2 min

Pour un 1er mai littéraire et humaniste

1ermai

« La vérité est dans les romans » aimons-nous à nous dire ici, chez Ernest. Et avouons-le cette antienne n’est pas seulement une coquetterie. C’est une conviction profonde. L’une de celle qui nous a conduit à créer ce média et à penser que les auteurs, les autrices et tous les créateurs des mots avaient quelque chose à nous dire. Quel rapport avec le 1er mai ? Certainement une chose au moins. Si nos politiques lisaient plus de romans, ils auraient peut-être mieux perçu la détresse, la souffrance, et la colère qui s’est exprimée de façon parfois désordonnée ces derniers mois.

« La vérité est dans les romans » disions-nous et à l’aube de ce 1er mai – fête du travail et des travailleurs – il est saisissant de relire quelques petits extraits d’un auteur, Gérard Mordillat (que nous avions longuement interrogé ici), et de son livre paru en 2005 « Les vivants et les morts » et dans lequel beaucoup de thèmes qui sont aujourd’hui au cœur de la crise sociale de la France étaient d’ores et déjà présents.

« Aujourd’hui c’est à la mode de dénigrer la Révolution, d’y voir la préfiguration de tous les totalitarismes. La Révolution ce ne serait que la Terreur. Mais vous savez ce qui a déclenché la Terreur ? Deux choses : la peur de voir les droits de l’homme disparaitre dans l’eau du bain ou Marat était mort et la peur de voir l’œuvre de la Révolution réduite à néant. le Terreur c’est la réponse à une peur immense. La peur, l’effroi du peuple.. »

« Nous devons penser le monde que nous voulons si nous ne voulons pas que d’autres le confisquent à leur profit, confisquent jusqu’à nos rêves et nous ramènent à l’état d’esclaves, de marchandises. »

« Regarde-toi dans une glace et demande toi si tu es un homme libre :
-Un, tu n’as rien à toi : ta maison, elle est à la banque ;le jour où ils ferment le robinet, t’es à la rue. Deux, en théorie tu peux aller où bon te semble, en réalité, comme tu n’as pas un sou devant toi, t’es bien obligé de rester là où tu es ! Je ne te demande pas où tu vas en vacances :tu restes là, t’es assigné à résidence.Trois, tu travailles pour gagner tout juste ce qui te permet de survivre, rien de plus.Et si tu t’avises de te plaindre, le peu que tu as on te l’enlève pour t’apprendre les bonnes manières. Alors tu la fermes parce que ta baraque, ta femme ,tes gosses……Alors d’accord, t’es pas fouetté, t’es pas vendu sur le marché, t’as le droit de vote et le droit d’écrire dans le courrier des lecteurs de « La Voix » que tu n’es pas d’accord avec ce qui t’arrive, t’as la liberté d’expression ! Quelle liberté ? Tu sais bien que si tu écrivais une lettre pour dire vraiment ce que tu penses et si tu l’envoyais, ce serait comme si tu rédigeais publiquement ta fiche d’inscription à l’ANPE. Crois-moi : si tu veux bien regarder de près, ta vie ne vaut pas un pet de lapin, tu ne comptes pour rien, t’es un « opérateur « de production com le ils disent, quelque chose entre l’animal de trait et la pièce mécanique… »

Cueillons l’espoir ensemble en offrant du muguet et des livres

Des mots qui résonnent. Des mots plein de sens.  Seuls les romanciers, avec leur sensibilité, parviennent à saisir le monde avant qu’il n’advienne réellement. Seuls ces romanciers peuvent par instant nous éclairer, non pas avec un discours, mais avec les mots de leurs personnages. A l’aube de ce 1er mai 2019, alors que nous irons peut-être acheter du muguet, il est à souhaiter que des romanciers, tapis dans leur bureau après avoir humé le monde sont en train de peindre les vérités de demain comme le faisait pour aujourd’hui Mordillat en 2005.

Au fond, quelques mots pour vous souhaiter à toutes et tous chers lecteurs et chères lectrices un 1er mai littéraire et humaniste. Littéraire pour la beauté des mots. Humaniste car en ce jour des travailleurs nous nous souvenons aussi de celles et ceux qui au péril de leur vie se sont soulevés pour que nous puissions vivre libres, et avoir des droits. Humaniste car aller chercher du muguet pour soi-même ou pour l’offrir, c’est tendre la main vers le renouveau et le lendemain. C’est aller cueillir l’espoir en quelques sortes. Cueillons-le donc ensemble, en offrant du muguet et des livres.

Tous les éditos d’Ernest

Laisser un commentaire