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Intense plongée !

Ernest Mag Liquefaction Vendredi

Le livre du vendredi, cette semaine, est un hybride. C’est un livre ambitieux qui mêle des genres littéraires différents (conte, roman, récit, essai) et qui en fait un tout harmonieux, passionnant et marquant. Au fond, « Liquéfaction » d’Alain Freudiger qui paraît ce 29 mars aux éditions Helice Hélas, est comme une grenade bien mûre et sucrée. A l’intérieur des milliers de pépins différents qui pourtant tous ensemble forment un tout délicieux. Avec « Liquéfaction », Freudiger a voulu écrire un roman qui interroge notre rapport à l’eau et au liquide. Mais dans liquide, il y a autant notre rapport à l’eau qui monte autour de nous, que cette fameuse société où les choses tangibles qui nous aidaient à penser et qui de par l’évolution des choses sont en train de se déliter pour laisser place à une société liquide (nous vous en parlions ici et ) où les repères se brouillent. Pour le meilleur et pour le pire.

Fable écologique et conte philosophique du délestage

Délitement. C’est justement ce que fait la rivière imaginaire du roman – la Rheuse – et c’est quand cette rivière quitte son lit que l’aventure et le conte philosophique avec pour personnage principal Baptiste Ott démarre. Il est dans sa baignoire quand la crue arrive et il se retrouve à naviguer sur le fleuve, allongé dans sa baignoire. Sa route initiatique qui doit le ramener vers sa femme et ses enfants est semée d’embuches. Il croise des vagabonds qui naissent de ce monde où plus rien ne tient. Il les affronte. Il croise également Anna, la sirène qu’il a envie d’aimer. Durant le récit de cette dérive où la sérendipité conduit Baptiste vers du positif, comme vers du négatif, Freudiger convoque des extrait de l’épopée de Gilgamesh, mais aussi Maupassant, Conrad, Melville ou Faulkner qui tout au long du périple « Ottien » rythment le roman et le font aussi progresser. Évidemment ce livre est une description d’un monde abandonné à la pollution et à l’inconséquence politique, c’est une fable écologique tragique. Mais c’est aussi un hymne au délestage. Finalement, en naviguant juste avec sa baignoire, en se libérant des chaînes métalliques de sa vie, Baptiste ne renaît-il pas à lui-même : différent, nouveau, plus lucide ? Vous l’aurez compris, ce roman ambitieux, et mouvant d’Alain Freudiger est de ces livres qui marquent tant par leur message puissant et profond que par leur forme qui, loin de déconcerter, amuse et interpelle toujours plus le lecteur.

Tous les #vendredilecture d’Ernest sont là.

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