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Saisissante auscultation romanesque de nos comportements

Ernest Mag Dupays

Autant le dire d’emblée, au moment de se plonger dans ce livre de Stéphanie Dupays qui nous avait gratifié, il y a quelques années d’un très bon premier roman « Brillante », nous n’étions pas vraiment emballés par le pitch. Nous ne croyions pas à l’histoire d’amour virtuel de cette femme, Laure, avec Vincent. Nous trouvions que le sujet de l’amour vu par le prisme des réseaux sociaux et des SMS avait déjà été abordé.  Et la couverture hideuse du livre n’aidait pas non plus. Et puis, lecture faisant, nous sommes petit à petit entré dans le livre. Il est bien écrit. Avec distance, humour, provocation et rempli de jolies références culturelles. Au final, la passion frénétique de Laure pour son amoureux virtuel d’abord, puis intermittent du spectacle ensuite nous a captivé.

Une auscultation minutieuse et addictive de nos comportements sociaux

Au fond, ce « comme elle l’imagine » de Stéphanie Dupays est tout sauf une histoire d’amour. C’est une réflexion profonde sur ce que la vision des images des autres peut provoquer chez chacun de nous. C’est une auscultation minutieuse de la place que ces réseaux sociaux, comme Instagram et Facebook, peuvent prendre dans les moments de solitude et de fragilité et de la façon dont leurs mécanismes – bien loin de soigner ou guérir – amplifient le sentiment d’inutilité. Cette lecture n’est pas sans rappeler celle de « Celle que vous croyez » de Camille Laurens. Chez Laurens, l’héroïne partait à la dérive. Chez Dupays, elle s’accroche à l’art, à la littérature et surtout à la vie. Ce roman qui n’était pas attirant au départ devient ainsi une réelle addiction et une ode à la raison salutaire dans ce monde virtuel où les images nous tuent à petit feu. En refermant ce roman dense et par moments effrayant, on a envie d’aller voir ses potes, en vrai. Et aussi de relire les magnifiques lettres de Mitterrand à Anne Pingeot. Nous vous en parlions ici. Une réussite !

Tous les vendredi lecture d’Ernest sont là.

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