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7 raisons de lire ou de relire Léon Blum

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Il y a 70 ans Léon Blum disparaissait. Président du Conseil, leader du Front populaire, Blum a été incontestablement l’une des figures politiques du 20ème siècle. Frédéric Potier nous dit pourquoi, loin d’être une incongruité, lire ou relire Blum aujourd’hui est indispensable.

Ce lundi 30 mars correspondait au 70e anniversaire de la mort de Léon Blum. Grand juriste, journaliste, homme d’État, leader socialiste, la figure de Léon Blum a marqué l’histoire politique de la première moitié du XXe siècle. Incarnation du vieux socialisme, patron de la « veille maison » au congrès de Tours, la mémoire de Léon Blum est sortie progressivement du Panthéon de la seule gauche pour être investie par toute la Nation. Ce n’est pas un hasard si des personnalités du centre ou de la droite, comme Édouard Philippe récemment, s’en sont prévalus.

En attendant la sortie aux éditions de l’observatoire de « Blum, le magnifique » de Frédéric Salat-Baroux, avocat, ancien secrétaire général de l’Elysée qui reviendra sur les années de formation du jeune Léon, j’ai souhaité pour les lecteurs d’Ernest évoquer les 7 raisons pour lesquelles je considère qu’il faut absolument relire Blum.

1 –  Blum : l’humaniste socialiste  :

Ernest Mag Blum EchellehumaineDans le prolongement de Jean Jaurès, Blum tente dans tous ses écrits de concilier justice, transformation sociale, République et humanisme. Une forme de synthèse entre marxisme et principes démocratiques, réforme et révolution, Etat de droit et progrès social, histoire de la Révolution française et lutte des classes. Alain Bergounioux revient longuement là dessus dans un petit essai de la Fondation Jean-Jaurès (en téléchargement gratuit ici).

Doté d’une immense lucidité Blum dénonce le « raciste hitlérien » aussi bien que « la dictature de Moscou ». À la sortie de Buchenwald où il fut enfermé avec Georges Mandel (qui lui sera assassiné par la Milice), Blum publie en 1945 « À l’échelle humaine », un plaidoyer pour une action publique respectueuse des droits humains et des valeurs fondamentales. « L’essence de toute révolution réside dans la nature des buts qu’elle se propose et des résultats qu’elle obtient, non pas dans la nature des moyens que son action affecte » conclue-t-il dans « A l’échelle humaine » pour défendre le socialisme français profondément attaché aux institutions républicaines. Alors que le stalinisme se propage partout en Europe le texte de Blum restera comme une référence pour tous ceux qui ne voulait pas passer sous les fourches caudines du bloc de l’Est mais qui ne résignaient pas non plus à un capitalisme débridé.

2 – Blum : le penseur de l’État :

Membre du Conseil d’État, haut fonctionnaire, Léon Blum fut un penseur de la puissance publique. Alliant commentaires de la jurisprudence et propositions pour réorganiser l’État, Blum est parmi les premiers auteurs à théoriser le travail interministériel. Réformé pour cause de myopie au début de la Première guerre mondiale, il est chef de cabinet de Marcel Sembat, ministre des travaux publics de 1914 à 1916, il participe de l’intérieur à l’Union sacrée. Il tire de son expérience un ouvrage, « Le travail gouvernemental » (qui sort en 1936), où il propose de façon innovante de créer des services du Premier ministre (Président du conseil à l’époque) et d’en finir avec la pratique du cumul avec un autre ministère pour le chef du gouvernement. Il sera président du conseil à trois reprises… Pour Blum, un État fort et émancipateur ne se conçoit qu’au sein d’une démocratie forte.

3 – Blum : le tribun

Élu député en 1919, Blum fut un redoutable tribun. Craint de l’opposition et des gouvernements auxquelles il se confrontait, le leader socialiste déployait un charisme que beaucoup lui enviaient à la chambre des députés. Il faut relire ses discours du 6 juin 1936 où il présente le programme de son gouvernement sous les insultes antisémites ou celui du 13 novembre 1936 dans lequel il prend la défense de son ministre de l’intérieur Roger Salengro, accusé à tort d’avoir déserté pendant la guerre (et qui finira par se suicider). « Les hommes publics sont désarmés devant le mensonge » reste un des plus grands discours de notre histoire parlementaire (à lire en intégralité ici). Les hommes publics sont désarmés devant le mensonge… Visionnaire.

4 – Blum : amoureux « fou de République »  Ernest Mag Birnbaum Blum

Haï parce que juif, Blum subi toute sa vie durant le profond antisémitisme. Élève à l’école Normale Supérieure puis membre du Conseil d’État, il a suivi la voie royale de la méritocratie républicaine comme de nombreux Français juifs avant lui. Pierre Birnbaum a magnifiquement évoqué ce versant dans son « Léon Blum. Un portrait » (2016), éditions du Seuil, dont le titre en anglais est plus explicite « Léon Blum. Prime Minister, Socialist, Zionist ». D’abord indifférent à l’affaire Dreyfus, il s’engage dans ce combat sous l’influence de Lucien Herr avant de « convertir » son mentor Jean Jaurès. Juriste précis, il apportera une aide précieuses aux avocats et à la famille d’Alfred Dreyfus.

 

5 – Blum – le journaliste

Blum figure parmi les fondateurs de l’Humanité en 1904. Mais c’est en tant que patron du quotidien Le Populaire qu’il pourra affûter sa plume. C’est dans le Populaire qu’il répond à l’extrême-droite qui lui prête des châteaux, un hôtel particulier, une fortune, un nom qui n’est pas le sien. On a oublié que Blum a dû aller jusqu’à écrire qu’il était Français et à donner tous les détails de son ascendance ! Jusqu’à sa mort il signera articles et éditoriaux d’une plume vive et alerte.

6 – Blum – le féministe avant l’heure

Léon Blum publie en 1907 « Du mariage » ouvrage révolutionnaire pour l’époque où il plaide pour  la libération sexuelle et pour l’égalité entre les femmes et les hommes devant la passion et l’amour. Dénonçant l’hypocrisie bourgeoise, il considère dans ce livre que « la vie d’aventure doit précéder la vie de mariage » (!) pour les deux sexes. En 1936 il nomme trois femmes sous-secrétaires d’État alors même qu’elles ne disposent pas du droit de vote !

7 – Blum : l’amoureux des livres

Dandy, poète, critique littéraire, spécialiste reconnu de Stendhal, amateur d’arts, Blum indiquait à la fin de sa vie ne rien posséder sauf ses livres et quelques habits. Un bel exemple de désintéressement et d’amour des idées.

Oui, assurément, lire ou relire Blum 70 ans après sa mort, n’est pas une incongruité mais bien une nécessité.

Pour aller encore plus loin : lire aussi le dossier établi par la Fondation Jean Jaurès

Illustration de Une : tableau de Thomas Potier

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