grands auteurs français vivants. Pas étonnant qu’il ait été le premier auteur interviewé par Ernest. Et Thomas Hervé en a fait son coup de cœur de rentrée. Son dernier livre “Le jour d’avant” est le premier qui ne puise pas dans ses démons personnels (bégaiement, maltraitance paternelle) ou professionnels ( L’Irlande, le Liban etc…). Ce “jour d’avant” est une fiction. Mais une fiction mâtinée d’une colère. Celle de Sorj. Toujours.
L’histoire est celle de la famille Flavent. Il y a deux frères. L’un des deux meurt dans le terrible accident de la mine de Saint-Aimé de Liévin en 1977 (l’évènement est, lui, réel). Michel est le survivant. Un an plus tard, le père se suicide en laissant un mot à Michel : “venge nous de la mine“. La mécanique est lancée. Quelle sera exactement la vengeance ?
Chalandon ? A Lire. C’est tout.
Au-delà de ce scénario simple, Chalandon comme toujours nous emmène dans les recoins de la pensée humaine. Dans les doutes, dans les errements, dans les faces d’ombre. Ce “jour d’avant” est sublime de bout en bout. Dans la beauté de la relation entre les deux frères, dans la tristesse de Michel, dans les rebondissements hallucinants (il y en a au moins deux, NDLR) que Sorj Chalandon glisse tout au long de l’histoire. Au final, on est surpris par la tournure des évènements. Par l’évolution des personnages aussi. C’est tout l’art du romancier, de nous emmener là où l’on en s’y attend pas. Dans “ce jour d’avant“, Chalandon oscille entre la perfection d’un Germinal et des “12 hommes en colère”. Il faut vraiment en dire plus encore pour que vous le lisiez, ainsi que tous les livres de Sorj Chalandon ?
“L’art de perdre”, d’Alice Zéniter, éditions Flammarion : notre Goncourt des Lycéens !
Est-il possible de brosser le portrait de trois générations d’immigrés venus d’Algérie ? Réponse : oui. Où ? Dans une thèse sur les relations entre l’Algérie et la France ? Que nenni. Dans le dernier livre, brillant, d’Alice Zéniter. Le pari était fou et il est réussi. Au travers d’Ali, Hamid et Naïma, Zéniter embrasse trois générations et nous raconte l’Algérie française, puis la guerre d’Algérie, puis le retour en France, puis l’apprentissage de ce pays qui n’était finalement pas si accueillant pour les Harkis. Tout cela pour arriver jusqu’à nos jours. Et montrer par de petites touches impressionnistes que ce sujet de la décolonisation en Algérie n’est pas réglé. Que c’est certainement l’un des sujets qu’il faudra aborder – par des livres, des films, mais aussi des actes politiques – dans les prochaines années. “L’art de perdre” est mené de bout en bout avec méthode, avec une écriture ample et avec le talent de l’écrivain qui montre. Sans juger.
Une prouesse littéraire
Tout le talent de Zéniter est justement d’embrasser tout ce pan d’histoire de la France. Sans s’y perdre et surtout en montrant au travers de l’histoire de ses personnages que l’histoire de l’Algérie et de la France est une histoire familiale profonde. Avec ses beautés, ses failles, ses non-dits et ses incompréhensions. Cette famille ne s’est pas encore tout dit et, pour l’instant, elle est justement en train de “perdre”. Ce livre de Zéniter sonne ainsi comme une alerte pour appeler chacun à réfléchir à l’identité commune de la France. Salutaire !
L’art de perdre, Alice Zéniter, Flammarion, 21 euros. Sortie 23 août.
“Je suis ici pour vaincre la nuit”, de Marie Charrel, éditions Fleuve Noir : notre Interallié !
Ah les secrets de famille ! Ils sont décidément une source inépuisable d’inspiration pour les auteurs. Pour le pire et le meilleur. Avec “Je suis ici pour vaincre la nuit” de Marie Charrel, nous sommes clairement dans le meilleur. Intriguée par des toiles d’une aïeule présente chez elle et signée Yo Laur, Marie Charrel, journaliste de son état, pose des questions. Les langues ne se délient pas. Aussi Marie Charrel entame une enquête pour en savoir plus sur cette fameuse Yo Laur. Plusieurs fois, les portes se ferment.
Marie Charrel persévère. Pour notre plus grand bonheur. Puisque Marie Charrel sort de l’oubli cette artiste, qui a vécu dans l’ombre de son mari André Bellot, et qui finira par être déportée à Ravensbrück.
L’inattendu !
Le livre est passionnant de bout en bout. On s’attache à Yo Laur, cette femme libre qui n’a pas pu vivre exactement comme elle l’entendait. Ce “je suis ici pour vaincre la nuit” n’est pas sans rappeler le livre de David Foenkinos “Charlotte”. C’est sensible et intense. Une très belle découverte de cette rentrée littéraire. L’une des choses qui mérite un coup de projecteur.
“Je suis ici pour vaincre la nuit”, Marie Charrel, Fleuve éditions, 21 euros. Sortie le 23 août.
“Là où l’histoire se termine”, d’Alessandro Piperno, éditions Liana Levi : notre Médicis étranger !
Quand la petite histoire des Zevi se mêle à la grande Histoire de l’Europe, cela donne un excellent livre signé Alessandro Piperno. “Là où l’histoire se termine” démarre avec le retour de Matteo Zevi en Italie qu’il avait quitté 20 ans auparavant pour Los Angeles. Ses enfants l’attendent, son ex aussi. Et dans ses retrouvailles avec sa vie d’avant, Zevi va aussi retrouver les démons de sa famille, mais aussi de la vie romaine. Sa légèreté et sa douceur de vivre. Jusqu’à l’irruption de l’Histoire dans les vies étriquées de chacun des personnages de Piperno.
Jouissif et acide !
L’auteur italien est un orfèvre de la causticité et de la façon de peindre avec férocité et compassion les imperfections de ses personnages. Avec ce livre, Piperno non seulement confirme le talent de ses trois autres romans, mais avec celui-ci, il touche encore plus juste. Il a épuré son écriture, la façon de raconter ses personnages et cela rend son propos plus intéressant encore. Au final, “là où l’histoire se termine” est une forme d’alerte à chacun de nous. Il est impossible de se soustraire à la grande Histoire qui imprègne que nous le voulions où non nos histoires. Un livre virevoltant, drôle, juste et tellement acéré sur la société européenne dans laquelle nous vivons. Une très grande réussite !
“Là où l’histoire se termine”, Alessandro Piperno, Liana Levi, 21 euros. Sortie le 31 août.
“La disparition de Josef Mengele”, d’Olivier Guez, éditions Grasset : notre Médicis !
Josef Mengele ou “l’ange de la mort” était le médecin tortionnaire du camp d’Auschwitz. A la fin de la guerre, il a fait partie de ces dignitaires nazis qui ont réussi à s’enfuir ailleurs. Des gens comme Les Klarsfeld ont permis que certains de ces criminels soient jugés. Mengele, lui, parvient à s’enfuir vers l’Argentine de Peron, ce nid de nazis en cavale. C’est à ce stade que commence le livre brillant d’Olivier Guez. Il raconte de façon romancée la traque en plaçant le lecteur quasiment dans la tête de Mengele. Le livre est brillant et virevoltant. Il montre un Mengele droit dans ses bottes qui croit toujours à l’ordre nazi et n’exprime aucun regret sur ce qu’il a fait à Auschwitz et sur ce qu’ont perpétré les nazis. L’homme est traqué, l’étau se ressert souvent autour de lui mais il finit toujours par s’en sortir jusqu’à sa mort, mystérieuse, survenue au Brésil. De nombreux concours de circonstances lui permettent de ne jamais se faire prendre.
Passionnant et dérangeant !
Il est aussi parfaitement organisé et aussi beaucoup aidé. C’est l’occasion pour Olivier Guez de dénoncer les nombreux Etats Sud-Américains qui ont aidé cette cavale soit en fermant les yeux soit en assumant une complicité, sans oublier les USA qui ont aussi recyclé de nombreux criminels nazis pendant la guerre froide. Au final, sa course contre le temps mais surtout ses déplacements pour échapper aux services secrets israéliens tiennent en haleine tout le long du livre. Le lecteur ressort hagard de cette disparition hallucinante de l’un des grands criminels du 20ème siècle. Le livre est puissant. Il secoue, agace, énerve et rend jouissive la moindre péripétie que vit Mengele. Assurément l’un des grands romans de cette rentrée!
“La disparition de joseph Mengele”, Olivier Guez, Grasset. 21 euros. Sortie le 23 août.
“Mistral perdu ou les évènements”, d’Isabelle Monnin, éditions JC Lattès : Notre Flore !
Ce livre d’Isabelle Monnin touche au cœur. C’est une histoire sur l’enfance, sur l’adolescence, sur l’âge adulte. Sur ce qui nous marque, sur ce qui nous touche. Sur ces petits riens qui sont tout. Sur les instants de bonheur. Fugaces. Sur les peines. Longues. Isabelle Monnin raconte aussi l’histoire de deux sœurs. Si liées et séparées par le destin. Elle touche juste. Chaque mot est pesé et l’auteur sait décrire avec une très grande justesse la façon dont l’histoire politique et sociale influe aussi sur nos personnalités. Ce livre est un doudou littéraire. Délicieusement nostalgique et tendrement écrit.
Le doudou littéraire de la rentrée !
Isabelle Monnin donne envie de s’asseoir sur un banc avec elle et regarder la vie avec elle. Mais au fond, en refermant le livre, la question est de savoir si le temps est assassin et emporte vraiment avec lui les rires des enfants ? Comme dans la chanson de Renaud, le lecteur est ému, submergé d’émotion, mais il est rempli d’une énergie. Réelle. Celle que peut parfois procurer la nostalgie. La très belle émotion de cette rentrée littéraire !
Isabelle Monnin, “Mistral Gagnant ou les évènements”, éditions Lattès. Sortie 23 août
“La tour abolie”, de Gérard Mordillat, éditions Albin Michel : Grand prix du roman de l’Académie Française !
Mordillat, c’est l’audacieux. L’écrivain qui décide de toujours creuser son sillon. D’affirmer toujours plus la dimension sociale de son œuvre. Il a tout exploré. Les fermetures d’usine, les activités militantes, les gueules cassées du libéralisme. Toujours avec acuité, verve, et un regard bien à lui. Celui des humanistes. Ses deux derniers livres sont plus “violents”. Ou du moins, ils répondent à la violence actuelle du monde. Dans la “Brigade du rire” il imaginait un commando de clowns qui capturait une sorte de “François Lenglet” pour le faire travailler selon les remèdes qu’il préconisait à longueur d’éditos. Le propos se voulait à la fois drôle mais disait aussi la violence du monde actuel pour ceux qui n’ont pas grand chose. Avec la “Tour Abolie”, Mordillat poursuit son œuvre sociale. Il raconte l’histoire (vraie) de ces gens qui vivent à demeure dans les sous-sols des tours de la défense.
Que ferait-on sans Mordillat ?
Il y a des junkies, des clochards, des travailleurs immigrés, et des travailleurs pauvres. Mordillat raconte – au fond – les bas-fonds de la société. Et il pose une question cruciale : comment ces bas-fonds remonteront-ils un jour à la surface de cette société où le haut de la tour (le président de la société) apparaît comme Dieu et les sous-sols comme étant les Satans.
Le self-service devient l’objet de toutes les batailles. L’histoire est tragique. Mordillat raconte la violence du monde économique. Certains hurleront à la caricature. Comme ceux qui hurlaient contre Zola lorsqu’il écrivait Germinal. Mordillat est décidément un très grand écrivain. Un écrivain réaliste et indispensable à nos temps troublés.
Gérard Mordillat, “la tour abolie”, Albin Michel, 22 euros. Sortie 23 août.
![Ernest Mag Elkaim Modigliani Portrait Of Jeanne Hebuterne [3]](https://www.ernestmag.fr/wp-content/uploads/2017/08/Ernest_mag-Elkaim-Modigliani-Portrait-of-Jeanne-Hebuterne-3-500x350.jpg)



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Germano Pratin tout celà, non ?
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