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Les livres, notre carnaval permanent

Pascal Bernardon

Le mois de mars touche à sa fin et avec lui la saison des carnavals. Dans toutes les traditions religieuses ou païennes sans exceptions, il existe un carnaval. Mardi gras, Pourim etc… Le carnaval est cet instant où l’on inverse les rôles, où l’on transgresse, où l’on remet en question – le temps d’une fête – l’ordre établi. Au fond, le carnaval est cet instant où l’on explore les terra incognita et où l’on ouvre les possibilités.

Comme pour se rappeler que « Je » peut être un autre et qu’ainsi que le rappelait Lévinas « l’apparition du visage d’autrui (fusse-t-il masqué) fait de moi un élu par et pour l’autre ». 

Forcément, cette expérience du carnaval parle aux lecteurs. Évidemment, dirons-nous, puisque le lecteur et la lectrice sont ainsi faits qu’ils se plongent dans les livres justement pour entrer dans la vie, les tourments, la sensibilité et les questionnements des personnages. Au fond, le lecteur et la lectrice est un être qui se déguise pour s’identifier à tel ou tel personnage. En entrant en empathie avec l’histoire et les questionnements des protagonistes d’un roman, on revêt un déguisement. Ainsi, puisque nous sommes un ou une autre, nous acceptons de vivre des expériences que nous n’aurions pas imaginées et d’entendre des pensées qui nous sont a priori étrangères.

C’est dans ce travestissement et dans cette inversion que nous acceptons, au travers des personnages d’un roman, de vivre l’expérience de la différence pour affiner notre jugement. Et peut-être même l’inverser.

Les livres sont donc notre carnaval permanent. Les lieux des inversions de rôles et aussi, surtout, lieux d’imagination et de possibles. Un carnaval qui résonne avec le poème de Rimbaud, « Voyelles », dans lequel le poète donne des couleurs aux lettres.

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes :

A, noir corset velu des mouches éclatantes

Qui bombinent autour des puanteurs cruelles, Golfes d’ombre ;

E, candeurs des vapeurs et des tentes,

Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;

I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles

Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,

Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides

Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,

Silences traversés des Mondes et des Anges : 

– O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Tous les éditos d’Ernest sont là.

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