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Bienvenue chez Basse #4 – Épopée livresque au Danemark

Ernest Mag Danemark

Bienvenue chez Basse épisode 4. Ce mois-ci, Pierre-Louis s'essaye pour la première fois à l'écrit à la critique littéraire. Autant vous le dire tout de suite : c'est une réussite. Il nous parle du nouveau roman de Jens Christian Grondahl "Qu'elle n'est pas ma joie", paru chez Gallimard. Roman sur l'amour, le deuil, et la perte. Roman sur la vie qui a passionné Pierre-Louis Basse. Comme toujours en liberté.

Ernest Mag Laudrup

Brian Laudrup, numéro 11 du Danemark champion d'Europe en 1992

Je savais bien que le Danemark était un pays épatant. Même ledocteur Destouches – alias Louis-Ferdinand Céline-, parti là-bas pour récupérer son or qu’il avait planqué avant guerre, n’est jamais parvenu à défigurer cette terre du grand nord. Se souvenir par exemple qu’en 43, le temps d’une nuit et de son aube, ce petit pays sauva ses juifs des griffes du troisième Reich en organisant un départ groupé vers la Suède, pays neutre. La grande classe.

Et il n’y a pas que la grande histoire avec le Danemark : en 1992, je les ai vu ces Danois, débarquant en fumant la pipe, pour disputer le championnat d’Europe de football. Invités au dernier moment pour cause de forfait de l’ex-Yougoslavie, ils raflèrent la mise, et nous rappelèrent gentiment que Brian Laudrup était bien le petit Prince du ballon rond Européen.

Je vais vous dire une chose : le Danemark me bouleverse. Et avec lui, l’un de ses romanciers, Jens Christian Grondahl, dont il faut lire et relire en urgence, la toute dernière histoire : "Qu’elle n’est pas ma joie". Ce qu’il y a de terrible avec la critique littéraire – je m’y essaie pour la première fois à l’écrit-, c’est que le risque majeur est de ruiner le suspense. Faisons court : Ellinor, la narratrice que nous rêvons de mieux connaître - tant nous l’aimons dès les premières pages-, se met à tutoyer au cimetière, Anna, sa meilleure amie disparue dans une avalanche, des années plus tôt. Bien des chansons, des livres et des poèmes n’ont pas peu contribué à décrire une vie : cette vie qui n’est jamais ce qu’on nous fait croire à vingt-ans…
Jeune femme enthousiaste et rêveuse, elle avait découvert avec son grand amour – Henning-, un couple d’amis, suffisamment curieux et bourgeois, pour vivre avec douceur ces années 70, à Copenhague. L’air de rien, Grondahl, qui aime les mystères de la ville, les rêveries qu’elle peut encore susciter, nous place devant nos responsabilités : segmentation des quartiers, illusions grotesques d’une classe moyenne repue, mais prochaine victime du libéralisme des consciences et des cœurs. Je m’égare ? A peine.