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Multitudes

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Il faut toujours écouter les Prix Nobel de littérature. Cette semaine l’un d’entre eux, nous a écrit une lettre. « Je contiens des multitudes. Je suis comme Anne Franck, comme Indiana Jones et comme ces mauvais garçons britanniques, les Rolling Stones. Je vais jusqu’au bord, je vais jusqu’au bout », nous dit-il. Puis il poursuit, déterminé : « Je n’ai aucune excuse à faire, tout coule en même temps ».
Notre Prix Nobel se fait ensuite poète symbolique : « Je contiens des multitudes, Poussoirs de pétales de roses, jeans bleu rouge, toutes les jolies servantes et toutes les vieilles reines. Toutes les vieilles reines de toutes mes vies passées ». Il insiste, encore : « Je contiens des multitudes, Vieux loup gourmand je vais vous montrer mon cœur, mais par tout, seulement la partie haineuse. Que puis-je vous dire de plus ? Je dors avec la vie et la mort dans le même lit. Je garderai le chemin ouvert, le chemin dans ma tête. »
Encore et toujours : « Je contiens des multitudes. Je suis un homme de contradictions, je suis un homme aux multiples humeurs ». Je suis un homme de contradictions. Je contiens des multitudes. Lors de l’attribution du Prix Nobel de Littérature à Bob Dylan en 2016, il s’était trouvé des « esprits » chagrins pour contester sa légitimité. Quelle erreur ! Les phrases que nous citons sont extraites de l’une de ses dernières chansons « I contain multitudes ». Chanson qui résonne tellement avec notre monde. Ce monde où la multitude est toujours critiquée et où au contraire, il faut toujours se définir d’une seule et unique façon, sous peine d’excommunication ou d’insultes.

Cette chanson de Dylan, éloge de la complexité des femmes et des hommes, éloge de nos influences et origines bigarrées, éloge de nos victoires et nos défaites, éloge de nos joies et de nos peines, éloge de nos petits travers et de nos grandes qualités vient à point nommé. Elle tend un miroir à tous ceux qui veulent mettre les gens dans des cases – forcément, c’est plus simple. Si tu es ceci, alors tu penses forcément cela. Cette fameuse assignation des origines, des genres et de toutes ces choses qui nous divisent. Dylan en artiste, en Prix Nobel de littérature, en homme humaniste inquiet qui observe le monde sort cette chanson alors même que nous pouvons mourir désormais de la quête de nos identités meurtrières.

Dans ce moment si particulier que nous vivons, ces mots doivent nous guider. Nous sommes tous des multitudes. Et c’est dans nos multitudes et dans nos différences que nous nous enrichissons. Pas dans la cultivation d’une seule et unique identité. Quand on vous dit qu’il faut toujours écouter les Prix Nobel de littérature et que la littérature dialogue avec le monde.

Bon dimanche,

L’édito paraît le dimanche matin dans L’Ernestine, notre lettre inspirante du week-end (inscrivez-vous c’est gratuit) puis le lundi sur le site.

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