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Héroïnes du quotidien

Lindsey Lamont HUWINRMPvsc Unsplash

A l’occasion de cette journée internationale des droits des femmes, Ernest s’est plongé dans les romans. Dans ces fictions qui nous racontent les hommes et les femmes face aux passions, aux doutes et plus généralement face à la vie. Nous avons, évidemment, trouvé un nombre conséquent d’héroïnes qui par leur courage, leur abnégation, leur liberté, leur sensualité, ou encore leur capacité à s’affranchir des cases dans lesquels les hommes veulent les parquer sont forcément des modèles qui feront globalement avancer les représentations du réel demain. Parce que comme le soulignait Gramsci, la bataille culturelle, au-delà des jeux partidaires, se gagne aussi et surtout grâce aux représentations mises en place par la culture en général. Cela avait donné une saison 1 et une saison 2. Cela nous emmène dans les méandres du désir, mais aussi de la défiance de l’autorité et même (papier bonus  ci-dessous de cette Ernestine) chez Romain Gary et sa fameuse Lady L.
Au-delà de la fiction il y a, évidemment, des héroïnes du quotidien. Des femmes qui tous les jours s’inspirant – peut-être – des héroïnes qu’elles ont aimées font changer le monde.
C’est notamment le cas de « Vivas no queremos » – « Nous nous voulons vivantes », ONG féministe équatorienne qui lutte contre les violences faites aux femmes, le féminicide et aussi pour la dépénalisation de l’avortement. Leur moyen ? L’art et la culture par le biais d’affiches d’une rare beauté significative et symbolique. Cette ONG où les héroïnes sont légion vient d’ailleurs de se voir décerner le prix Simone Veil de la République française. « Je ne suis pas une victime, je suis une survivante et je suis une combattante », a déclaré Ruth Maribel Montenegro dans son discours le jour de la remise du prix par Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires Étrangères.

Les héroïnes du quotidien, ce sont aussi ces mamans qui bravant la mer, les passeurs malintentionnés, et les errements de l’Europe débarquent à Lesbos et espèrent trouver refuge dans nos pays occidentaux. Loin des droits des femmes, elles se battent pour les droits élémentaires et pour, demain peut-être, obtenir de nouveaux droits. Les héroïnes du quotidien, ce sont aussi, ces femmes seules qui élèvent des enfants et qui doivent faire face à tout pour faire grandir leurs bambins et leur donner de l’amour et la possibilité d’avancer dans la vie.

Les héroïnes du quotidien, ce sont toutes ces femmes qui sont émancipées, qui travaillent, qui ont fait de belles études et qui occupent des beaux postes. Problème : à compétences égales, elles sont toujours payées beaucoup moins que les hommes.
L’énumération de ces « héroïnes » pourrait continuer encore. Elles sont dans la littérature. Elles sont dans la vie. Aujourd’hui, les voix des femmes sont audibles. Elles avaient dû se taire beaucoup trop longtemps comme disait la chanson « Changer la vie ». La suite des paroles disait : « Ne croyons pas aux lendemains qui chantent, changeons la vie ici et maintenant ». Ici et maintenant, le changement est devant nous. Ne le refusons pas. Accompagnons-le. Soyons-en les acteurs qui co-construisent avec les héroïnes du quotidien les rapports de demain. Ceux qui prévaudront pour nos enfants, voire nos petits-enfants.
Dans l’un de ses textes repérés par Juliette Binoche cette semaine, l’académicien François Cheng écrit :
« Toi le féminin, ne nous délaisse pas car tout ce qui n’est pas mué en douceur ne survivra pas.
Toi qui survivra, relève-nous ton mystère que peut-être toi-même tu ignores, sinon le mystère ne serait pas.
N’est-ce pas que le printemps est empli d’oiseaux dont l’appel se perd au loin ? Que l’été nous écrase de son incandescence dont la senteur nous poigne jusqu’aux larmes ?
Que l’automne nous laisse désemparé par son trop plein de couleurs, de saveurs ? 
Que l’ultime saison rompt le cercle, nous plongeant dans l’abîme de l’inguérissable nostalgie ? 
Mais en toi demeure le mystère que peut-être toi-même tu ignores.
 En toi, ce qui est perdu, ce qui est à venir, au lac d’avant la pluie, aux caressants nuages, collines après l’orage aux contours frais et pleins.
 Ne nous délaisse pas, toi le féminin, hormis ton sein, quel lieu pour renaître. »

Tous les éditos d’Ernest sont là.

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