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Fatale Aurore

Ernest Mag Dictatrice

Tout le monde a en tête cette scène mémorable de Chaplin, grimé en Hitler, qui joue sur son bureau tel un gymnaste avec un globe terrestre. Nous sommes dans Le Dictateur. Avec ce film Chaplin avait réussi à mettre en scène la dictature et à montrer sous couvert d’une image enjôleuse toute la cruauté et toute la folie des dictateurs. Au moment de refermer le livre de Diane Ducret, « la dictatrice », paru cette semaine chez Flammarion. La sensation de plénitude et d’intelligence est la même qu’à la fin du film de Charlie Chaplin. Une fiction politique d’une réalité confondante, en somme.

L’histoire est simple. 100 ans, jour pour jour, après l’avènement d’Hitler, Aurore Henri prend le pouvoir. Non pas dans un seul pays, mais dans toute l’Europe. Alors que l’Union Européenne s’est disloquée, que les nations et les nationalismes sont de retour, que la pauvreté et la famine sont là, Aurore Henri, grâce à son charisme, son magnétisme et à ses idées généreuses, parvient à devenir chancelière de la Nouvelle Europe.

Un roman total et vertigineux

Le postulat de départ de Diane Ducret est cette fameuse maxime « quand les femmes gouverneront le monde, il n’y aura plus de guerres ». Dans un roman au souffle digne de « 24h chrono » mâtiné de « A la Maison Blanche », Diane Ducret interroge notre monde actuel, questionne la déification du féminin qui semble poindre parfois, dans certains discours. Surtout ce livre puissant et vertigineux nous tend le miroir de ce que nous pourrions devenir à force d’oublier le commun, de vilipender ce qu’il a fallu des années à bâtir et de toujours vouloir détruire plutôt que de polir la construction.

L’écriture, comme toujours chez Ducret, est dense et profonde, sans être pédante. Elle nous tient en haleine et nous contrait presque à rester dans le livre, tellement on a envie de savoir la suite. Avec ce bouquin culotté, politique, intelligent et parfois drolatique, Diane Ducret confirme son incommensurable talent (on vous parlait d’elle, ici, , et encore là). Elle confirme aussi qu’un grand roman est souvent un roman total qui mêle Histoire (Diane est historienne et a travaillé sur les Femmes de Dictateurs), fiction, politique (de nombreux passages romancés sont d’une réalité forte) et même sexualité. La Dictatrice – comme avant elle le Dictateur de Chaplin – restera comme une œuvre qui compte pour déterminer ce que sont les mécanismes de prise du pouvoir et de domination. Scoop : la femme puisqu’elle est l’égal de l’homme peut être aussi violente dans le cadre d’une dictature politique. Lisez Diane Ducret, lisez La dictatrice.

Comme toujours, Ernest est le premier média à vous parler de ce livre ! Dans quelques jours, retrouvez sur Ernest un entretien avec Diane Ducret. Abonnez-vous.

Diane Ducret, La Dictatrice, Flammarion, 21,90 euros

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