5 min

Faut-il encore lire Michael Connelly ?

MConnelly©NancyPastorPolaris

Dans "Regards Noirs", ce mois-ci, notre journaliste Philippe Lemaire s'attaque à un mastodonte du polar et du roman noir : Michael Connelly qui, depuis presque 30 ans, est l'un des auteurs de noir les plus vendus au monde. Harry Bosch, Mickey Haller, Renée Ballard, Jack McEvoy, sont des personnages récurrents de l'auteur bien connus des lecteurs. Connelly est-il toujours aussi acéré ? Est-il toujours aussi passionnant pour décrire les travers de notre monde ? Faut-il encore le lire ? Autant de questions pour l'enquêteur Lemaire !

A chaque printemps son nouveau Michael Connelly. Le dernier livre du romancier américain nous arrive toujours entre mars et mai, ponctuel, quelques mois après les États-Unis. Cela a commencé en 1993 avec « Les égouts de Los Angeles », première enquête de l’inspecteur Harry Bosch. Une trentaine de titres et 80 millions d’exemplaires plus tard, le rythme des parutions n’a pas faibli, l’attente des fans non plus. La marque Connelly inspire confiance. Promesse d’une intrigue addictive, d’une narration rigoureuse et d’un décor urbain fascinant. Garantie aussi d’une vision hyper-documentée des rouages de la police américaine, mais aussi de la presse et de la politique, cette Trinité institutionnelle qui charpente le roman noir moderne.

9782702182710 001 TPour son cru 2021, « Séquences mortelles », l’auteur convoque le plus rare de ses personnages récurrents, le journaliste Jack McEvoy. Depuis son heure de gloire dans « Le Poète » (1996), où il décrochait une exclusivité fracassante en démasquant un tueur en série, sa carrière a suivi le sens de l’Histoire, du papier vers le numérique, d’un grand journal vers un site web d’investigation. Ancien reporter lui-même - douze années de faits divers et une à couvrir des procès, pour amasser les notes et les contacts - Michael Connelly met un point d’honneur à dépeindre le métier sans complaisance. Quitte à se montrer sévère avec McEvoy, à étaler ses faiblesses au grand jour. Individualiste jusqu’à l’excès, aussi immature quinquagénaire qu’il l’était trentenaire, inapte à toute relation sentimentale, le reporter vit par et pour le scoop, en moine-soldat de l’info dont toute l’énergie vitale se consume dans la quête d’une bonne histoire. Un portrait qui sent le vécu.