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Faire du commun

Ernest Commun

« J’ai échoué à réconcilier le peuple et les gouvernants« . Cette phrase du président de la République, Emmanuel Macron, prononcée jeudi soir au JT de 20 heures est symbolique de la quadrature du cercle des gouvernants actuels. A peine arrivés au pouvoir portés par une élection et par une dynamique (personne ne gagne une élection sans une dynamique), ils sont très rapidement happés par le vide béant de la versatilité de l’opinion. Alors on pourra rétorquer que cela existe depuis longtemps, cela ne serait pas faux. Toutefois, cette objection oublierait une donnée nouvelle théorisée par l’immense philosophe Zygmunt Bauman : l’avènement d’une société liquide. Cette société liquide est, écrit Bauman, « celle où les conditions dans lesquelles ses membres agissent changent en moins de temps qu’il n’en faut aux modes d’action pour se figer en habitudes et routines ». Ainsi, cette société liquide est cette société sans fil à plomb indicateur et qui est sans cesse ballotée par la frénésie de mouvement et de changement.

Au fond, plus les gouvernants, mais aussi les individus font des choses, moins celles-ci ne sont durables et nous sommes tous contraints – pour survivre sur cette couche de glace qu’est la société actuelle – de patiner vite. Problème : entre patiner vite et faire du surplace en glissant, voire en trébuchant, il n’y a qu’un pas. Et c’est souvent cette deuxième hypothèse qui advient. Ainsi, les gouvernants trébuchent sans cesse et ne parviennent pas à figer des choses. Il en va de même pour chacun d’entre nous qui oscillons sempiternellement entre l’injonction à la vitesse et l’injonction contraire à la lenteur. Tout se passe comme si entre ces deux injonctions contradictoires et tout aussi intenables l’une que l’autre, chacun individu ou gouvernant vivait une frustration énorme et profonde. Dans cette insécurité permanente seul compte le présent. Dans une certaine mesure cela pourrait être bénéfique et nous conduire à agir. Elle crée de facto une frustration permanente qui explique aussi la versatilité grandissante de l’opinion.

Dans le liquide, réinventer du commun

Évidemment, on ne saurait se contenter de ce simple et terrible constat. La société liquide dans laquelle nous vivons implique de regarder ces changements avec passion. Même s’ils sont permanents. Elle requiert également un besoin de créativité, d’esprit critique et de culture. Elle nécessite aussi la réinvention d’espaces et d’instants communs… Nous y voilà. Le sens et la création pour parer au mouvement permanent et recréer des symboliques communes. Des livres, des films, des moments de grâce et une réinvention de nos envies communes. Car, oui, en effet, un changement quel qu’il soit ne viendra pas d’une seule personne mais de tous. Car aucun individu de la société liquide, aussi libre soit-il, ne trouvera seul les solutions aux problèmes qu’il a à affronter car ceux-ci son par essence de nature collective. Voilà peut-être l’un des axes d’amélioration de chacun et de chacune d’entre nous. Et comme la littérature et la poésie peuvent nous y aider, voici quelques mots tirés du livre de Milan Kundera : « la lenteur ».

« La vitesse est une forme d’extase dont la révolution technique a fait cadeau à l’homme (….). Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même ».

 
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