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Le miroir de l’amour

Ernest Vendredilecture Lemp

« On s’est aimés comme on se quitte » chantait Joe Dassin reprit par Miossec. La chanson raisonne avec le livre de cette semaine. Dans « les Miroirs de Suzanne », livre tendre et délicieux, Sophie Lemp peint avec une densité folle les émois des premiers amours, mais aussi et surtout ce qu’ils représentent dans nos vies. Dans ce qu’ils apportent et dans ce qu’ils donnent. Dans ce qu’ils gravent à jamais aussi en nous. Comme idéal positif et négatif et dans les réflexes tout aussi positifs et négatifs qu’ils font naître. Au détour d’un cambriolage, Suzanne (40 ans) se fait voler ses carnets intimes dans lesquels elle narrait son grand amour d’adolescence. Un soir, Martin (une vingtaine d’années) trouve les carnets et les lit frénétiquement cela alors même qu’il vit l’un de ses premiers amours. Dans son premier livre Sophie Lemp, avec un style acéré, racontait la « séparation » de ses parents. C’était parfois très touchant, parfois un peu facile. Dans ce deuxième roman, tout sonne juste. La puissance des premiers émois, la nostalgie du quadra (il ou elle ) qui se remémorant cette époque révolue se demande s’il a été fidèle ou non aux promesses et aux rainures que l’amour – le premier, le pur – avait gravé en lui ou en elle. « Suzanne laisse les souvenirs l’assaillir en pensant à ces mots de Barbara rester bien à l’intérieur de soi. L’écriture peut-être le lui permettra. Rassembler. Pour avancer. Avoir peur mais avancer toujours », peut-on lire au détour d’une page.

Un livre initiatique pour tout un chacun

Le titre du livre n’est d’ailleurs pas anodin. Employer le mot miroir cela amène à interroger l’être sur ce qu’il est réellement, sur ce qu’il renvoie et ce qu’il a fait et accompli. Dans le retour sur son amour qui fait office de spéculum (miroir en latin), Suzanne fait plus qu’un simple retour sur une histoire ratée ou avortée ou mal terminée, elle fait le bilan de sa vie. « Suzanne n’est plus une adolescente, elle aura bientôt quarante ans. Elle aimerait non pas revenir au centre mais recouvrer l’acuité de son regard d’alors. Retrouver l’avenir et ses possibles. Le monde si vaste. Les emportements « , écrit Lemp. Ainsi Suzanne cherche les sources. Ici ou là. Fidèle à Romain Gary qui soulignait qu’un retour aux sources était la condition sine qua none de l’invention d’un renouveau. Au moment de refermer ce livre qui est en fait un miroir pour le lecteur, on est interpellé par la justesse des mots, vifs et simples et de la profondeur de réflexion qu’ils ont engendré chez nous.

Les miroirs de Suzanne, Sophie Lemp, Allary Editions.

Tous les vendredis lecture d’Ernest sont là. 

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