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Changer la vie

Ross Findon Unsplash

« Il a peut-être des secrets pour changer la vie », formulait Rimbaud dans l’un de ses célèbres poèmes. Changer la vie pour la rendre meilleure et plus acceptable. C’est certainement le rôle des poètes, des écrivains, des romanciers, des cinéastes ou encore des chanteurs. A une autre époque, le changement de vie, la transformation des choses n’ont plus seulement été l’apanage des artistes. Au contraire, même. Pour changer la vie, il fallait faire de la politique. Rien ne passait sans elle. Cette époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître n’est pourtant  pas si lointaine, un certain 10 mai 1981 (il y a 38 ans presque jour pour jour), François Mitterrand était élu président de la République et promettait de changer la vie. Le jour de son élection, alors qu’il se mit à pleuvoir sur la place de la Bastille, les gens ont scandé : « Mitterrand du soleil« .

 Faire advenir du soleil alors qu’il pleut, voilà que l’on confiait à un politique la mission traditionnellement échue aux romanciers et aux rêveurs. « Changeons la vie ici et maintenant » disait même l’hymne du parti socialiste de l’époque. Évidemment, nous en sommes revenus. Les politiques, même littéraires comme Mitterrand, ne sont pas des romanciers. Ils sont contraints de trouver l’équilibre entre l’aspiration à l’idéal et la réalité.

Reste que, peut-être, pour au moins redonner goût à la politique faudrait-il un peu plus de littérature dans la façon de faire cette politique. Lui conférer à nouveau une dimension qu’elle a dû délaisser, par les preuves du rêve possible qu’elle n’a pas toujours su faire advenir. Faute d’avoir su assez bien « démêler l’idéal de l’idolâtrie, le mythe de la mystification en dégageant la pointe du diamant, cette parcelle incorruptible de l’esprit qui se nomme la conscience. »
 

En attendant, retournons nous vers les romanciers. Eux, changent des vies. En permanence. Par la capacité qu’ils ont de saisir les émotions, par leur facilité à rendre universelles les expériences et les ressentis de chacun, et aussi par leur acuité à peindre les travers du monde actuel et futur.

Vers une transition spirituelle laïque

C’est notamment cela que fait Marc Dugain dans son excellent dernier roman, « Transparence ». En romancier, il interroge la vague transhumaniste, et grâce à ses personnages, il invite le lecteur à la réflexion voire à l’action.
Et Dugain d’asséner : « Il n’y aura aucune transition écologique s’il n’y a pas la transition spirituelle. Ce sera fini. Car nous sommes aujourd’hui dans une aliénation. Il n’y a qu’à voir ce qu’on consomme au niveau d’une journée, ce qu’on crée comme déchets… J’assimile ça à une névrose obsessionnelle, comme celle des gens qui ont une addiction au sexe, à l’alcool, aux jeux, et qui est, comme vous l’expliquent les psychanalystes, le rempart pour un individu contre la dépression. Tant qu’il a cette obsession, il ne tombe pas en dépression. La société fonctionne aujourd’hui avec une névrose obsessionnelle qui est le consumérisme. Je bosse toute la semaine, le samedi je fais tous les magasins, je m’achète des Nike, je rentre chez moi, je suis content, j’ai une nouvelle paire de Nike et je rebosse toute la semaine pour la même chose. »

Quand on vous dit que les romans et la politique sont liés. Que la politique est un roman et que tous les romans sont politiques par essence puisqu’ils peuvent changer nos perceptions et faire bouger des lignes.

Tous les éditos d’Ernest sont là.

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