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Une toile tendue et enivrante

Arnold Dogelis 480662 Unsplash

Et vous qu’est ce que vous lisez ? Cette rubrique est une carte blanche à vous ernestiens, ernestiennes pour que vous nous partagiez vos derniers coups de cœur. Nelly Razik s’est prêtée au jeu et nous parle aujourd’hui de « La Toile aux alouettes » de Lou Vernet paru chez Border Line. Cette fan de romans noirs en parle régulièrement sur son blog Nellydespolars. Découvrez sa critique. 

Par Nelly Razik.

Ernest-mag-toiles-alouettesDans notre univers de lecteur, il y a parfois des découvertes que l’on remet à plus tard, sans savoir pourquoi, juste parce que notre « pile à lire » augmente de jour en jour tandis que nos moments dévolus à la lecture ne peuvent pas continuellement être extensibles. Il y a toujours une bonne dose de culpabilité à fonctionner ainsi, privilégiant l’urgence voire même cédant à l’appel d’un auteur ayant une actualité plus médiatisée.

Lorsqu’en mars dernier , j’ai appris que j’allais rencontrer Lou Vernet dans le cadre d’un salon du polar, je me suis dit que le temps était venu pour moi de découvrir son univers. Je ne la connaissais que par le biais de sa page Facebook et des commentaires laissés par ses nombreux lecteurs sur son site.

J’ai rencontré une personne délicieuse et attachante, amoureuse des mots et de la vie. Libre et authentique dans sa tête comme dans ses échanges.

« La Toile aux alouettes« , son premier roman, lui ressemble en tous points. Sa plume glisse sur les mots, les renverse, les transcende et revisite complètement les codes du polar. Ne vous y trompez pas !

La noirceur propre au genre est bien présente dans le roman. Lou Vernet a simplement une manière bien à elle d’illuminer de mots tendres et soyeux les situations les plus sombres. En jouant ainsi avec les mots, elle fait constamment « pirouetter » le lecteur sur une palette de sentiments contradictoires qui signe vraiment sa marque de fabrique en tant qu’auteure.

Extrait : « La Dame de Pique reste bouche bée, la colère sourd en cernes sous ses yeux. Elle écume de rage. L’affront l’a sidérée. Clara a envie de rire. Un rire nerveux et fatigué. Toute sa vie, les ombres l’ont privée de voir. L’ombre de son père, ce géant de lumière. Sa mère en sillage dans les vapeurs de sa cuisine ou sous son chapeau de paille. Les murs à l’abri desquels son éducation s’était sagement tenue coite. Ces hommes de lumière qui trouaient ses nuits d’éclairs furtifs. Ces colonnes de chiffres qu’aucun mot ne venait incendier. Tous ces autres que le jour éclairait et à l’ombre desquels elle frayait en silence. Et cette femme sous le joug de laquelle elle s’escrimait à faire ses preuves. »

Les personnages n’échappent pas à cette technique « vernetienne ». En les découvrant au fil des pages, véritable cour des miracles de ce que l’âme humaine peut receler, on se surprend à plaindre le plus noir d’entre-eux puis à détester, quelques pages plus loin, le plus inoffensif et finir, de manière totalement inattendue, sur un éclat de rire. Tous les composants du polar se retrouvent dans ce roman : meurtres sordides, tension psychologique, manipulation, enquêteurs plutôt borderline, suspense qui monte crescendo, épilogue en forme de cliffhanger, rien ne manque. La différence avec Lou Vernet c’est qu’elle ne les marrie pas du tout de la manière dont on pourrait s’y attendre, tel un chef étoilé qui revisiterait avec talent et imagination une recette mythique un peu poussiéreuse. Le résultat est juste inattendu et savoureux. Caryl Ferey déclarait récemment que « Le polar, c’est le roman absolu ». Je pense que Lou Vernet en est incontestablement un des orfèvres les plus prometteurs.

La toile aux alouettes, Lou Vernet, Éditions Border Line, 18 euros.

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