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« Raconter une résistance de femmes »

En refermant "Les indésirables", l'émotion est telle que l'on sait que ce livre restera longtemps en mémoire. Non seulement parce qu'il narre un épisode méconnu de la seconde guerre mondiale, mais aussi parce qu'il raconte une histoire d'amitié entre deux femmes que tout oppose. Mieux encore, en écrivant ce roman, Diane Ducret (Femmes de dictateurs, La Chair Interdite, Lady Scarface) confirme tout son talent d'historienne, mais aussi et surtout de romancière. Les "Indésirables" font partie de ces livres qu'on a envie de faire lire à tout le monde. Evidemment, Ernest est donc allé à la rencontre de Diane Ducret. Pour vous la faire découvrir encore un peu plus.

Ernest : Comment pitchez-vous votre livre « Les indésirables » paru chez Flammarion ?

Diane Ducret : C’est la rencontre improbable de deux femmes que tout oppose, raflées en France en 1940 et qui vont monter un cabaret dans un camp français au beau milieu des Pyrénées.  Cela ressemble à une histoire absurde mais ça ne l’est pas. C’est une vraie histoire dramatique qui va être transfigurée par le désir de vie de deux femmes ainsi que par leur capacité à aimer. De quelque chose de très triste, on va arriver à quelque chose d’extrêmement gai.

Il y a ces deux femmes, Eva et Lise. Tout les oppose et elles sont les protagonistes principales, mais il y a aussi l’Histoire, avec l’épisode de cette rafle de juin 1940. La première organisée par l’Etat Français, deux ans avant le Vel’D’Hiv. Comment avez-vous eu connaissance de cette histoire et pourquoi traiter de ce moment méconnu de la seconde guerre mondiale ?

Je suis tombée dessus un peu par hasard. Parce que je fais toujours des recherches sur les femmes et sur l’histoire. C’est le nom « la rafle des femmes indésirables » qui m’a tout de suite interpellée. Femmes, indésirables, rafle, ces trois mots ensemble, me faisaient mal aux oreilles. C’est lorsque j’ai vu le fameux appel « avis à la population » actant cette rafle que j’ai voulu travailler dessus. D’abord pour en faire un essai, puis petit à petit le roman s’est imposé à moi. Et cet épisode de la guerre est complètement fou. L’Etat Français, avant 1942 et la Rafle du Vel D’Hiv, avait déjà perpétré une rafle. Je ne le savais pas..

Là, Diane Ducret prend l'exemplaire de son livre, l'ouvre et se met à lire cet avis à la population qui lui glace toujours le sang.

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Diane Ducret cherche un passage dans son livre / Photo DM

 

Après un instant de pause, pour expliquer son intérêt pour cette histoire elle poursuit : "après, il y avait peut-être aussi une sorte de lignée familiale. En effet, je parlais beaucoup de cette période avec mon grand-père résistant. Chaque année à Noël, il buvait une coupe de champagne et se mettait à raconter un épisode de sa guerre. Un jour ils nous a, par exemple, raconté qu'ils avaient saoulé un soldat allemand qui s'apprêtait à les appréhender, lui et son groupe de résistants alors qu'ils volaient un véhicule. Toutefois, il restait très discret. Ce n'est que très récemment en allant acheter un tapis chez l'un de ses très proches amis qu'il m'a appris que l'une des actions de mon grand-père avait été de sauver 17 enfants juifs. C’est incroyable qu’il n’en ait jamais parlé. De fait, pour lui se vanter de l’avoir fait, c'était une façon de mettre en avant aussi ceux qui ont perpétré ce crime odieux.