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Stupeur et tremblement

Cole Keister POCQuo4b 3E Unsplash

Dans un roman polyphonique et d’une force rare l’autrice israélienne, Zeruya Shalev, raconte deux femmes puissantes, interroge les origines et son pays tout en rendant son propos universel. Un roman très réussi.

Deux femmes. Rachel et Atara. Deux générations. Deux parties d’Israël. Rachel est âgée; elle approche les 90 ans. Elle se remémore sa jeunesse. Son amour, Mano. Et leur lutte pour libérer l’Etat hébreu de la domination des Anglais. Atara a 50 ans, elle est une femme dynamique. De celles qui vivent pleinement. De celles qui aiment. De celles qui doutent, aussi. Mariée à Alex, dans une famille recomposée, elle se demande si leur amour est toujours identique à celui qu’il ressentait l’un pour l’autre. Elle cherche aussi pourquoi son père le professeur Rubin qui vient de mourir lui a tenu des propos confus sur ses origines, et sur son prénom, Atara. Elle part donc en quête. Et, dans cette quête, elle va trouver Rachel. Les deux femmes se parlent comme dans un miroir. L’une raconte l’autre et inversement.

Tremblement d’émotion

A travers ce livre intelligent, fin, et plein d’humanité, Zeruya Shalev interroge le couple, les origines, ce que sont les rencontres. Elle narre aussi ce que le silence des parents peut engendre de bruyant chez les enfants. La toile de fond de l’Israël d’aujourd’hui ponctue l’histoire de ces deux femmes qui incarnent également le reflet de l’histoire du pays. Ses rêves, ses doutes et ses désillusions. Les leurs. Les nôtres. La langue de Shalev est déliée, attentive aux détails et propose au lecteur une mélopée douce, pleine de charme et ouvrant une kyrielle de questions. L’autrice s’amuse à enchevêtrer les intrigues. La rencontre entre Rachel et Atara, qui était vraiment Mano et pourquoi a-t-il abandonné sa première femme, Rachel. Alex le mari d’Atara est-il hypocondriaque ou souffre-t-il vraiment ? Et Eden, leur fils, qui revient de l’armée. Pourquoi est-il soudainement devenu aussi taciturne ?  Cette « stupeur » est une stupeur que le lecteur se met à profondément aimer pour ne plus la quitter. Il tremble parfois, il râle d’autres fois, et il s’émeut, tout simplement, de la beauté du propos.  A lire !

“Stupeur” Zeruya Shalev, Gallimard

Toutes les inspirations d’Ernest sont là.

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