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Que 2020 soit camusien !

Camus

Le 4 janvier 1960, dans une Facel Vega conduite par Michel Gallimard, Albert Camus est mort. Soixante ans plus tard, nous osons pourtant souhaiter que 2020 soit camusien. Que veut dire ce mot : camusien ?
Difficile à définir, toutefois, essayons une esquisse. Simplement. Albert Camus fut un amoureux de la vie, un amoureux de la liberté, et un amoureux des idées. Trois amours qui pourraient nous guider en 2020.
Amoureux de la vie. D’abord et essentiellement. Aimer ce que nous offre l’existence et ce que nous sommes capables d’y construire. « Le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les scènes de théâtre et sur les terrains de football », disait-il. La morale non pas apprise dans les livres, mais dans la vie. Et l’auteur de l’Etranger d’ajouter : « On ne peut pas aider les autres sans être soi-même heureux ». Camus est donc là. Il faut aimer la vie pour pouvoir donner aux autres. Comme un programme, l’anagramme d’Albert Camus est d’ailleurs le suivant : « C’est la rumba ».

Amoureux de la liberté, ensuite. Camus n’a jamais renié son désir, ne s’est jamais laissé enfermer dans des chapelles ou des camps. Son premier papier pour L’Express était d’ailleurs intitulé : « Sous le signe de la liberté ». Il y disait pourquoi, à ses yeux, l’intellectuel devait intervenir dans l’actualité. Non pas pour y trancher les élégances, mais plutôt, soulignait-il avec « une foi » : « celle de la liberté, la liberté folle comme on dit que l’amour est fou, la grande passion charnelle qui emporte et justifie tout dans l’instant. Mais elle est aussi l’effort épuisant des jours pour éclairer les limites de l’homme, et y maîtriser sans cesse la démesure de l’oppression ». Libre, toujours. Camus nous donne le goût de la vie sans jamais mentir sur les vicissitudes et les difficultés de celle-ci. Même quand on y exerce sa liberté. Un amour de la vie et de la liberté qui auraient pu amener Camus à devenir un intransigeant. De ceux qui n’écoutent pas les idées des autres, même quand ils les combattent.

Mais Camus, nous l’avons dit, était aussi un amoureux des idées. Un amoureux qui n’était pas dans la dévoration. Voilà un message d’une actualité criante quand le débat public est aujourd’hui fait toujours de démesure, d’hubris, de caricature permanente et de haine. Camus aimait rappeler qu’il fallait toujours se mettre à la place de « l’adversaire ». Selon lui, la polémique pour la polémique, c’était refuser de voir l’autre. Il aimait souligner que lorsque l’on insulte quelqu’un, on ne voit plus son regard.
Camus, malgré son amour de la vie, son amour de la liberté aimait aussi les nuances. Il nous invite en permanence à nous méfier de la radicalité qui n’est pas un courage. « La démesure est un confort, toujours, et une carrière parfois. La mesure, au contraire, est une pure tension. Elle sourit sans doute et nos convulsionnaires, voués à de laborieuses apocalypses, l’en méprisent. » Les polémistes de bacs à sable de plateaux télé sur BFM, CNews ou des réseaux sociaux feraient bien d’en prendre de la graine… Faut-il rappeler que Camus fut l’un des seuls intellectuels de gauche à ne pas s’être fourvoyé dans le stalinisme et qu’il passait pour un « vendu au grand capital » quand il disait son admiration pour Pierre Mendès France ?

Pour toutes ses raisons, et parce que Camus était un homme joyeux, nous vous souhaitons une année camusienne. A nos yeux, une année camusienne serait une année bénéfique pour chacun d’entre nous et pour nous tous en même temps. Elle serait, au fond, une année universaliste, humaniste et joyeuse.

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