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La paternité est un roman

Ernest Vendredi Lacroix Père

« La face de la philosophie aurait peut-être été différente si Simone de Beauvoir avait fait l’expérience de la maternité », interpellait Adèle Van Reeth dans son livre « La vie ordinaire » et dans l’entretien qu’elle nous a accordé. La littérature aurait été différente, aussi, si les écrivains plutôt que de raconter exclusivement qui étaient leurs pères disaient aussi quels pères ils étaient.  Voilà donc un livre comme on en lit peu. Voilà un livre dans lequel un homme conte avec grâce, intelligence, humour, tendresse et réflexion ce que devenir père veut dire. Romancier, philosophe, Alexandre Lacroix vient de publier un nouveau roman. Oui, c’est un roman. Le roman de la paternité, justement. Dans « La naissance d’un père » qui a paru chez Allary Editions, Alexandre Lacroix narre avec finesse et humour les petits pots, les changements de couche, « j’ai bien l’impression qu’aucun homme ne s’est décrit en train de changer une couche », s’amuse-t-il d’ailleurs. Père de cinq enfants de deux mamans différentes, Lacroix parvient par son style, sa drôlerie, sa distance et sa profondeur à romancer ce qu’est la paternité. Dans cette aventure, il parle même d’une « épopée », il y a les héros que sont chacun des enfants, mais aussi le père et les mères. Le père avec ses doutes, ses peurs, ses joies et ses moments de vertige. Le père avec sa plume qui – au fur et à mesure de sa vie – lui permet enfin de vivre. Pourra-t-on ou non élever correctement ces enfants ? Leur apporter tout ce dont ils auront besoin ?

Au nom de tous les pères

Ce qu’il écrit résonne avec un grand bruit dans l’esprit des parents, mais aussi de celles et ceux qui font le choix de ne pas devenir parents. « Nous nous sentions comme deux marins amateurs qui n’ont jamais rien fait d’autre que de canoter sur le canal de Loire et qui se trouvent en train de passer les quarantièmes rugissants, puis les cinquantièmes hurlants, et qui vont être obligés de se relayer en permanence à la barre, de prendre des quarts, la peur au ventre, sans jamais plus être libres de s’octroyer la moindre pause ». Dans ce livre d’une grande justesse et d’une grande humilité, Lacroix dédramatise la paternité. Au fond, comme dans tous les grands romans, les héros (ici les pères) traversent des tonnes d’épreuves avant – peut-être – de réussir leur quête. C’est le cas des pères, mais aussi des mères. Ce livre est finalement le roman des parents. Les nôtres, ceux que nous sommes, ceux que nous aurions pu être, ou pas. C’est un livre doux. Un livre qui interpelle et émeut. Un livre à cents lieux des manuels de développement personnel sur « comment devenir père ».

C’est un livre qui raconte comment lorsque l’on est le héros d’un roman, on ne sait jamais comment l’histoire va se finir. C’est d’ailleurs ce qui la rend belle. « Oui, je pense que c’est lors de ces échanges de regards, sans paroles, davantage que pendant nos longues conversations asymétriques, que nous nous trouvions pleinement l’un face à l’autre, père et fils », souligne d’ailleurs Lacroix. Et si être père c’était aussi être seulement là ?

Alexandre Lacroix, « La naissance d’un père », Allary Editions, 20,90 euros.

Tous les vendredilecture d’Ernest sont là.

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