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Automne érotique

Le froid est en train d’arriver. Heureusement, Virginie Bégaudeau, notre chroniqueuse érotique, vous réchauffe avec sa sélection d’Automne entre érotisme féministe, classique excitant et BD cochonne. Jouissez bien !

L’érotique féministe : Sex in the Kitchen – Octavie Delvaux

SexinthekitchenOctavie Delvaux, c’est la nouvelle reine de la littérature érotique. C’est l’auteur qui a dépoussiéré les vieilles histoires porno vendues sous le manteau et déniaisé l’érotisme de la chik-lit ou de la romance.
Avec « Sex in the Kitchen », j’assiste aux débuts de cette nouvelle vague. L’intrigue est accessible, simple. Elle fonctionne. L’écriture fluide mais corsée sur les scènes qui flirtent avec la pornographie. Obscène. Jamais vulgaire. J’aime la qualifier d’honnête sur le genre. En dévorant les pages du roman, je n’ai pas l’impression d’être un lecteur sous-estimé à qui l’on cache la vérité. Du sexe il y en a, beaucoup. De l’humour, il y en a, aussi beaucoup. C’est léger, mais avec ce talent que l’on aime.
J’ai plongé dans la sensualité piquante des mots. J’ai aussi retrouvé la coquinerie qu’Octavie Delvaux offre à ses lecteurs et c’est excitant. Très excitant.

De l’humour drôle, et du sexe coquin

J’ai suivi Charlotte, une maquettiste pour un magazine culinaire, blogueuse à ses heures perdues dans la cuisine bio. Trois amis, Déborah, Morgane et Ben. C’est Sex and the City à la française. Bruno, le compagnon du moment de Charlotte se révèle infidèle et la femme cocue soigne ses plaies dans le sexe. Le roman s’enrichit de péripéties qui étoffent l’intrigue. Le style est rapide, concis, savoureux. Je suis dans une bonne condition pour savourer l’érotisme, le sentir et frissonner. Une parfaite mise en scène. Bref, c’est un roman féminin dans l’air du temps. Mais pas que.
Le côté empowerment a sa part. Je crois que c’est ce souffle qui m’a tant fait sourire. Tout est permis pour l’auteur. Tout est sujet à l’ironie. J’y ai trouvé la masturbation et la soumission. J’y ai trouvé l’affection et l’émotion, mais aussi la frustration. Aguichant, épicé, bien construit. Intelligent, surtout. J’ai apprécié ouvrir ce roman pour la détente en y trouvant de quoi nourrir l’esprit.

Pour les amoureux d’érotisme et de « feel-good », « Sex in the Kitchen » est l’alliage parfait.

Le classique très excitant – Histoires d’O – Pauline Réage

Ernest Mag Histoire D OLire « Histoire d’O »  n’est pas une quête du Sado-Masochisme, c’est une quête d’absolu. Un roman érotique, à l’instar de Vénus Erotica pour son classicisme, mais un roman où les sentiments sont mis à nue avec les mots. Un cri d’appartenance. Un cri pour le consentement. Tout est permis, même le pire, et c’est ce que j’ai aimé en lisant Pauline Réage, enfin Dominique Aury, une égérie discrète de la célèbre NRF, tout aussi discrète que la sortie de ce roman en 1954.

Le texte d’« Histoire d’O » se digère, s’imprègne, s’intègre dans une époque. Il se savoure. Avec lui, je me suis plongée au cœur des années 50, à la frontière du don de soi et de l’exclusivité entre deux êtres aux pratiques jugées violentes. C’est à la fois une lettre d’amour et de soumission à l’amant, ainsi que la liberté des fantasmes d’une femme lettrée. C’est ce qu’il y a de beau en littérature. L’intemporalité des gestes et des pratiques, celle du thème de l’abandon à autrui.

Stimulant comme un orgasme

Le choc du roman est là où je ne l’attendais pas. Dans une société où la pornographie s’est banalisée, Histoire d’O n’a rien de désuet. L’effet est aussi fort qu’au jour de sa parution. Je n’oublie pas la scène d’ouverture dans le parc Montsouris qui annonce la teneur du récit. La puissance que Pauline Réage détient. J’ai tremblé sous la perversion et le plaisir. Le frôlement des mots sur les sens, la jouissance à bout de page.
J’aime la phrase longue, la plume caressante de l’auteure avant la descente dans les abîmes de cette esclave sexuelle. Le verbe et les détails, les mots et l’atmosphère. Tout est une réussite. C’est stimulant, comme un orgasme en catimini. La conduite d’O par René dans l’étrange château de Roissy laisse présager les plus fantasques délires. C’est le cas. La belle O est enchaînée, dévêtue, et accepte les supplices de la passion de son amant. L’humiliation de cette relation SM, l’une des plus célèbres du XXe siècle, est complète. Mais elle dénote surtout ce sentiment de dépendance à l’être aimé. Qui que nous soyons, qui que nous aimons, nous pouvons tous, un jour, mendier la main du maître que nous adorons. C’est la finesse de Pauline Réage qui m’a conquise. Son analyse des émotions, des sentiments, parfois convenus, qui m’ont placée au cœur de cette œuvre magistrale.

La BD – Ombre et Lumière – Quinn

Parris Quinn Ombre Lumiere T6 CouvCe qui m’intéresse, ce sont les jeux sexuels les plus « limites » auxquels jouent des gens qui exercent leur imagination et s’en servent dans la réalité de leur existence. Chaque personne qui aime le sexe a sa perversion particulière et mes livres en explorent quelques une “. C’est ainsi que Parris Quinn introduit son œuvre.
En ouvrant la bande-dessinée, récit illustré serait plus exact, « Ombre et Lumière », j’ai été captée par la douce perversion des premières images. J’ai compris qu’elle disait vrai. L’excitation commence. Peut-être y-a-t-il l’évidence du début de mise en scène, la prévisibilité de l’intrigue, mais là n’est pas sa force. La narration est encadrée, loin des bulles traditionnelles. C’est un subtil mélange entre le texte de roman et le dialogue. Chaque nouvelle séquence est annoncée par un prologue. Le décor est posé, je suis directement immergée dans l’aventure à suivre. Duo, triolisme, SM, la majorité des fantasmes est exposée. C’est comme vos amis, vos connaissances qui se filment et s’envoient en l’air et vous retrouvent l’air de rien. Un goût d’accessibilité, loin du cliché chic et bourgeois. Je pouvais être l’un de ces personnages et m’approprier leurs sensations. Electriques. Sulfureuses.

Du sexe libre et impudique

Ce n’est d’ailleurs pas l’originalité des scènes que je cherche en lisant Quinn. C’est son trait. Sa finesse en noir et blanc, cette manière de me dire que la beauté du dessin est une harmonie avec ce qu’il raconte. Entre esquisse, croquis et portraits à l’ancienne, les personnages de Quinn me positionnent en voyeuse, c’est l’extase. J’ai l’impression d’appartenir à une autre époque, d’être au cœur de ces dessins concis et spartiates. Il n’y a aucun superflu chez Quinn, le souci du détail est dans les courbes et les actes de ses héros.
Les textes crus ajoutent à la fascination d’Ombre et Lumière. Les planches sont exquises, pornographiques à souhait. C’est une véritable ruée vers le plaisir. J’ai aimé goûter cette sensualité, embrasser le délice de Quinn. J’ai aimé imaginer que je vivais par procuration la jouissance et la montée du plaisir.
Le dessin flatte l’excitation, l’excitation me galvanise. Définitivement, je suis conquise par l’abord austère de l’œuvre de Quinn. Je m’inviterai de nouveau dans ce cocon impudique et délicieux.

C00326 Ombre&Lumiere6 Int.indd

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