3 min

Un hiver torride et sensuel !

Notre chroniqueuse Virginie Bégaudeau est de retour. Pour cet hiver froid, elle a choisi des classiques super torrides et super érotiques. Réchauffez-vous et amusez-vous !

Les onze mille verges – Guillaume Apollinaire

Ernest Mag Onze Mille VergesSi le titre peut faire écho à un mauvais film pornographique, il en a tous les traits. Pur. Excitant. Terriblement obscène, ce roman de Guillaume Apollinaire déroute. Habituée à la douceur de sa poésie, la transition avec cette pornographie qui frôle la vulgarité m’a retournée. C’est une parodie que l’auteur m’offre. Une curiosité que je découvre avec avidité.
Publié en 1907, ce texte est à destination des hommes, principalement, mais quel délice de le retrouver plus d’un siècle plus tard, là où un public attisé attend les prouesses sexuelles d’un prince Roumain. Désuet. Comique malgré tout, ce sont ainsi neuf chapitres pornographiques poussés à leur paroxysme. Des scènes drastiques, souvent brutales, d’où jaillit une envie effrénée de mener à l’orgasme.

“Un catalogue d’obscénité réjouissant”

Un mélange de scandale qui soulève le vice et la violence de mes fantasmes. Peignant les mœurs d’une époque dépravée à l’ombre de bienpensants, ce livre est délicieusement scabreux. Sous le manteau, qu’il se lisait, d’une main sans doute ! C’est ce que j’ai adoré en le dévorant. La satire de satires. J’ai essuyé la perversité et la sauvagerie de l’auteur en savourant sa vulgarité. Les silhouettes charnues, les formes des femmes, les cuisses « rondes et nerveuses », les « toisons épaisses » ajoutent à mon plaisir des personnages qui n’ont plus cour dans les romans d’aujourd’hui. De quoi alimenter les obsessions de bon nombre d’entre nous. J’y survole le plaisir charnel. Clairement, ce n’est pas un livre pour les néophytes de littérature érotique. Quoique… Il y en a pour tous les goûts, des positions sodomites à des séances bestiales plus « classiques », en passant par la masturbation et le meurtre. Un catalogue d’obscénité qui m’a terriblement réjouie. Les termes d’ancien français y sont cocasses. La prose excite autant que le fond. Pour les amateurs de belles plumes, c’est évidemment un texte à explorer. Une orgie littéraire qui m’a coupé le souffle, à tous les niveaux.

Emmanuelle (L’intégrale) – Emmanuelle Arsan

Ernest Mag Emmanuelle« Il faudrait que chaque femme se mette, ne serait-ce que dix minutes, une fois dans sa vie, dans la peau d’Emmanuelle ».
Un souhait ? Un désir ? L’auteur d’un des plus grands mythes érotiques est unanime. Directive. Discrète. L’adaptation cinématographique des années 70 est un succès planétaire, mais j’ai choisi de vous parler de l’originale. De la naissance d’Emmanuelle en 1959 dans la plus grande retenue. J’aime la légèreté du texte. La liberté et le plaisir sulfureux mais vaporeux. J’ai dégusté les turpitudes de l’héroïne, certainement autobiographiques pour la plupart, dégusté la jouissance de cette émancipation sexuelles. Avec Emmanuelle, j’ai repoussé les limites de la convenance, glissant avec délectation dans la peau de celle qui enflamme, qui exulte, qui excite.

“Toutes les femmes devraient lire Emmanuelle”

Plongée dans la moiteur des frasques du livre, j’ai appris à vivre autrement, à savourer le plaisir de l’instant. C’est un texte érotique fort, féministe et libertin. C’est vintage, onirique, terriblement tendre et optimiste. Une association parfaite qui n’est pas sans rappeler celle d’Histoire d’O (dont je vous parlais ici), parue cinq ans plus tôt, en plus heureux. Oui, un roman qui insuffle orgasme et bonheur à la fois, sans une once de niaiserie.
En lisant « Emmanuelle », je n’ai pas subi la révolte d’une femme de son époque, mais l’harmonie du sexe, du beau sexe, du sexe libre. C’est la puissance de ce roman. Des frissons me quittent seulement au point qui clôture turpitudes de l’héroïne. C’est l’extase entre les amies d’Emmanuelle, une immersion au cœur de l’amour au féminin. Je suis à leur côté, prête à déguster ma part de jouissance.
A l’heure où la littérature érotique s’éparpille, l’écriture d’Emmanuelle Arsan apaise, exige, manie sensualité et sexualité.
Délicieuse, Emmanuelle avec qui je franchis toutes les barrières. A ses fantasmes, à ses exigences, je m’y adonne, m’y abandonne. Empoignée par ses amants à travers le papier fin, je tressaille et jalouse de n’être que la lectrice d’un tel spectacle. Un peu exclue, un peu voyeuse sur un fauteuil en osier, les seins nus et le souffle court.

Le déclic – Milo Manara

LE DECLIC INTEGRALE N&B NE.indd.pdfQuatre volumes réunis en un chef d’œuvre. Milo Manara. Charnel, sensuel, plus torride que jamais, l’intégral de « Déclic » est un régal. Je l’ai pris en son entier, comme l’héroïne est prise par son entourage entier. J’ai glissé aux côtés de Claudia, cette femme sous influence, cette femme que Manara rend esclave de ses pulsions. Je pourrai être elle, elle pourrait être l’une d’entre nous. Entre objet de fantasme et objet de passion, la représentation de la femme chez l’auteur est aussi sensuelle qu’en perdition. Superbes. Je m’y retrouve, je m’y plonge, avide de jouissance. J’ai cherché l’efficacité du plaisir, elle y est.

“Un plaisir efficace et puissant”

L’histoire est aussi loufoque que les illustrations sont classiques dans le milieu pornographique. Un appareil contre l’impuissance, un soupçon de science-fiction, de la torture au prisme du sexe. Je reçois la violence avec délice, une violence à destination des hommes, mais qui ne boude pas son plaisir sur les autres amateurs du genre. Tout est permis chez Manara, la perversité n’a de limite que le nombre de pages. Parfois même un peu courtes pour moi, une fois prise au piège. J’y découvre de longues séquences de sadisme qui émoustillent autant qu’elles effraient. C’est le catimini, la culpabilité de s’offrir à ce texte particulièrement misogyne et burlesque. J’ai adoré ce remords pervers qui me parcourait à mesure de cette lecture désuète. Oui, Manara a une vision machiste du monde qui l’entoure. Oui, Manara a dessiné avec son temps. Non, je ne suis pas en accord avec ses principes moraux. Mais, je reconnais, comme les amoureux d’érotisme, que le trait est captivant, que l’excitation est présente dans toutes les scènes, attisant ce fantasme futuriste des femmes objets où fusionnent sexe, machines et domination. Primaire, certainement. Jouissif, évidemment. Je ne l’aime que pour ça.

Manaraplanche

Laisser un commentaire