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Nicolas Gaudemet : « Mettre des mots sur le miroir aux alouettes de la célébrité »

Nicolas Gaudemet

Vous aimez Black Mirror, les séries télé, les médias et les thrillers ? Ernest a déniché pour vous l'un des romans les plus addictifs de l'année. Le premier roman de Nicolas Gaudemet, "La fin des idoles" est une plongée survoltée et survitaminée dans les médias et dans leurs coulisses. Passionnant et effrayant. Comme les meilleures fictions d'anticipation.

Toutes les photos sont signées Patrice Normand

« A l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité », la prédiction d’Andy Warhol n’a jamais été aussi vraie. Jamais, l’humanité dans son ensemble n’a chercher à se faire autant voir. A se faire connaître. Cette image qui dézingue tout et qui abolit tout le reste est devenue la règle et le maître étalon absolu. Cette image étouffante, cette image si puissante qui nous conduit - tous et toutes - à y recourir.
Ernest Mag Fin IdolesL’image, la célébrité sont au cœur du premier roman, très réussi de Nicolas Gaudemet "La fin des idoles" aux éditions Tohu-Bohu. Ce livre est à la fois une révolte contre ce monde de l’image, mais aussi une fascination pour cette société des écrans dans laquelle nous vivons.
Le pitch est simple et pourrait se résumer ainsi : une jeune femme tente de renverser la société médiatique à l’aide des neurosciences. Cette femme c’est Lyne Paradis. Pour cela, elle infiltre une chaîne de télé et créé des émissions de téléréalité. Elle veut notamment guérir Paloma, starlette boursouflée d’elle-même pour en finir avec la société du paraître. Évidemment, les émissions font scandale et le psychanalyste médiatique adversaire des neurosciences Gerhard Lebenstrie monte au créneau. L’affrontement entre Lyne et Gerhard est en fait un affrontement entre cerveaux augmentés et psychanalyse, mais aussi et surtout entre libertés et désirs. Un page-turner fort qui fait réfléchir. Rencontre avec l’auteur Nicolas Gaudemet. C'était quasiment comme dans un épisode de Black Mirror.

Vous avez 38 ans, vous aviez une vingtaine d’année au début de loft story. Cela fait aussi partie de votre histoire, de notre histoire …Pourquoi avoir eu envie de se pencher sur cette télé réalité qui a été très présente dans votre génération et qui à en croire le propos du livre a été dévastatrice.

J’ai voulu mettre des mots sur un ressenti que j’avais depuis longtemps et que je ne voyais dites nulle part. Ces thématiques sont en moi depuis longtemps. Très longtemps. Depuis l’adolescence. Ensuite, ce livre advient parce que la critique des médias existe, mais il n’y avait jamais eu de réflexion sur pourquoi nous avons tous envie de briller et d’être célèbre et pourquoi cela nous fait profondément souffrir. C’est notamment très flagrant dans la télé réalité. MTV nous a fait miroiter cette célébrité. Quand tu es ado tu y crois un peu. En fait c’est un miroir aux alouettes complètement inaccessible. J’ai voulu mettre des mots sur cette souffrance là, cela d’autant plus qu’avec la télé réalité et les réseaux sociaux et ce monde d’hyper média dans lequel nous vivons elle s’exacerbait encore plus.

La fameuse mise en scène de soi-même ?

Nicolas Gaudemet

Photos Patrice Normand

Oui. Je suis effaré que Jéremstar ait autant d’audience…Quand tu sais qu’en Angleterre une école de Youtubeurs vient de se créer…J’ai vraiment eu envie de me confronter à ma fascination -répulsion envers ce besoin collectif et irrationnel de célébrité. On est en train de créer une société qui rend toujours plus grand notre désir de reconnaissance, et donc nos frustrations. Cela est rendu encore plus flagrant par la concurrence des contenus. Celle-ci conduit forcément à aller vers du trash, du clash et du sexe pour se faire remarquer. Les marques aussi utilisent beaucoup cela. C’est tout cela qui m’a conduit à une réflexion romanesque sur le désir. D’abord le désir de reconnaissance, mais aussi le désir de consommation.