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Touché – coulé !

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Adepte du pas de côté, Frédéric Potier ne nous parle pas cette semaine d’un essai remarquable, mais d’un thriller qui fait réfléchir. Et si la fiction était la continuation de la politique par d’autres moyens ?

Cette chronique est consacrée pour la première fois à un genre littéraire trop méprisé, le thriller. Alors que le polar a fini par gagner ses lettres de noblesse, j’en veux pour preuve l’arrivée de Georges Simenon dans la Pléiade, le thriller reste considéré par les critiques français comme un genre douteux à classer entre les romans de gare et les superproductions hollywoodiennes. Pourtant, sur le plan littéraire, le thriller demande une réelle maîtrise d’écriture. Il s’agit en effet rien de moins que de tenir en haleine le lecteur par des tensions et des rebondissements savamment placées dans l’intrigue. Tout l’intérêt du thriller réside donc dans la dynamique, dans les engrenages, dans les escales narratives ou émotionnelles. Et le public suit. Relevons avec admiration et une pointe de jalousie que Dan Brown, maître incontesté du thriller ésotérique (Da Vinci Code, Anges et Démons etc), a vendu plus de 200 millions de livres… je vous laisse imaginer le montant des droits d’auteur !

2034Revenons à notre chronique. Arrivé sur les étals des librairies il y a quelques semaines, “2034” publié par les éditions Gallmeister constitue un parfait cas d’école. Signé par un écrivain lui-même ancien Marine (Elliot Ackerman) et un ancien amiral américain (James Stavridis), l’ouvrage nous projette dans une douzaine d’années en pleine mer de Chine méridionale. Sans trop spoiler l’intrigue, ce qui serait injuste à l’égard des auteurs et déloyal à l’égard des lecteurs, tout commence par l’arraisonnement d’un bateau de pêche chinois par une frégate américaine chargée de préserver la liberté de navigation dans une zone revendiquée par Pékin. Simultanément, un avion de chasse de l’US Air Force voit son système de commande piraté par une mystérieuse technologie et contraint d’atterrir en Iran (Tom Cruise n’est visiblement pas aux manettes…)

Évidemment, ces deux faits divers isolés se recoupent et alimentent un engrenage infernal mêlant un conseiller à la Maison Blanche d’origine indienne, un amiral chinois et un officier iranien membre des cruels et dogmatiques Gardiens de la Révolution islamique. Sans oublier les Russes, toujours dans les mauvais coups et toujours disponibles pour alimenter le chaos ambiant (lire à cet effet l’excellent “Mage du Kremlin” de notre ami Giuliano da Empoli). Tous les ingrédients sont donc réunis pour constituer un excellent “page turner”, prenant d’autant plus aux tripes le lecteur que les résonances avec l’actualité sont fortes (le régime Chinois se décidera-t-il à envahir Taïwan ? les menaces d’utilisation d’armes nucléaires sont-elles de pure spéculation ? À quoi joue le Kremlin ?) De manière notable, l’ouvrage ne cède en rien à une forme d’héroïsme et d’idéalisme américain, dont des auteurs comme Tom Clancy (À la poursuite d’octobre rouge) ont fait un fond de commerce. Les personnages de ce roman (qu’on s’effraie à qualifier d’anticipation) ne sont pas des super-héros omniscients dotés de super-pouvoirs, ils ne sont que des pièces sur un immense échiquier où s’affrontent les superpuissances de demain. Sans trop de surprise, l’Europe en est largement absente… On ressort donc inquiet et essoufflé de cette lecture divertissante et captivante qu’on peut réserver pour cet été, sur une plage, entre la sieste et l’apéritif… en espérant que les autocrates et les va-t’en-guerre prennent quelques congés.

Tous les “essais transformés” de Frédéric Potier sont là.

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