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Noirs d’été

Maxim Hopman PEJHULxUHZs Unsplash(1)

Andrée A. Michaud, Qiu Xiaolong, Valerio Varesi, ces trois grands auteurs de romans noirs, qu’Ernest a déjà longuement présentés, nous reviennent au sommet de leur talent. Trois coups de cœur de romans noirs à savourer cet été…

 

Couv ProiesAdos en danger au Canada. Trois adolescents partis camper en forêt, un maniaque qui les épie puis les pourchasse… Sur la base d’un classique scénario de terreur, la Québécoise Andrée A. Michaud tire un roman d’une sensibilité infinie. Sur les terres bordant la rivière Brûlée, elle éclaire ce drame qui ébranle une communauté et « qui salit jusqu’à la rivière » par des moments de pure poésie en prose, des élans sublimes de « nature writing ». Captant la complexité de cet âge où une insouciance d’enfant se conjugue à des désirs d’adulte, elle distille la menace et la peur dans un frisson ou dans le bruissement d’un feuillage. Après son déconcertant « Routes secondaires » (Rivages, 2022), mi-fiction mi-essai, dont elle nous avait expliqué les ressorts complexes, elle retrouve ici le confort d’un récit plus linéaire et conventionnel pour finalement exprimer des sentiments extrêmes. Consacrée par le succès de « Bondrée » (2016), la romancière de Saint-Sébastien-de-Frontenac continue d’arpenter les bois de Mauricie ou d’Estrie en suivant une boussole qui fait d’elle un écrivaine unique. Avec cet art de sculpter les personnages adultes dans une matière aussi dure que le tronc d’un bouleau, cette tendresse pour des hommes et des femmes qui en disent beaucoup en parlant peu, calqués sur les habitants de son village. On en redemande.

« Proies », Andrée A. Michaud, Rivages, 280 pages, 21€ (sorti le 15 mars)

AmourMeutreetPandemie BandeCitoyens réprimés en Chine. Double sens, sous-entendus, jargon officiel détourné… les héros de Qiu Xiaolong excellent à déjouer la censure et la surveillance exercées par le régime de Pékin. Ce jeu avec le langage est l’un des charmes des enquêtes de l’inspecteur Chen Cao, flic-poète placardisé pour cause de liberté de pensée, natif de Shanghai comme son créateur. Autour d’une énigme criminelle toujours ténue, l’auteur sino-américain (dont le portrait avait inauguré la chronique « Regards noirs » d’Ernest) s’amuse à déshabiller l’élite politique de la Chine moderne. La pandémie de Covid-19 a aggravé la répression, comme il le démontre dans ce treizième opus de la série Chen. Dès les premières pages, repéré dans la rue par des logiciels de reconnaissance faciale, le policier est convoqué pour un test de dépistage qu’il préfère ignorer, car synonyme d’enfermement. Ses déambulations afin d’élucider un triple meurtre commis à proximité d’un hôpital révèlent la détresse des citoyens ordinaires face aux règles sanitaires aberrantes édictées par le Parti. Dans un récit parsemé des vers de TS Eliot ou des siens, le romancier-poète glisse un témoignage authentique sur le confinement à Wuhan, berceau de la pandémie. Ce document exclusif, véritable pépite du livre, apporte une valeur de pamphlet à ce polar faussement indolent, aussi féroce pour les Grands Blancs (police sanitaire) et les Gros-Sous (huiles) que pour « Tête de Porc », alias le président Xi Jinping.

« Amour, meurtre et pandémie », Qiu Xiaolong, Liana Lévi, 224 pages, 20€ (sorti le 4 mai)

Couv. VaresiActivistes à la dérive en Italie. Peut-on rester marqué à vie par un engagement politique radical ? Observateur désenchanté d’une ville de Parme secouée d’antagonismes, le commissaire Soneri s’interroge quand un ancien leader charismatique de l’extrême-gauche locale est poignardé à mort sur le pas de sa porte. Très vite, la mémoire du policier lui suggère un mobile autre que les rivalités claniques privilégiées par sa hiérarchie. Dans cette Italie où les néo-fascistes s’affichent au grand jour et infiltrent les clubs de supporters de foot, les héritiers des groupuscules communistes ou révolutionnaires des années 1970 ont gardé des rancœurs mais perdu l’envie de mordre. Découverte du corps, étude de la scène de crime, défilé des témoins et des indics, le récit suit un déroulé bien rôdé chez Valerio Varesi, pimenté par les coups de pressions du préfet et du procureur… A l’instinct, navigant entre les brumes côtières et les frimas des Apennins, Soneri « fouille les décombres de vies brisées par le mal-être ». En traquant l’homme au couteau, il revisite un demi-siècle d’histoire avec son amiepolitique et mesure tout ce qui sépare les extrêmes des deux bords, attitudes, parcours de vie, vision du peuple. Des gens qui se détestent doivent cohabiter dans un quartier, une famille, une corporation, y compris dans la police, où les fascistes assumés narguent tous les autres. Le commissaire trouve le réconfort dans les cinq à sept avec son amie avocate, entre deux assiettes d’anollini au bouillon arrosées d’un verre de Gutturnio. Mais comme le titre l’indique, il n’est pas au bout de ses peines….

« Ce n’est qu’un début, commissaire Soneri », Valerio Varesi, Agullo, 320 pages, 22,50€ (sorti le 11 mai)

Tous les regards noirs de Philippe Lemaire sont là

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