2 min

Pérégrinations dominicales

Maria Teneva RHlaMHAzfYM Unsplash

Étonnante semaine. Se souvenir de Charlie, de Montrouge et de l’Hyper Cacher. Cultiver, en mémoire des dessinateurs, un rire. Ce rire qui fait tomber les barrières qui ridiculise les empereurs, les pouvoirs et les remplis d’hubris. Ce rire qui étreint au moment d’apprendre certaines nominations. Rire nerveux.

Et l’envie de partir, ce matin, avec vous sur les chemins de livres qui comptent et qui résonnent avec le monde et ceux qui l’administrent et, parfois, leur inconséquence, ou leur façon de se moquer de nous. Sourire à la vision des dessins qu’ils auraient fait de toute cette mascarade d’un mot : remanier.

Les hasards de la pérégrination dominicale conduisent le juif errant, l’éditorialiste perdu et les Ernestiens/Ernestiennes du matin sur les chemins escarpés d’une expédition. Celle de Magellan narrée par Zweig. « Mais ce n’est jamais l’utilité d’une action qui en fait la valeur morale. Seul enrichit l’humanité, d’une façon durable, celui qui en accroît les connaissances et en renforce la conscience créatrice. Sous ce rapport l’exploit de Magellan dépasse tous ceux de son époque », écrit Zweig.

Quelques lignes plus loin, il poursuit : « L’exploit de Magellan a prouvé, une fois de plus, qu’une idée animée par le génie ete portée par la passion est plus forte que tous les éléments réunis et que toujours un homme, avec sa petite vie périssable, peut faire de ce qui a paru un rêve à des centaines de génération une réalité et une vérité impérissables. »

Passion, volonté, force et détermination pour atteindre de grandes ambitions. Et une question : quelles ambitions ? Quelle force ? Quelle passion ? A chacun de le dire. Chemin escarpé toujours. Celui du deuil et la mémoire. Disparition brutale de Samuel Sandler, qui avait écrit un livre très émouvant “souviens-toi de nos enfants” sur la tuerie d’Ozar hatorah à Toulouse en 2012. Des mots qui résonnent aussi. « Cela n’intéresse personne » disait ce mensch d’une tendresse et d’une humanité folle.

Heureusement, après les chemins escarpés et la difficulté, l’espoir. Cette semaine, le 11 janvier, se tenait l’anniversaire de la naissance de Pierre Mendès France. Résonance encore avec aujourd’hui. Se jeter à nouveau sur “La vérité guidait leurs pas”, réédité en poche en octobre dernier. Y retrouver une pensée forte et complexe. “L’homme d’Etat, à la différence du politicien, subordonne son travail quotidien et ses paroles à ses convictions et c’est ainsi que les masses le respectent et le soutiennent”, écrivait PMF. Méditer encore ce message.

Volonté, difficulté, espoir. Et une nouvelle résonance. Avec Martin Eden de Jack London. L’histoire de cet homme qui malgré ses origines modestes se lance dans un voyage autodidacte passionnant montrant qu’au delà des limites la soif de connaissance et la détermination peuvent mener à des transformations remarquables. Questionner aussi, l’obsession de nos possessions.

Dans cette pérégrination dominicale, il a surgi. « Les chemins qui mènent à la liberté et à la dignité humaine passent par bien des abîmes et ne sauraient donc mener d’un seul coup aux sommets… » Encore : « Je ne crois guère aux profondeurs secrètes lorsqu’il s’agit de bonheur. Le bonheur est à fleur de peau, il a horreur des épaisseurs, le mystère ne lui sied guère, c’est un frou-fou. Il se nourrit d’éphémère » Toujours : « Le temps qui ne peut souffrir ce qui dure, a contre les livres une dent particulièrement féroce. Il craint par dessus tout ces porteurs de germes, germes d’éternité où les idées demeurent vivantes et toujours prêtes à jaillir. Les idées me font parfois penser aux graines trouvées sous les glaciers après des millénaires, qui redeviennent fécondes dès qu’elles sont rendues à l’air libres et à la lumière, et se remettent à vivre, à s’épanouir et à triompher. » Se souvenir de la place du rêve, de l’imagination, des mots des « Enchanteurs » de Romain Gary qui sont revenus, comme ça, par les hasards de la vie, des doutes, des colères, des peines et des rires nerveux de l’actualité.

Dans ce même livre, cette phrase : « Que l’on m’excuse ce petit éternuement méditatif. Cela dégage les humeurs. »

Bon dimanche

Laisser un commentaire