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Loulou Robert : “j’écris avec mon ventre, pas avec ma tête”.

Loulou Robert

La lecture du livre de Loulou Robert a été un vrai choc. Une lecture de quelques heures. En apnée. Alors qu’au départ, le pitch était loin d’être attirant. Résultat : il fallait rencontrer Loulou Robert. Mannequin et auteure. Le résultat est intense : une interview sur le fil et d’une densité synthétique forte.

Photos Patrice Normand

En entrant dans « sujet inconnu », nous n’y croyions pas forcément. L’histoire d’une passion dévorante ne nous semblait pas forcément des plus originales et des plus… passionnantes. Mais ce présupposé a été battu en brèche dès les premières pages du livre. L’écriture de Loulou Robert est abrasive. Elle vous prend, vous allume et vous embrase tant et si bien qu’il devient impossible de quitter les pages de ce roman qui raconte l’histoire de deux personnes qui s’aiment fort, très fort, mais qui s’aiment mal, très mal.

Écriture abrasive et tumultueuse

Loulou Robert 07L’histoire est simple : une fois le bac en poche, l’héroïne de Loulou Robert quitte son Grand est natal pour Paris. Ses débuts dans la capitale sont complexes. Petit à petit elle s’adapte, grandit se sent bien. Et elle rencontre l’Amour. Celui qui va la faire passer de l’adolescence à l’âge adulte pour le meilleur et pour le pire. Car vite la passion devient dévorante et douloureuse. Et pourtant l’héroïne s’accroche. Au même moment sa maman tombe malade. Son père, lui, est toujours absent. Mais cette héroïne est forte, puissante et il est impossible pour le lecteur de la quitter. Loulou Robert – par son écriture d’une puissance rare – nous garde avec elle. En apnée. On ressort de la lecture sonné, hagard et certain d’avoir lu un livre fort. Un livre qui a le goût et la saveur de ces romans coups de poings que l’on a tant aimés et que l’on a lus d’une traite. Voici donc l’une des très belles surprises de cette rentrée littéraire. A lire comme il a été écrit : de toute urgence. Et forcément, nous avons eu une folle envie de rencontrer l’auteur de ce coup de poing.

Ce livre se lit en apnée. On en sort sonné. Qu’est-ce qui en a été le déclancheur ?

J’aime écrire dans l’urgence et mettre le lecteur dans l’inconfort. Aussi, le livre est né d’un rêve que j’ai fait la nuit précédent le début de l’écriture. Un rêve lié à mon passé. Le lendemain, il s’est passé quelque chose de dingue : j’ai revu une personne qui était dans le rêve et que je n’avais pas vue depuis très longtemps. Suite au rêve, je me suis envoyé un mail et j’ai laissé dormir cela quelques jours. Mais l’histoire était là. Le roman m’habitait. C’est ainsi que je me suis mise à écrire « Sujet Inconnu ». Cela a été une écriture en souffrance autant qu’en jouissance. Il fallait que cela sorte. Cela a mis un peu plus d’un mois. Je ne pensais pas écrire ce livre. Il m’est un peu tombé dessus.

Comment-tu qualifierais cette fille, ton héroïne  ?

Je la trouve forte, elle a une rage de vivre, elle est prête à tout pour vivre. Elle lutte avec cet homme, avec elle-même, mais aussi avec ses parents. Ce que j’aime c’est sa force.

On a aussi l’impression qu’au-delà de la lutte, elle fuit un passé…

Elle fuit pour chercher à vivre. Parce que dans son Est natal, tout est gris.

Elle vient à Paris pour fuir et pour vivre dis-tu. Mais la relation passionnelle qu’elle entretient n’est-elle pas également Loulou Robert 04une forme de fuite ?

Je ne sais pas si je partage totalement cette analyse. Cette relation est aussi pour elle une façon de se trouver. Elle se découvre elle-même en vivant à Paris. Si elle reste dans l’Est, elle pense qu’elle ne sera jamais. Et elle a besoin de ressentir et d’aimer à en crever. Au contraire, je vois cette relation comme un chemin initiatique.

Quel est si tu devais définir cette histoire le mot que tu emploierais : passion, amour, destruction, destruction pour renaître ?

Oui c’est une histoire d’amour. Mais avec un « S ». Dans cet amour, il y a une passion, une destruction et aussi une renaissance. Pour moi, il y a un grand A et un grand S. Il y a l’amour pour l’homme mais aussi pour sa mère, sa peluche, l’histoire d’amour de ses parents entre eux. Il y a différents amours dans ce roman. Au fond, c’est comment cette jeune fille de huit ans devient une femme et comment cette femme devient un écrivain.

Forcément, il y a une part de toi dans cette histoire. Où sont la réalité et la fiction ?

En fait, cette question ne me semble pas importante. Un roman est un roman. Peu importe d’où cela vient. Après, j’écris plus avec mon ventre qu’avec ma tête. Et là, dans mon ventre, j’ai ressenti la peur, l’amour et des choses très fortes et aussi très douloureuses. Sans y penser cela est venu. Mais les personnages ne sont pas moi.

C’est quoi, pour toi, un roman réussi ?

C’est un roman que tu ne lâches pas. C’est un roman dont tu sors différent et changé. Même pour quelques petites heures. Un roman doit me faire quelque chose.

“Je ne sais pas ce que c’est l’écriture, mais je sais ce que ça fait”

Être un romancier c’est quoi ?

Ce n’est pas un travail. C’est ma vie, ma passion. Quand je n’écris pas, je suis malheureuse. Et quand j’écris je suis habitée. Romancier, c’est un état en fait.

Loulou Robert 10Ton héroïne fuit des choses, et toi tu as fuis des choses dans ta vie ?

Oui. Comme elle, le Grand Est. Mais je ne l’ai pas vécu comme une fuite, mais plutôt comme une obligation. Je devais partir pour vivre. Après, je me suis fuis moi-même parfois en affrontant pas certaines choses.

Comment définirais-tu l’amour qui est l’un des sujets forts du livre ? Est-il forcément destructeur car c’est comme cela qu’il apparaît dans ce livre ?

Dans leur amour à eux, il y a une vraie destruction. Mais cela n’est pas une obligation. L’amour je l’aime quand il prend de la place.

C’est quoi ?

C’est un amour qui est partout. C’est un amour dévorant que j’aime. Il est comme mon rapport à l’écriture.

Donc forcément un peu destructeur ?   Loulou Robert 02

Oui. Un peu. Mais une destruction libératrice. Qui permet une renaissance. Mais toute relation d’amour à ses caractéristiques.

L’amour a plutôt des « S » que des A en fait ?

Oui. Complètement. J’aime l’amour quand il est protéiforme.

A quel moment l’amour devient une passion destructrice ?

Pour moi tout est mélangé. La passion est une forme d’amour. Mais la passion, pour exister, elle doit forcément s’arrêter un jour.

L’écriture met du sens partout

Loulou Robert 08L’héroïne de sujet inconnu pourrait – elle vivre un amour serein ?

Je le crois et je lui souhaite. Mais elle devait pour pouvoir en perte capable se prendre sa grosse claque.

Pour avancer dans la vie, il faut se prendre des claques ?

Je le crois oui. Et dans mon cas c’est une réalité. Je suis tombée très bas. Et de ces claques est née aussi ma vocation d’écriture. Je ne pensais pas écrire un jour. Ce fut ma première envie.

L’écriture a donc comblé un vide pour toi ?

Oui car je ne trouvais pas de sens. L’écriture met du sens partout. Elle me donne un but, une réalité et une existence.

D’où venait ton sentiment de vide ?

J’avais une mélancolie, une tristesse en moi, sans en comprendre le sens. L’écriture m’a donné des réponses.

Pourquoi écris-tu ?

Parce que je n’ai pas le choix. Sans elle, je pars à la dérive.

Forcément, on en vient à la question sur le père. Est-ce que le fait que ton père, Denis Robert (notre entretien avec lui ici Loulou Robert 01et notre critique de son dernier livre génial, là), soit aussi journaliste et romancier a été à un miment donné compliqué pour toi dans l’écriture ?

Oui. Évidemment. Peut-être que je me serais mise à écrire avant. Je suis proche de lui mais pendant longtemps il était une ombre. Je ne voulais pas faire comme lui. Mais aujourd’hui l’écriture fait que l’on se comprend mieux aussi. Il me soutient. Mais écrire en ayant pour père Denis Robert n’est pas forcément simple au départ (rires ) !

J’écris avec mon ventre, dis-tu, la passion est une forme de l’amour, dis-tu encore. Mais celle-ci n’est-elle pas, avant toute chose, une construction mentale dans laquelle on se complaît ?

Loulou Robert 13Oui. Ou alors, je dirais plutôt que c’est une décontraction mentale. Dans la passion tu te déconstruis complètement. Etre tout pour quelqu’un c’est attirant. C’est une forme de drogue même. Mais la chute est terrible.

Quel est le plus beau compliment que l’on pourrait faire à ton livre ? Qu’aimerais-tu que l’on en dise ?

« Il a changé ma vie ». S’il peut faire du bien à une personne, cela est suffisant.

Ce qui est important c’est la forme ou plutôt l’histoire ?

Les deux sont liées. La forme et le fond sont un combat. C’est une musique que tu trouves. Un rythme cardiaque qui s’impose à toi.

Ernest Mag Sujet Inconnu Loulou RobertLa photo qui décore ton livre est une photo de Nan Goldin d’un baiser passionné. Pourquoi ce choix ?

Quand je regardais cette photo à 17 ans, c’était ça pour moi l’amour. Du coup, je l’ai montrée à mon éditeur. Et il l’a trouvée très appropriée. Mais pour moi cette photo dit tout de l’amour et de la passion.

L’écriture ça comble un vide, dis-tu. Est-ce que cela soigne des blessures ?

Sans les soigner cela les sublime. On ne guérit pas de ses blessures. Écrire sur celles-ci est une façon de les vivre et de les sublimer. Pour que la souffrance ne soit pas vaine. Rien de thérapeutique là-dedans. Mais plutôt une idée de se servir de ses blessures pour faire du beau. C’est mieux, non ?

Loulou Robert 12L’acte créateur c’est la différence entre ce que l’on est au plus profond de nous et ce que la vie nous donne. Dans cet espace naît la création, disait Deleuze… Tu es d’accord ?

C’est joli comme phrase. Moi, l’écriture, je ne sais pas ce que c’est mais je sais ce que cela me fait. C’est une chose purement physique. Quasiment animale, parfois.

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