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Plaisirs torrides

Dainis Graveris CJcbWrIXCX0 Unsplash

Pour débuter l’année, Virginie Bégaudeau nous livre une sélection d’ouvrages érotiques terriblement excitants, dont l’irrésistible premier roman de Flore Cherry. 2022 s’annonce torride !

 

Matriarchie – FLORE CHERRY

MatriarchieUne auteure capable de m’offrir de la dystopie érotique et de la politique en même temps que du sexe but et de la réflexion,  je dis « oui ». Je dis « OH PUTAIN OUI ! ». D’autant que le premier roman de Flore Cherry était  très attendu après toutes ses années à flirter avec la littérature pornographique et ses multiples apparitions dans ce milieu particulièrement fantasque. L’action se tient en 2100 après J.C. Excédée par la politique poussiéreuse et lasse de subir des violences et des pressions masculines, la France a choisi de porter le parti Matriarchie à la tête du gouvernement. Ce parti féministe a offert aux hommes de renoncer à leurs droits pour se mettre au service de l’État. La contrepartie : un accès contrôlé aux maisons de plaisirs.

Et si les féministes prenaient le pouvoir en exploitant la faiblesse libidineuse des hommes ?

Dès l’entrée en scène, je me sens engagée, prête à assouvir ces désirs frustrés des mâles dominés. C’est un peu l’idée d’un pays idyllique, l’idée d’une force unie envers le sexe renversé par les femmes. La course à la présidentielle approche et les vieilles valeurs remontent à la surface. Les médias s’emparent du scandale et le parti adverse entre en guerre. Et pourtant, Fernand et Diane, les protagonistes du roman, préféreront débattre de la parentalité, des failles du système au fond de leur lit, de s’aimer et de ne jamais être prisonniers. Je me sens ballottée entre mes convictions et mes pulsions primaires avec “Matriarchie”. Car l’État peut bien contrôler des programmes et instaurer des lois, celle de l’Homme est au-dessus. Je découvre un texte calibré, équilibré et foutrement obscène. Et pourtant, je sens la plume de la journaliste, de la passionnée de société derrière ses personnages réalistes. A la fin de ma lecture, je suis enfiévrée de lutte, moi aussi, et surtout, convaincue que la bestialité et l’amour n’ont jamais été maîtrisables. Au contraire, ils explosent sous contrainte. J’ai explosé avec eux. Une expérience puissante, bouleversante, luxurieuse… Orgasmique !

 

 

Poupée – PITEK

PoupeeLa poupée est un poncif en littérature érotique. Fétichisme ? Tabou ? Fantaisie ? Beaucoup d’entre nous ont déjà eu des pensées particulièrement obscènes, voire pornographiques pour une poupée soumise à tous nos désirs. Mise à nue, docile et insatiable en somme, la poupée est une icône incontournable de l’imagination débridée des lecteurs. Avec Pitek, je me mue en ce jouet devenu sexuel entre les mains des libidineux. Et si finalement, la poupée n’était qu’une manipulatrice exceptionnelle ? Car celle-ci est prête à toutes les turpitudes, prête à assouvir toutes les tentations. Avec elle, j’entraîne mes adorateurs dans la débauche et l’indicible.

De la jouissance à l’état pur, féroce.

J’aime exercer ce pouvoir sur mes amants languissants et appliqués à me soumettre. Ils se trompent. Ils me sont dévoués. Je me découvre métamorphosable à souhait. Douches de sperme, fantasmes extrêmes, je m’offre entièrement à mon public. L’héroïne que j’incarne est aussi mystérieuse que perverse. Son mensonge est sa puissance et elle ne déballera la vérité qu’à certaines conditions : les siennes. De la jouissance à l’état pur. Féroce.
Pitek créé un archétype indémodable de la femme masochiste. Le scénario n’est pas l’essentiel dans cette œuvre lubrique qui réveille nos instincts les plus infâmes. Le trait du dessin est relativement réaliste pour plonger l’amateur d’érotisme dans l’univers sombre et scabreux de l’auteur. En somme, un incontournable du sadomasochisme qui comblera les plus exigeants.

 

Impardonnable – Doni Nill

71NQVKte0uL. AC UL600 SR600,600 1Dans la vie, je me pose parfois la question : qu’est-ce qui est pardonnable ? Qu’est-ce qui ne le sera jamais ? Alors en me plongeant dans la bande-dessinée de Doni Nill, j’avais terriblement envie de savoir ce qu’il considérait comme impardonnable. La réponse m’a comblé. Du cul à l’état brut, du sexe sans concession et sans élégance. De la BD masturbatoire que j’adore emporter les soirs de fatigue. De la réflexion simple mais qui a le mérite de fonctionner.
D’instinct, je me suis placée dans le premier rôle : le meilleur ami infidèle et insatiable. Je suis celui qui trompe sa compagne sans une once d’hésitation avec le tout-venant. Je ne suis pas Marli, la femme cocue, ni l’homme qui doit se charger de la distraire pendant que je m’affaire à une nouvelle conquête.

Un jeu de rôle délicieusement impudique

J’aime cette nouvelle identité. Elle me trouve en pleine exploration d’un désir primitif à sens unique : l’homme et la pénétration, l’homme et sa domination. Quoi de mieux que de la vivre pour la contraindre ? Dans cette intrigue aux péripéties convenues, j’apprécie l’affection naissante entre Marli et « mon » meilleur ami. Je la trouve méritée et elle me fait sourire.
Pourtant, en qualité de mâle alpha totalement happé par le sexe, je m’interroge sur la moralité de l’exercice. Même en étant le dernier des salauds, puis-je être humilié de la sorte ? Peut-on me dérober la femme qui « m’appartient » ? C’est exactement de cette manière que Doni Nill dépeint ses héros.
Les œuvres de Nill sont souvent traitées de manière sombre et caustique. Un schéma hétérosexuel archaïque que j’ai pris à contrepied pour en rire, en jouir, même.

 

Tous les “petit cochon” de Virginie Bégaudeau sont là.

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