Ce mois-ci, alors que nous venons de commémorer les 60 ans de la mort d’Albert Camus et que nous souhaitons que 2020 soit camusien, Frédéric Potier a lu avec délectation l’abécédaire Albert Camus. On y apprend toujours des choses sur la magie des mots et l’importance de cet auteur. Alors on commence par quelle entrée ?
Depuis mon adolescence la lecture des œuvres d’Albert Camus a toujours constitué un solide remède à la mélancolie. Une crise existentielle ? Hop, quelques pages de L’étranger et ça repart. Une interrogation sur la légitimité de la violence ? Les Justes. Le sens de la vie ? Le mythe de Sisyphe. Une peine d’amour ? Les noces. La folie du pouvoir ? Caligula. La solitude ? La chute. Liste non exhaustive bien évidemment… Régulièrement, je relis donc quelques pages de Camus (Albert, pas Renaud… hein, merci de suivre) pour retrouver les idées claires et me remettre d’aplomb. Et si les circonstances me le permettaient, je partirais volontiers m’enfermer de longues semaines dans un hôtel des Marquises (ou de Forges-les-Eaux, plus facile d’accès) avec pour seule compagnie les quatre tomes de la Pléiade de Camus. Mais revenons à l’écrivain…
Pièces de théâtre, romans, lettres, articles, discours… la richesse de l’œuvre du Prix Nobel de littérature de 1957 méritait bien un guide éclairé. C’est chose faite avec l’ABéCédaire d’Albert Camus dont les textes ont été choisis par la jeune et brillante philosophe Marylin Maeso, auteure d’un remarquable ouvrage Les conspirateurs du silence d’inspiration très camusienne. Tout le mérite de ce recueil de citations d’Albert Camus publié par les éditions de l’Observatoire (excellente maison qui publie aussi notre ami Laurent-David Samama) est de faire découvrir ou redécouvrir les multiples facettes d’un auteur prolifique, engagé, attachant et humaniste. Car Camus est un écrivain solaire qui irradie ses lecteurs de son bonheur de vivre au présent tout autant que des combats qu’il s’est choisi (la peine de mort, la paix en Algérie, la lutte contre les totalitarismes…). Dans son introduction Marylin Maeso rappelle à juste titre que Camus “a créé à même l’existence une œuvre tissée d’expériences concrètes, à la fois collectives et personnelles, dont la singularité ouvre vers une universalité non plus postulée et utopique mais en actes : la révolte que j’éprouve en mon for intérieur ne prend sens et consistance que dans la perspective d’une lutte commune qui nous rassemble tous“. La phrase est connue : je me révolte donc nous sommes.
De A à W, d’Absolu à Simone Weil, la lecture de ce recueil nous embarque dans le monde de Camus : Amour, Courage, Guerre d’Algérie, Intelligence, Noces, Nuance, Peste, Révolte… On lit, on prend des notes, on s’interroge, on réfléchit sur cette œuvre et cette vie riches à tout point de vue, y compris sur le plan amoureux. La correspondance amoureuse de Camus avec l’actrice Maria Casarès publiée par Gallimard l’an dernier est peut-être ce que j’ai lu de plus émouvant ces dernières années… Signalons ici le superbe documentaire de Georges-Marc Benamou A la poursuite d’Albert Camus que France 2 diffusera le 22 janvier et qui reviendra sur l’un des destins les plus incroyables du XXe siècle. Camus fascine à juste titre.
En attendant, s’il vous reste quelques étrennes données par votre grand-mère ou quelques chèques cadeaux par votre comité d’entreprise, courrez en librairie vous offrir cet indispensable ABéCédaire pour bien commencer l’année.
L’ABéCédaire d’Albert Camus, Marylin Maeso, éditions de l’Observatoire, 2020