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La voix que l’on aime

Ernest Mag Badinter

La voix est douce, saillante et grave. Le propos est – comme toujours – limpide. C’est le matin à la radio. Cette voix elle nous accompagne depuis longtemps. Elle est celle d’une conscience. D’une alerte et de colères justes et salutaires. Que dis cette voix ? Elle raconte l’histoire d’une grand-mère nommée Idiss. « J’ai eu le sentiment qu’il fallait, avant qu’il ne soit trop tard, lui rendre témoignage. Les rapports entre les grands parents et les petits enfants ne sont pas de la même nature qu’avec les parents, c’est une source d’amour ». Mais cette voix dit aussi autre chose : « On ne mesure pas ce qu’était, au début du XXe siècle, le rayonnement de la République française dans toute l’Europe continentale ».

Cette voix continue de nous porter sur les traces d’Idiss qui vient en France pour fuir les pogroms de Pologne. Cette voix raconte ensuite une blague Yiddish pleine de malice. En racontant l’histoire de sa grand mère Idiss, la voix rend hommage à une idée de la République. Et à l’école de la République et la figure de l’instituteur. Venue en France, Idiss connaît aussi la guerre. Ce moment où la République française s’est oubliée et perdue. Et la voix tangue et raconte : « A chaque fois que je repense à cela, que j’imagine ces enfants qui montent dans le wagon de déportation, avec des gendarmes autour d’eux pour s’assurer qu’ils montent dans le wagon, je me dis, avec la foi d’Idiss, que Dieu avait détourné son regard de la terre. »

Une voix essentielle

Cette voix nous est familière, évidemment. C’est celle d’un discours célèbre à l’Assemblée nationale en septembre 1981 demandant à la représentation nationale « l’abolition de la peine de mort ». Cette voix, c’est aussi celle de tous les combats humanistes. Cette voix est celle de l’immense Robert Badinter. Cette voix qui quelques instants plus tard lancera avec entrain à un jeune avocat auditeur de la radio : « bravo pour votre examen et je vous souhaite bonne chance pour cette si belle profession d’avocat que j’ai eu la chance et l’honneur d’exercer ». Cette voix, militante de la République qui rappellera aussi « Croyez-moi, la justice française est indépendante. Au lieu de se précipiter dès une perquisition, en disant qu’on est persécuté, mieux vaut attendre que se développe l’action judiciaire et qu’on ait le débat contradictoire pour prendre un parti ou pour prendre à partie ».
L’entretien se terminera sur un moment où cette voix s’emporte avec fougue comme elle sait le faire. Lorsque Robert Badinter fut assigné au tribunal par le révisionniste et négationniste ignoble Robert Faurisson. Cette voix qui rappelle « tant que j’aurais un souffle de vie, vous ne serez qu’un faussaire de l’histoire » ! Résistant toujours Badinter. Exemplaire aussi. Essentiel Badinter.

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