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Rivière littéraire

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Alors que Donald Trump vient d'être déclaré coupable d'agression sexuelle envers Stormy Daniels, la littérature contemporaine américaine résonne avec l'actualité. Nouvelle preuve avec "Va où la rivière te porte " de Shelley Read.

S’appesantir sur la condition des femmes et l’évolution de leurs libertés est souvent un moyen de jauger de l’avancée ou de la régression d’une société. Pendant le mandat de Donald Trump, leurs droits ont été bafoués à plusieurs reprises et c’est en grande partie de son fait : qu’attendre d’autre de la part d’un président dont le discours est d’une misogynie accablante, d’un homme qui a des paroles ambigües concernant celles qui l’entourent, y compris au sujet de sa propre fille [1], d’un citoyen qui a été jugé coupable d’agression sexuelle [2], entre autres méfaits – rappelons qu’il vient en outre d’être déclaré coupable à l’issue du procès l’opposant à Stormy Daniels. Le dénigrement public du « deuxième sexe » s’est ainsi presque normalisé tandis que certaines journalistes ont vu leurs réactions réduites à leurs menstruations, que certaines politiques ont été – et sont toujours – insultées depuis les plateaux télévisés, que les victimes de Trump sont assaillies d’invectives, au tribunal et ailleurs.

Plus concrètement, en termes législatifs, l’apogée de ce net recul des droits des femmes reste l’abrogation du droit constitutionnel à l’avortement dans certains États, mesure qui achève de limiter le contrôle qu’elles exercent sur leur propre destin, comme un retour à une autre époque.

61jBKj1vu5L. AC UF1000,1000 QL80 Comme une réponse à ces bouleversements inquiétants, aujourd’hui peut-être plus encore qu’hier, les auteurs et les autrices mettent en scène des héroïnes maîtresses de leur sort : leurs choix déterminent leur avenir ainsi que la suite des pages qui se tournent. Pour témoigner de la force qui couve en chaque femme et peut-être aussi pour provoquer une prise de conscience face à cette régression sociale, Shelley Read a choisi quant à elle, "Va où la rivière te porte" de remonter le temps jusqu’en 1949, peu après la Seconde Guerre mondiale, avant les combats en Corée et au Vietnam, avant Gloria Steinem et Martin Luther King. Victoria, sa narratrice, a alors dix-sept ans et dès les premières lignes, elle tombe amoureuse d’un garçon à la peau plus sombre que la sienne. Wil est Amérindien dans une Amérique qui les méprise encore et toujours, mais le cœur de la protagoniste s'en moque et sa tête œuvrera au service de leurs sentiments, rusant pour déjouer la méfiance de son oncle acariâtre, de son père renfermé, de son frère cruel. Victoria et Wil brûleront ensemble leur jeunesse, les interdits et les convenances jusqu’à ce qu’une vie en remplace une autre.