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Louatah résout l’erreur 404

404

Le livre du vendredi cette semaine est un coup de coeur de Frédéric Potier pour le roman de Sabri Louatah « 404 ». Un thriller politique haletant qui interroge. Et si nous étions menacé par une erreur 404 ?

404 LoutahCette semaine chers lecteurs d’Ernest, je vous propose une petite incursion confinée du côté d’un roman qui fait réfléchir. C’est le cas de l’excellent « 404 » de Sabri Louatah qui s’était fait connaître pour sa série Les sauvages (disponible désormais en format poche de deux tomes et en série TV sur Canal+) et qui nous revient avec un thriller politique percutant et dérangeant. Sans dévoiler toute l’intrigue, disons que l’auteur nous plonge dans un récit jouant en toile de fond sur deux thèmes ultrasensibles que sont le racisme anti-arabe d’une part, et la désinformation sur les réseaux sociaux d’autre part. Avec des personnages déchirés entre leurs frustrations familiales, les promesses non tenues de la République, les tentations communautaristes et le pouvoir du capitalisme financier, cette fresque nous emporte autant qu’elle nous inquiète. Sabri Louatah imagine en particulier les ravages que pourraient provoquer sur la scène politique des vidéos falsifiées mais indétectables allant au-delà des actuels « deep fake » et amène les personnages de son roman à y réagir de différentes façons.

Beaud BellToute l’œuvre de Sabri Louatah pourrait inspirer les sciences sociales : sa description des liens et des trajectoires familiales différenciés le rapproche de l’enquête sociologique très fouillée de Stéphane Beaud consacrée à « La France des Belhoumi » (2018). Sa vision des usages du progrès technique n’est pas sans rappeler non plus l’œuvre du grand penseur Jacques Ellul pour lequel la technique n’était pas « neutre » et que son usage contraignait fortement les actions humaines. Rappelons que la Technique pour Ellul n’est ni bonne ni mauvaise, elle d’auto-accroît en suivant sa propre logique et ses effets sont imprévisibles.

« 404  » c’est aussi un peu le miroir inversé de « Soumission » de Michel Houellebecq : la France ne se convertit pas ni ne se soumet à un quelconque émirat. En revanche, les Français d’origine algérienne qui se disent de « quatrième génération » s’interrogent sur leur place dans un pays qui leur fait si difficilement une place. Certains entrepreneurs identitaires en jouent pour se bâtir une fortune, un réseau d’influence et une revanche personnelle. Le récit se déroule en grande partie dans l’Allier, département situé au cœur de la France, ce qui déplace quelque peu le regard et évite de s’enfermer dans la question des banlieues. Le Président de la République avait dénoncé dans un discours à Mulhouse le séparatisme islamiste, Sabri Louatah l’envisage en pleine France rurale.  On sent bien que l’auteur tente par cette dystopie réussie de soigner ses angoisses, à moins qu’il ne s’agisse d’un cri d’alerte… A lire donc, en attendant le déconfinement et le jour d’après que chacun imagine avec son propre agenda politique et social.

Tous les livres du vendredi sont là.

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