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L’espérance insensée de l’écriture

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“Quand tu écouteras cette chanson” de Lola Lafon est un très grand livre. Ecrire à son propos réactive toutes les émotions intenses ressenties à sa lecture. A ne manquer sous aucun prétexte.

« L’irrévérence des jeunes filles devrait être l’objet de toutes nos attentions, elle devrait être archivée et transmise. Il faudrait les chérir, ces trop courtes années durant lesquelles les jeunes filles ignorent la prudence, le respect et le remords.

Elles mentent avec métier et sans état d’âme, mangent avec les doigts, grimpent sur des toits et, bras dessus bras dessous, elles prennent toute la place sur les trottoirs. Leur seule peur est de nous ressembler. De devenir ces êtres à bout de souffle qui se plaignent qu’elles ne manquent pas d’air. »

Ce passage se situe page 189 du livre magistral de Lola Lafon « Quand tu écouteras cette chanson ». Lola Lafon vient de Capture D’écran 2022 12 02 À 15.19.15souligner qu’un jour un négationniste avait dit qu’Anne Frank ne pouvait pas avoir écrit son journal car il était trop irrévérencieux. Et Lola Lafon qui raconte la nuit qu’elle a passé dans le musée Anne Frank à Amsterdam d’écrire ce passage qui dit tellement de l’intelligence de son livre, de sa beauté, de sa justesse aussi. Ce passage qui raconte autant l’impossibilité de raconter Anne Frank que de la possibilité de tout raconter et de tout comprendre.

L’arme des mots

Dans l’exercice de la collection « ma nuit au musée », les auteurs et les autrices passent une nuit dans le musée de leur choix et en tirent un livre. Leila Slimani, Kamel Daoud, Enki Bilal ou encore Jakuta Alikavazovic, entre autres, s’y sont déjà essayé. A chaque fois, le résultat est étonnant dans ce qu’il contient comme contrainte. Le livre de Lola Lafon est d’une force plus grande encore en ce qu’elle ne parle pas seulement d’art (quoique, il est question d’écriture. De celle d’Anne Frank), mais qu’elle parle aussi du tragique. Elle le raconte sans le connaître. Avec ses armes à elle : celles des mots. Dans cet exercice, Lola Lafon démontre avec force, intelligence et finesse, à quel point il n’est pas besoin d’être ce que l’on écrit / filme/ peint etc. pour être tout de même un artiste et fait un pied de nez salutaire à tous les imbéciles qui parlent d’appropriation culturelle.

Dans ce livre qui émeut, fait frissonner, met en colère, et fait aussi sourire par instants, il y a la beauté de l’adolescence, la force de l’art comme outil de survie. « Ecrire est un geste d’espoir obstiné, la preuve d’une espérance insensée », lit-on. On referme les dernières pages, rempli d’une grande émotion. De celles que l’on a envie de garder un peu pour soi. Des larmes ont certainement coulé. Et « I started a joke » accompagne ce que l’on gardera à tout jamais de ce chef d’œuvre.

 Toutes les inspirations d’Ernest sont là.

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